Madiran

Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /2008 14:00

On sait combien Jean Madiran a toujours été, dès Itinéraires bien sûr, mais plus encore avec Présent, quotidien singulièrement atypique dans un monde médiatique à la dérive, attentif aux aléas de la chose imprimée. Une interrogation essentielle pour ceux qui sont attachés à la liberté de la presse mais qui, souvent, passe par-dessus la tête du gros des lecteurs qui n’aiment guère qu’on leur parle « boutique ». En résumé : « Faites un journal et épargnez-nous les détails de l’arrière-cuisine… »

Pour étayer et actualiser sa réflexion, Jean Madiran part d’une interview de Jean-François Kahn en janvier 2008 : « Si nous étions dans une [vraie] économie de marché, il n’y aurait plus de quotidiens. » Et, de fait, il n’en reste guère si on veut bien se souvenir que le Répertoire général de la presse française de 1938 – il y a soixante-dix ans – recensait 25 quotidiens à diffusion nationale. Avec des diffusions de rêve : 2 millions d’exemplaires pour Paris-Soir, 1 600 000 pour Le Petit Parisien, 900 000 pour Le Journal… Quelle peau de chagrin depuis !

Précisons qu’il y eut naguère, à Paris, plusieurs dizaines de quotidiens dits « d’opinion ». Il ne reste plus que Présent, l’Humanité et la Croix (« Et ces deux-là tendent à être aussi, ou du moins à paraître, des journaux d‘“information” parce qu’ils sont eux-mêmes avides d’une publicité qui ne leur vient que parcimonieusement », écrit Jean Madiran).

« Publicité » : tout est dit. Et Jean Madiran consacre au sujet (« La publicité dans la presse ») un chapitre qui rappelle que, dans le jargon publicitaire en usage, les journaux ne sont pas désignés par les annonceurs comme des journaux mais comme des « supports publicitaires ».

Faire comprendre au public pourquoi la presse riche est serve et la presse libre pauvre. Tout est là. Lisez et faites lire ce vade mecum. Et vous en aimerez mieux Présent.

(Extraits de l’article d’Alain Sanders paru dans Présent du 22 août 2008.)

Article extrait du n° 6673 de Présent, du Samedi 13 septembre 2008
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Les Vingt-cinq ans de Présent - 15 €

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— La Trahison des commissaires - 15 €

Enquête sur la maladie de la presse écrite - 12 €

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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /2008 12:09

 « L’Eglise n’interdit rien à personne. Quand on éclaire le trottoir, on n’oblige pas à marcher dessus ! Donner de la lumière, ce n’est pas obliger à vivre d’une certaine manière. »  (Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, responsable du groupe de travail des évêques sur la bioéthique ; texte extrait de l’autre quotidien catholique, 25 juillet 2008.)

« L’Eglise n’interdit rien à personne. » Un archevêque ! Dans le journal officieusement officiel et officiellement officieux de l‘épiscopat français ! On reconnaît bien sûr à ce propos énorme / Un élève parfait de Monseigneur Gallorme. Vous savez bien : le Mgr Gallorme mis en scène par Michel de Jaeghere dans son Ite missa est (cf. Présent de vendredi dernier). Mgr d’Ornellas inaugure ainsi un gallormisme radical. Il était tenu pour un lustigérien docile et averti. Il s’affirme aujourd’hui comme un radical-gallormiste bon teint. Et il aura contribué sans retard à introduire dans le langage ecclésiastique courant le nom propre « Gallorme » et l’adjectif « gallorme » issus de la verve vengeresse de MDJ.

« L’Eglise n’interdit rien à personne. » Mais oui, Monsieur, Madame, mettez-vous au courant. Cela peut faire un quatrain : « Je puis vous dissiper vos craintes ridicules / Madame, et je sais l’art de lever les scrupules / L’Eglise n’interdit, savez-vous, jamais rien / Ayez avec l‘évêque un moment d’entretien. J’ai emprunté les deux premiers vers à l’acte IV (scène 5) que vous savez. Pour accueillir d’Ornellas, on lui chantera ce quatrain sur l’air de Tiens, voilà la quille ! qui était fort répandu au temps du service militaire. On l’intitulera : Tiens, v’la l’archevêque.

« L’Eglise n’interdit rien à personne. » Héritiers de Staline, approchez ! Successeurs de Mao, venez tous ! Libertins et libertaires, assassins et violeurs, escrocs et imposteurs, anarchistes et terroristes, homophiles et pédophiles, accourez, votre heure est enfin arrivée, liberté, égalité : l’Eglise n’interdit plus rien. Rien, à personne. Elle vous écoute. Elle vous éclaire. Elle vous accompagne. Elle a repris, mais en mieux, la vieille invention d’un philosophe de la fin du XIXe siècle : une « morale sans obligation ni sanction ». Désormais l’Eglise, vous dit-on, éclaire les trottoirs, c’est tout. Fidèle à « l’esprit du Concile », elle a remplacé la morale obscurantiste pré-conciliaire par une éthique résolument scientifique et moderne. Et même par une bioéthique. Elle participe par son « prophétisme » à la profonde « mutation anthropologique » qui est devenue le « point focal de réflexion » d’une originalité tout à fait spécifique. Episcopus dixit. Allez savoir, quand nous sommes plongés dans la « diffraction des savoirs » ! Et, en réalité, dans l’incertitude dogmatique, liturgique et morale.

« L’Eglise n’interdit rien à personne. » Le Ciel défend, c’est vrai, certains contentements / Mais on trouve avec lui des accommodements. Ce pauvre Décalogue tellement négatif, huit commandements sur dix sont des interdits. Le Décalogue n’est pas « à l‘écoute » : ce n’est jamais que la pédagogie de Dieu, nous autres évêques conciliaires et collégialistes nous avons changé tout cela. N’ayez pas le scrupule du Décalogue. Enfin votre scrupule est facile à détruire (acte IV). Puisque nous sommes dans les alexandrins, la sentence de l’archevêque gallorme en fait un inoubliable, avec la césure classique (et mnémotechnique) : L’Eglise n’interdit / jamais rien à personne.

« L’Eglise n’interdit rien à personne » ?

— Non, voyons ce n’est pas possible, ce n’est pas cela que l’archevêque a vraiment voulu dire. Il faut comprendre son intention, qui est d’avancer vers la sainteté…

— Il faut plutôt ne pas prétendre juger des intentions. De ce que l’archevêque gallorme a voulu dire, nous ne savons rien d’autre que ce qu’il a dit. Quelle « catéchèse » !

— Mais voyez, au contraire, dans le même numéro de La Croix, l’article intitulé : « L‘épiscopat continue de défendre les positions d‘“Humanae viae”. »

— Je vois le titre, mais je lis aussi l’article : c’est en Argentine. Ce n’est apparemment pas dans le diocèse de Rennes, ni dans le « groupe de travail des évêques sur la bioéthique ». Peut-être, en France, ne savent-ils pas trop ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils expriment, objectivement. Cela fait cinquante ans (et même exactement, cinquante-trois) que je le répète : Ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils ne savent pas ce qu’ils disent. (Nouvelles Editions latine 1955). Le dernier Gallorme en date m’a en quelque sorte accroché par la cravate quand il a proclamé que l’Eglise n’interdit rien (etc.). Il m’a ainsi détourné de mon Sarko flingue la presse (II). Ce sera pour demain.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6640 de Présent, du Mardi 29 juillet 2008

Par XA - Publié dans : Madiran
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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 /07 /2008 21:57

L‘évêque, Mgr Gallorme, 40 ans, est en poste depuis deux ans. Il vient enfin de trouver le temps d’accorder une audience à l’abbé Dubost, 75 ans, curé de campagne, qui a été son professeur au séminaire.

La rencontre entre l‘évêque et l’abbé débouche sur une confrontation entre « la foi des anciens jours » et « la religion des temps nouveaux ».

La scène est en France, elle se passe à l‘évêché, au milieu des années quatre-vingt, avec l’intervention comique d’une équipe de télévision et une dépêche dramatique de l’AFP.

C’est une pièce de théâtre écrite par Michel De Jaeghere, précédemment auteur de deux ouvrages, Enquête sur la christianophobie et La Repentance, histoire d’une manipulation, qui l’ont placé intellectuellement à la tête d’une nouvelle génération de catholiques, celle qui est née après la mort de Pie XII et qui arrive maintenant à sa pleine maturité. Ce nouvel ouvrage, qui fera date, est intitulé Ite missa est, il paraît aux Editions de Renaissance catholique (89 rue Pierre Brossolette, 92130 Issy-les-Moulineaux).

La pièce comporte six scènes. Elle respecte les trois unité classiques : unité de lieu, unité de temps, unité d’action. Elle se déroule en effet tout entière dans le bureau de Mgr Gallorme ; elle dure environ une heure ; elle est toute dans les péripéties de la révocation, par son évêque, d’un prêtre dont la paroisse est « aujourd’hui, pour le diocèse, un contre-témoignage » : son curé porte la soutane, il célèbre (avec toutes les autorisations hiérarchiques) la messe traditionnelle, il enseigne le catéchisme du concile de Trente, il ne comprend pas que le monde ayant changé, la religion doit changer pareillement.

Voilà donc le cœur de l’affaire : la religion doit changer parce que le monde change. Ce n’est pas nouveau, on connaît la chanson, et ses dégâts. Mais Michel De Jaeghere dépasse nos analyses, nos démonstrations, nos dissertations (y compris les siennes) : il en fait une synthèse vivante, c’est la supériorité concrète du théâtre sur le discours, et un Beaumarchais, on le sait, aura peut-être fait plus pour la Révolution qu’un Jean-Jacques Rousseau. Pour la Contre-Révolution, Michel De Jaeghere, bon écrivain, était déjà en passe de devenir notre Louis Veuillot. Il se met maintenant à l‘école de Molière. Je dis bravo.

Le sommet de la confrontation est à la scène IV, à partir du moment où Mgr Gallorme oppose aux réticences de l’abbé Dubost : « Je crois avoir le même Credo que vous. » Il l’a en effet, mais en lui donnant une signification simplement allégorique. « Est monté au Ciel » ? C’est « bien évidemment une scène symbolique », « un conte pédagogique ». Poussé dans ses retranchements quand il est mis en face des articles du Credo, l‘évêque en vient à l’aveu : « Je ne crois plus à toutes ces fables. » Il a « une foi adulte ». La présence réelle ? « Je crois à une présence spirituelle. » Il ne croit plus à « la fable du vieillard barbu qui aurait façonné le monde en six jours », « Dieu est au fond de chaque homme, il est ce qui, en lui, tend au bien, par opposition à ce qui abaisse l’homme ».

Je verrais bien cet Ite missa est de MDJ mis en scène et joué par trois ou quatre Jean Piat (à ma connaissance il n’y en a malheureusement qu’un). Que pourrait-il arriver alors ? Eh bien, de même que l’on dit « un tartufe » ou « un harpagon », on prendrait l’habitude de dire tout simplement un gallorme pour désigner cette sorte de prélats sans foi ni loi, sans honneur et sans remords, qui veulent que l’Eglise renonce à la prétention de détenir à elle seule la vérité absolue, et qu’un abbé Dubost peut regarder dans les yeux en leur disant, avant même qu’ils n’en fassent l’aveu : « Vous ne croyez plus en Dieu, vous ne croyez plus en Jésus, Monseigneur ! »

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6638 de Présent, du Vendredi 25 juillet 2008

Par XA - Publié dans : Madiran
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Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /2008 12:43

par Jean Madiran

 Un correspondant romain m‘écrit : « Le Pape, avec le motu proprio [du 07.07.07] a fait un acte qu’on peut qualifier d’héroïque quand on connaît les vives oppositions à la messe traditionnelle dans la Curie romaine et dans les épiscopats, mais depuis lors il règne plus qu’il ne gouverne. Il cherche à donner un certain exemple liturgique par son cérémoniaire Mgr Guido Marini, mais il n’impose rien. Le point sur lequel il ne cède pas c’est la messe, ce n’est pas tout mais c’est déjà beaucoup. (…)

« Avec Mgr Bruguès devenu secrétaire de la congrégation pour l‘éducation, il ne faudra pas s’attendre à un redressement des séminaires et des universités catholiques. Mgr XXX quitte finalement la secrétairerie d’Etat où il exerçait une grosse influence sur les nominations épiscopales en France. Maintenant c’est à Bruguès que sera demandé un avis. Et le cardinal XXIII a pris la place du cardinal Lustiger à la congrégation des évêques. Il y a donc peu à espérer pour un changement d’orientation dans l‘épiscopat français. »

On peut trouver ce pronostic trop pessimiste. L’abbé Claude Barthe l’est un peu ou beaucoup moins dans son opuscule sur Les nominations épiscopales en France, encore qu’il souligne « les lenteurs d’une mutation » enclenchée par « ce tournant de l’histoire postconciliaire » opéré par Benoît XVI. L’abbé Barthe observe en effet qu’« un quart de l‘épiscopat français a été modifié depuis l‘élection de Benoît XVI » et cependant « le paysage épiscopal de l’hexagone est resté pratiquement inchangé » parce que « l’on persiste à laisser se coopter entre eux des évêques d’une génération qui gère aujourd’hui la faillite qu’elle a hier programmée ».

Justement : l‘épiscopat français ne sait pas, ne peut pas, ne veut pas voir qu’il s’agit d’une faillite ; qu’il s’agit d’un désastre qui est le sien. Il est effarant de constater avec quelle obstination cet épiscopat continue à jouer et imposer l‘émerveillement devant l‘évolution conciliaire, devant ses prétendus « acquis », et devant le fameux « esprit du concile » (ce soi-disant « esprit » récusé en bloc dès le premier grand discours de Benoît XVI à la Curie). Le progressisme du clergé diocésain et de sa hiérarchie a fait la preuve qu’il est en réalité un régressionisme.

L’attachement inouï de l‘épiscopat français à une triste liturgie supprimant tout agenouillement, imposant la communion dans la main, instituant la mise en scène spectaculaire d’un célébrant face aux fidèles, oui, cet attachement s’appuie silencieusement sur un méli-mélo à la fois doctrinal, canonique, administratif. Pour s’en tenir au plus visible : la nouvelle messe a fait l’objet d’une première édition « typica », c’est-à-dire officielle, promulguée par Paul VI dans sa constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969, édition à laquelle plus personne ne se réfère, plus personne n’en parle, ce silence est celui d’une honte inavouée ; la seconde édition « typica » (remaniée) est de 1970 ; en 1975, ce fut la « typica altera » ; et en 2002, une nouvelle édition corrigée, la quatrième, présentée comme « typica tertia », c’est-à-dire « troisième », manière efficace de confirmer que l‘édition de 1969 est considérée désormais comme ne comptant plus et n’ayant jamais existé. Bref, une cascade de corrections subreptices, sans explication et sans autre argument exprimé qu’un automatique et aveugle argument d’autorité.

Donc, la quatrième édition, appelée troisième, celle de 2002, est en vigueur depuis six ans. On sait qu’une grande partie de notre clergé diocésain ne célèbre la messe qu’en langue française. Mais où en est l‘édition française ? Nulle part. Elle est à venir. La Croix nous l’annonçait le 23 janvier dernier : le « groupe de travail » chargé de la traduction ne s’est « mis en place » qu‘à l’automne 2007. Et, tenez-vous bien, « cela nous fait une traduction à l’horizon 2010-2012 ». Comme on vous le dit. Avec, donc, seulement huit à dix ans de retard. On n’arrête pas le progrès.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6634 de Présent, du Samedi 19 juillet 2008

Par XA - Publié dans : Madiran
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Vendredi 11 juillet 2008 5 11 /07 /2008 16:13

Nous serons quelques-uns (et peut-être toute l’Eglise ?) à célébrer pieusement cette année le cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII (9 octobre 1958).

• La mort de Pie XII en 1958 marque, dans l’histoire de l’Eglise, le moment où le Saint-Siège va cesser d’opposer frontalement son autorité magistérielle et ses condamnations aux tendances révolutionnaires qui, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, agitent le clergé catholique.

• A la fin des années cinquante, un peu avant ou un peu après 1958, parmi les propos ordinaires du monde ecclésiastique, j’ai entendu plusieurs fois annoncer en privé que Pie XII « serait probablement » puis « avait été » le dernier pape tridentin. J’ignorais bien sûr d’où pouvait provenir une aussi surprenante rumeur, et d’ailleurs j’en discernais mal la portée. Nous le voyons aujourd’hui, c’est bien à partir de 1958 qu’a été progressivement abandonné dans les diocèses l’enseignement de la foi chrétienne selon la pédagogie prescrite par la préface au Catéchisme du concile de Trente, c’est-à-dire la pédagogie des trois connaissances nécessaires au salut et des quatre parties obligatoires de tout catéchisme catholique.

• La révolution religieuse qui s’est déchaînée durant toute la seconde moitié du XXe siècle s’est manifestée d’abord dans cette subversion du catéchisme. Ce fut l’affaire du « catéchisme progressif » qui eut, mais prudemment en sous-main, le soutien de l‘épiscopat français. Ce catéchisme voulait imposer de suivre sans jamais la devancer l’« expérience religieuse des enfants catéchisés » (au lieu de la susciter et la guider par l’enseignement traditionnel des trois connaissances). Pie XII y donna un coup d’arrêt en 1957. L‘épiscopat se soumit en traînant les pieds. Mais déjà des familles se regroupaient pour enseigner elles-mêmes le catéchisme romain traditionnel à leurs enfants. Elles avaient raison. Après 1958, les efforts réels du Saint-Siège pour sauver le catéchisme du désastre qu’on lui connaît furent trop discrets, trop débordés, trop impuissants. Et aujourd’hui encore, il manque dans la plupart des diocèses le modeste mais indispensable livret du petit catéchisme pour enfants baptisés. Quand il en subsiste quelque chose, c’est par initiative privée, et souvent clandestine (cf. Histoire du catéchisme 1955-2005).

• Sous Pie XII commença aussi la non-résistance catholique au communisme. Mais il ne lui consentit aucune apparence de complicité, aucun caractère officiel, aucune tolérance. Cette non-résistance systématique s‘était fortement installée dans la presse catholique et dans l‘épiscopat. Elle avait pour origine le clan démocrate-chrétien, dont quelques notables clercs ou laïcs avaient étroitement collaboré pendant la guerre avec le parti communiste, et le souvenir de cet excitant concubinage leur était resté doux. Ce fut, s‘élargissant comme une immense tache d’huile, l’extension d’un « progressisme » politico-religieux, partisan de l’« ouverture », du « dialogue », de l’« accompagnement » pratiqués aveuglément à l‘égard de toutes les « modernités » sans discrimination. Pie XII y était totalement imperméable. Et sous son pontificat la rébellion révolutionnaire du clergé baissait la tête.

• Il ne lui avait pas échappé que le concile du Vatican (1869-1870) avait été suspendu en raison de l’entrée dans Rome des troupes italiennes. Il s‘était donc posé la question de reprendre ce concile interrompu. Il consulta, il médita, il pria, et finalement il jugea imprudent de réunir un concile en un temps où l’on avait déjà tant de mal à contenir le tumulte révolutionnaire d’un clergé qui était rebelle dans son cœur.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6630 de Présent, du Samedi 12 juillet 2008

Par XA - Publié dans : Madiran
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /2008 06:45

Deux pages entières de La Croix, cette semaine, pour nous dévoiler plus ou moins clairement la stratégie suicidaire de l‘épiscopat français pour s’opposer à l’application du motu proprio promulgué le 07.07.07 par Benoît XVI pour la libération de la messe romaine traditionnelle.

• Le journal La Croix est, comme on le sait, l’organe officiellement officieux et officieusement officiel du Conseil permanent de l‘épiscopat. Il est donc parfaitement crédible lorsqu’il rapporte les pensées, les propos ou les actes des évêques français.

• Il nous est donc confirmé par La Croix de lundi que l’inspirateur de la stratégie anti-07.07.07 est le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Elle consiste à n’autoriser de messes traditionnelles que si elles sont célébrées par un prêtre diocésain qui n’y soit pas favorable. C’est-à-dire à faire comme si le motu proprio avait en quelque sorte excommunié le clergé des instituts Ecclesia Dei pourtant reconnus par le Saint-Siège : le mot d’ordre séditieux et suicidaire est de systématiquement les écarter.

La Croix donne non pas comme une exception, mais comme représentatif de la stratégie épiscopale, le fait de rechercher parmi les prêtres diocésains un prêtre « ad hoc » plutôt que de faire appel à un institut relevant de la Commission pontificale Ecclesia Dei. Au nom de sa conception, soi-disant conciliaire, de la « collégialité », l‘épiscopat français entend considérer sa propre autorité comme supérieure à celle de la Commission pontificale.

• Certains poussent même le dévouement jusqu‘à se faire publiquement passer pour des imbéciles : ils se mettent à appliquer le motu proprio (terriblement restrictif) publié par Jean-Paul II en 1998, comme s’ils ne s‘étaient pas encore aperçus que nous sommes désormais sous le régime du motu proprio publié le 07.07.07 par Benoît XVI.

• Et surtout pas de « paroisses personnelles », ce serait contraire au motu proprio (qui justement les a instituées) ! A ce sujet, les propos attribués par La Croix à Mgr Vingt-Trois et à Mgr Chauvet sont véritablement très instructifs. Une astuce parallèle consiste à permettre une messe le premier et le troisième dimanche du mois, comme si l’obligation dominicale n’existait plus (il est vrai qu’elle est souvent oubliée par le clergé lui-même, dans un état d’esprit dit « conciliaire »).

• Pie XII est mort en 1958. Après cinquante années d’une révolution liturgique et d’une révolution catéchétique permanentes, qui ont été soit tolérées soit soutenues par la hiérarchie ecclésiastique, l‘état d’esprit général du clergé diocésain est devenu déplorable. La Croix cite entre guillemets le propos suivant : « Je ne comprends pas que le pape ait relancé cette démarche liturgique [la libération de la messe tradi] sans voir qu’elle n’est pas cohérente avec Vatican II. » Le propos cité ainsi n’est pas présenté comme une exception regrettable mais comme représentatif de ce que pense le clergé diocésain vieillissant.

• Le quotidien parisien Libération n’est pas particulièrement favorable à la moindre forme de traditionalisme. Son enquête sur les messes tradis lui a cependant montré une « assistance majoritairement jeune et prolifique ». Et il aboutit à un constat complémentaire : « Les tradis sont l’avenir de l’Eglise catholique. La nouvelle évangélisation voulue par Jean-Paul II, confirmée par Benoît XVI, et qui vise à ramener vers l’Eglise les grandes masses qui s’en sont éloignées, passe par eux. » C’est donc devenu une évidence solaire.

• La remise en ordre d’une Eglise bouleversée par cinquante années de révolution passe obligatoirement par un ralliement des évêques à la messe tridentine et au catéchisme tridentin. En France, on est fort loin de compte. Aux Editions Hora Decima vient de paraître un opuscule de l’abbé Claude Barthe sur Les nominations épiscopales en France, sous-titre : Les lenteurs d’une mutation. La mutation est forcément contre-révolutionnaire, elle est inévitable, en France elle est très lente, l’abbé Barthe, fin connaisseur des réalités ecclésiastiques, démonte sous nos yeux les mécanismes de ce ralentissement artificiel. Ce n’est pas La Croix qui va recommander la lecture de cet ouvrage vif et pertinent.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6628 de Présent, du Jeudi 10 juillet 2008

Par XA - Publié dans : Madiran
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Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /2008 15:25
Nous vous annoncions la semaine dernière la publication dans PRESENT d'un entretien accordé par Jean Madiran à Jean Cochet à l'occasion de la réédition de La trahison des Commissaires chez Via Romana.

En voici le contenu.

La trahison des commissaires

Entretien avec Jean Madiran 

« Ce livre est une chronique et un procès de la nouvelle religion qui s’est introduite dans le clergé catholique et dans sa hiérarchie : la religion se disant conciliaire et collégiale. » Dans cette troisième édition « augmentée » de La trahison des commissaires, Jean Madiran « en analyse les épisodes récents les plus significatifs ». Pour les lecteurs de Présent l’auteur commente dans cet entretien les nouvelles révélations que contient son livre. J.C.


— « Commissaire » ?… Celui qui est chargé de certaines fonctions « spéciales et temporaires ». C’est l’appellation que vous donnez aux évêques qui composent la « commission doctrinale de la conférence des évêques de France ». Est-ce pour marquer le caractère « temporaire » et provisoire de leur mission ?

— J’utilise « commissaire » dans son sens courant de « membre d’une commission ». Le noyau dirigeant qui manipule la « collégialité épiscopale » en France multiplie les commissions et les comités ayant en quelque sorte délégation du pouvoir épiscopal pour tous les diocèses. J’appelle « commissaires » les évêques membres d’une commission, et « comitards » ceux qui sont membres d’un comité. Au moyen de ces comitards et commissaires, encadrés, manipulés, instrumentalisés par le noyau dirigeant, celui-ci instille les principes d’une religion nouvelle.

— C’est en effet de la « religion nouvelle » que votre ouvrage, La trahison des commissaires, fait l’analyse à partir de plusieurs points significatifs. Il s’agit aujourd’hui de sa 3e édition. La première était de novembre 2004. La page du titre souligne que cette troisième édition est « complétée ». En quoi consiste ce complément ?

— Il concerne le fait que Mgr Bruguès, qui était président de la commission doctrinale, a connu depuis 2004 trois promotions aussi spectaculaires qu’inattendues ; trois promotions en trois ans :

– « consulteur » à la congrégation pontificale pour les instituts de vie consacrée ;

– « consulteur » puis « secrétaire » à la très importante congrégation pour l’éducation catholique : « secrétaire » signifie en effet commandant en second !

— Ces promotions attesteraient donc que, selon vous, la « religion nouvelle, venue coloniser de l’intérieur la religion traditionnelle », aurait des adeptes bien placés dans les hautes sphères de la hiérarchie catholique ?

— A l’occasion de la troisième promotion, la plus importante, les journaux catholiques ont publié, plus ou moins résumé, un aperçu de la carrière ecclésiastique de Mgr Bruguès. Aucun d’entre eux, je dis bien aucun, à ma connaissance, n’a mentionné la fonction la plus importante qu’il ait occupé, celle de président de la commission doctrinale, à ce titre représentant et détenteur, par délégation, de l’autorité doctrinale de l’épiscopat. Une information essentielle a ainsi été omise par les uns, caviardée dans les renseignements donnés aux autres. Or c’est en cette qualité de président de la commission doctrinale qu’il avait fait les déclarations publiques les plus scandaleuses : par exemple celles où il attribuait à l’exégèse moderne la découverte de « l’existence de frères et sœurs de Jésus », qui venait, disait-il, « questionner la compréhension de l’énoncé dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie » !

— Une allégation que vous réfutez d’autant plus aisément que le sens du mot « frère » en hébreu a été expliqué par les Pères de l’Eglise quasiment dès l’origine du christianisme : des cousins de Jésus ?

— Exactement. Il y a aussi, entre autres, son extravagante déclaration sur la lecture chrétienne de l’Ecriture qui ne conteste pas la lecture juive niant la divinité de Jésus. Que « l’une des deux [lectures] ait raison, prétend-il, n’entraîne pas que l’autre ait tort ». L’analyse de ces affirmations délirantes figurait dans la première édition de La trahison, elle demeure bien sûr dans cette troisième édition, mais celle-ci comporte le « complément » annoncé : l’exposé de la situation résultant de la promotion « au sein de la Curie », comme dit La Croix, d’un Jean-Louis Bruguès n’ayant rétracté aucune de ses contre-vérités.

— Dans la Postface de cette 3e édition vous vous posez la question : que peuvent faire des laïcs pour résister aux théologiens de la nouvelle religion ? Vous répondez : «  Ils peuvent d’abord invoquer mon compatriote saint Prosper d’Aquitaine (Ve siècle) qui n’était ni docteur diplômé, ni prêtre, ni même diacre ; mais chroniqueur, essayiste, controversiste et poète. »

— Oui, j’appelle au secours Prosper et son exemple. Ce libre théologien laïc s’était fait connaître d’abord en appuyant saint Augustin contre les chicanes de quelques moines de Lérins ; il soutint la controverse contre les pélagiens et semi-pélagiens qui croyaient que sans la grâce les hommes peuvent, de leur propre initiative, commencer l’œuvre de la conversion et du salut. Le pélagianisme reste d’actualité, notamment avec la religion MK dans La Croix, proclamant qu’il faut aujourd’hui passer d’une foi « héritée » à une foi « choisie » : à la racine de cette prétention, c’est bien une erreur pélagienne ou, si vous voulez, semi-pélagienne. En invoquant Prosper, j’entends bien marquer qu’il ne s’agit point là du « pouvoir temporel du laïcat chrétien » dont j’ai parlé dans l’avant-propos de mon opuscule sur L’accord de Metz. Il s’agit là, j’en ai bien conscience, de l’intervention du laïcat dans un problème proprement religieux, – dans la crise du catholicisme, de la théologie catholique, du clergé et de sa hiérarchie. Nous ne sommes plus dans le temporel, mais dans ce qui est, de soi, le domaine de l’autorité spirituelle, c’est-à-dire de l’évêque. Son autorité épiscopale ne le met pas à l’abri de requêtes et de protestations légitimes que les laïcs ont éventuellement le droit voire le devoir de lui adresser. Par exemple un laïc qui s’entend prêcher qu’il faut désormais passer d’une foi héritée à une foi choisie sent tout de suite que cela ne va pas, n’est en accord ni avec l’Ecriture, ni avec l’acte de foi. Tout laïc perçoit également avec évidence qu’on ne peut pas tenir l’affirmation et la négation de la divinité de Jésus pour deux lectures de l’Ecriture également légitimes.

— Dans cette Postface, vous intervenez d’une façon plus personnelle que d’habitude ?

— Ce n’est pas sûr. Voyez mon Maurras de 1992 et mon Maurras toujours là de 2004, tous deux toujours disponibles chez DPF (Chiré), sans parler de mon Brasillach de 1958, réédité en 1985 : au détour des pages, le lecteur attentif aperçoit que je m’y suis de temps en temps mis en scène, peut-être un peu plus qu’il ne convient. Les « confessions » personnelles ne me paraissent possibles que dans la mesure où elles ont une portée « didactique ». Et vous avez eu tout récemment mes totales « confessions didactiques » avec les deux longues confessions, et une très brève, recueillies sous le titre Les vingt cinq ans de « Présent », et le sous-titre : confessions didactiques justement. Mais puisque nous parlons de livres, et puisque j’ai nommé DPF, je voudrais terminer par ce qui ne sera une dégression qu’en apparence.

Entre les éditeurs et les libraires, il existe, toute-puissante et inconnue du public, la redoutable corporation des diffuseurs.

Cette corporation tend à monopoliser la communication entre éditeurs et libraires, en la rendant par son intermédiaire plus commode, plus rapide, et quasiment indispensable. Ce qui lui permet, par son abstention, d’empêcher la distribution des ouvrages démocratiquement « incorrects ». Si vous avez près de chez vous un libraire qui ait en magasin et qui expose en vitrine nos livres, c’est-à-dire ceux de Sanders, de Rémi Fontaine, d’Yves Chiron, de Dillinger, de Trémolet, – et les miens, sans nulle vanité – vous avez une chance rarissime, favorisez-le en lui réservant toutes vos commandes et en le faisant connaître autour de vous. Dans ce domaine aussi il faut une activité militante. Mais si vous n’avez pas cette chance, n’allez plus jamais chez des libraires qui nous ignorent ou qui mettent quinze jours, et seulement sur commande payée d’avance, pour vous procurer nos ouvrages. Adressez-vous à DPF (Chiré), c’est l’œuvre magnifique de Jean Auguy, aujourd’hui menacée comme nous tous par l’asphyxie de la lecture, l’amenuisement du public cultivé, l’asservissement des intelligences sous l’arbitraire abrutissant des médias. Défendez-nous. Défendez-vous !

Propos recueillis par Jean Cochet

• Jean Madiran : La trahison des commissaires , Via Romana, 15 euros.

Article extrait du n° 6590 de Présent, du Samedi 17 mai 2008

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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /2008 09:00

    La trahison des commissaires

« Ce livre est une chronique et un procès de la nouvelle religion qui s’est introduite dans le clergé catholique et dans sa hiérarchie : la religion se disant conciliaire et collégiale. » Dans cette troisième édition « augmentée » de La trahison des commissaires, Jean Madiran « en analyse les épisodes récents les plus significatifs ». Pour les lecteurs de Présent l’auteur commente dans cet entretien les nouvelles révélations que contient son livre.

Jean Cochet

Article à lire dans le supplément littéraire de Présent n° 6590 du Samedi 17 mai 2008, p.5

 

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Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /2008 12:35
« Deux jours à tuer »
Le désespoir moderne devant la mort

C’est le titre du nouveau film de Jean Becker : Deux jours à tuer(...) Le film pose avec une saisissante maîtrise ce que l’on appelle imparfaitement un « problème de société ».


A la suite d’un quiproquo où il n’est pour rien, le principal personnage, Antoine Méliot, joué par Albert Dupontel, laisse croire à sa femme, et fait croire au spectateur, qu’il a une liaison extra-conjugale. Le spectateur ne saura la vérité qu‘à la fin du film, et sa femme seulement après sa mort. Quand on connaît la clef de l’histoire, il convient de la revivre depuis le début en connaissance de cause, par exemple en voyant le film une seconde fois.

On aperçoit alors qu’il s’agit d’un brutal mais caché face à face avec la mort. Un face à face désarmé. La mort fait peur et horreur à la nature créée, elle est source d’une profonde tristesse, on le voit déjà dans le règne animal. Il s’y ajoute chez l’homme la douloureuse pensée du déchirement que la séparation va causer aux êtres chers qui survivent, sentiment qu’Albert Dupontel joue admirablement. Notre Seigneur lui-même a pleuré devant le tombeau de Lazare, qu’il allait pourtant ressusciter ; et Marthe n’est pas consolée de « savoir qu’il ressuscitera au dernier jour » (Jn 11, 24). Par quoi l’on voit que la plus ferme espérance surnaturelle n’allège pas la tristesse. Mais elle suscite une confiance qui arme l’esprit contre le désespoir.

Le personnage mis en scène par Jean Becker est absolument désarmé devant la perspective qu’avec la mort tout va disparaître. Rien n’a plus de sens si la vie n’a pas d’autre aboutissement que la séparation déchirante et le néant. On sent le poids écrasant d’une énorme absence. Cet Antoine Méliot vit et pense à l’unisson d’une société qui n’est même pas athée, elle n’a aucune idée pour ou contre le surnaturel, elle l’ignore. On est en deçà de cette inquiétude qui fut de tout temps une esquisse d’espérance, toutes les sociétés l’ont eue avant la société moderne : le vague souhait d’une immortalité de l‘âme, la croyance qu’il existe peut-être, au-delà du monde visible, une Bienveillance mystérieuse ou bien une Sévérité qui juge ; un « dieu inconnu » comme celui auquel les Athéniens avaient à tout hasard dédié un temple. La société moderne est celle d’une humanité désormais amputée de ce qui avait toujours été sa plus haute aspiration.

En ce sens-là, le personnage qu’incarne Albert Dupontel est parfaitement moderne : et le plus remarquable, le plus décisif, c’est qu’il n’est cependant ni un soixante-huitard, ni un débauché, ni un bling-bling, ni un abruti de télévision, ni un amateur de rave-parties, ni un membre influent de la classe politico-médiatique. C’est un homme honnête et un honnête homme. Il n’a pas encore été ravagé dans sa personnalité par la dure sentence de Chesterton à laquelle rien n‘échappe finalement : « Ôtez le surnaturel, il ne reste que ce qui n’est pas naturel. » Ou plutôt, il n’a été atteint que par cette absence radicale d’espérance, il n’en a pas même une ombre ou un vague reflet. Mais il est d’un naturel bienveillant et généreux, son réflexe habituel est d‘écouter les gens et de les aider. Et surtout il a, un peu aveugle, ou au moins obscure, une réelle piété filiale, qui est comme on le sait la plus grande vertu naturelle, la plus belle, la plus riche, la plus fondamentale, la seule à laquelle a été promise une récompense temporelle, le principe solide, fécond, indispensable de toute vie sociale. Mais rien, pas même cela, ne saurait combler l’absence de Dieu. Le film trace un saisissant portrait de cette Absence.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6588 de Présent, du Jeudi 15 mai 2008

A lire, dans le même numéro Deux jours à tuer Première lecture par CAROLINE PARMENTIER et Deuxième lecture par ALAIN SANDERS
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Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /2008 10:37
Dom Gérard et la messe
par Jean Madiran



Il n’y aurait donc plus de problème avec la nouvelle messe de Paul VI. La mouvance traditionnelle elle-même a enfin compris la nécessité de l’admettre telle quelle. La reconnaissance de cette nécessité, eh bien ce fut Dom Gérard le moteur d’un tel miracle. On l’en félicite ou on le lui reproche, mais enfin c’est bien lui qui l’a fait : un mois après ses funérailles, voilà déjà ce que l’on pouvait entendre et lire en substance, voire littéralement.

Si on laisse passer aujourd’hui, que n’inventera donc pas dans un an.


Bref avertissement.
– Il faut d’abord savoir de quoi l’on parle et ce que signifient les mots que l’on emploie. C’est l’usage qui en est le grand maître. Quand les gens entendent parler de « messe de Paul VI », de « nouvelle messe » ou de « nouvel Ordo Missae », ils comprennent qu’il s’agit des célébrations auxquelles ils assistent (ou participent) dans les paroisses, depuis presque quarante ans.

En réalité ce ne sont pourtant pas, la plupart du temps, des « messes de Paul VI » mais, au mieux, des « messes issues de la messe de Paul VI ».

Avec Jean-Paul II

En 1995, à la tête d’un important pèlerinage à Rome, Dom Gérard apportait au Pape une caisse de carton contenant 70.000 signatures en faveur du rite traditionnel.

Jean-Paul II lui accorda une audience qu’il programma comme faisant suite à une concélébration dans sa chapelle privée. C’était une marque d’estime et un grand honneur d’être invité à concélébrer avec le Pape… mais dans le rite de Paul VI, ce n’était pas forcément une attention délicate. On aurait attendu plutôt l’inverse : la concélébration avec le Souverain Pontife existe en effet dans le rite romain traditionnel. (L’attente, d’ailleurs, se prolonge, pourquoi le taire, on peut le dire en tout respect, l’attente d’une messe célébrée par le Pape selon ce que Benoît XVI a finalement nommé le « rite extraordinaire ».) A l’occasion de cette concélébration, Dom Gérard eut l’occasion de rappeler publiquement quelque chose de bien connu, « la validité et l’orthodoxie » du nouveau rite promulgué par Paul VI.

Le terme d’« orthodoxie » choqua le cher abbé Paul Aulagnier. En l’occurrence il signifiait simplement que, dans son texte authentique, la nouvelle messe n’est pas hétérodoxe, elle n’est pas hérétique. C’est ce que dirent dès 1969 le cardinal Ottaviani, Cristina Campo, Guérard des Lauriers, Raymond Dulac, Louis Salleron (etc.) ; et c’est ce qui est resté constamment admis par la plupart de ceux qui ont émis des doutes, des réserves, des objections à l’encontre de cette artificielle fabrication, « pernicieuse par son caractère évolutif et œcuménique ».

En France

L’année suivante, Dom Gérard s’est trouvé dans une situation analogue quand il s’est agi de faire entrer le Barroux dans la conférence monastique de France.

Les évêques susceptibles d’accepter une fondation du Barroux dans leur diocèse étaient contraints, au nom d’une « collégialité » manipulée par son noyau dirigeant, de refuser leur autorisation aussi longtemps que le Barroux ne serait pas admis dans la conférence monastique. Celle-ci, probablement sous la pression du même noyau dirigeant, exigea, pour une telle admission, deux concélébrations et, en outre, l’assurance de ne jamais interdire aux prêtres du Barroux de concélébrer en dehors de leur monastère. Cette dernière exigence, Dom Gérard a reconnu plus tard qu’il aurait pu la rejeter en se retranchant sur le droit propre de la communauté du Barroux, fondé sur les Déclarations, approuvées par Rome, auxquelles les moines du Barroux sont solennellement liés par leurs vœux de religion. On y lit en effet : « Vie monastique selon la Règle de saint Benoît et les coutumes léguées par nos anciens, l’office divin et la liturgie de la messe célébrés selon les rites plus que millénaires de la Sainte Eglise Romaine, dans la langue latine : telles sont les deux sources qui ont donné naissance à la communauté du Barroux et constituent sa raison d’exister. » Ce n’est pas un indult dont il serait loisible d’user ou de ne pas user, et qui pourrait être supprimé, c’est ce que le droit canon appelle une lex propria, c’est la « loi propre » de la communauté du Barroux.

Selon une thèse contraire, aucun supérieur religieux ne pourrait interdire à un prêtre de concélébrer selon le « rite ordinaire ». C’est peut-être là une de ces quaestiones disputatae où diverses opinions sont libres de s’opposer les unes aux autres.

Un cas particulier

En tout cas voilà tout ce que l’on peut trouver chez Dom Gérard qui paraisse « en faveur » (?) de la messe nouvelle. Il ne s’en est point caché, cela est de notoriété publique, il a dit ce qu’il avait à en dire, et il n’y a vraiment pas de quoi en faire de lui le moteur ni même un bienveillant accompagnateur du ralliement (qui d’ailleurs n’a pas eu lieu) de la mouvance traditionnelle à une prétendue « nécessité » de la nouvelle messe. Dans la formation qu’il leur a donnée, il a toujours dit à ses moines de s’en abstenir à l’extérieur comme à l’intérieur du monastère. Il aimait mentionner les quatre années où trois moines du Barroux, étudiants à Rome et logés à l’abbaye Saint-Anselme, ont à contre-courant respecté la règle de refuser toute concélébration.

Autrement dit, ce qu’il a été amené à faire en certaines circonstances doit être – pour reprendre une formule officielle employée par le Saint-Siège dans une tout autre affaire – considéré comme « un cas particulier qui ne saurait être généralisé ». Dom Gérard lui-même s’est élevé, et parfois par écrit, contre une telle généralisation :

– Je regrette infiniment, protestait-il, que les deux concélébrations que j’ai consenties pour le bien de notre fondation d’Agen puissent créer un précédent dont on s’autoriserait à tort, non seulement pour en poursuivre et multiplier la pratique, mais aussi et surtout pour le reconnaître comme l’exercice d’un droit.

Gravement, il ajoutait à ce sujet :

– Il me revient le droit d’interdire formellement que l’on s’autorise de moi pour faire le contraire de ce que j’ai enseigné et pour quoi j’ai milité contre vents et marées.

Par « principe »

Selon une vue sommaire, qui est un piège, il ne pourrait y avoir que deux attitudes : ou bien reconnaître la « nécessité d’adopter » la nouvelle messe, ou bien la « refuser par principe ».

Mais « par principe » a un sens propre et un sens figuré.

Au sens propre, refuser la nouvelle messe par principe, ce serait la déclarer invalide ou hérétique.

Au sens figuré, c’est s’en abstenir partout et toujours.

La plupart des prêtres et des fidèles qui s’abstiennent partout et toujours de la nouvelle messe ne la croient cependant ni hérétique ni invalide.

D’ailleurs, dans la plupart des cas, ce n’est point de la « messe de Paul VI » qu’ils s’abstiennent, mais en fait de « messes issues de la messe de Paul VI » dont la valeur est manifestement incertaine.

Et puis…

Ce qui contribue à tout brouiller, c’est aussi, voire d’abord, l’usage de catégories artificielles qui enferment (et déforment) les réalités dans une opposition dialectique entre « ouverture » et « ghetto », « avenir » et « passé », « positif » et « négatif », « largeur d’esprit » et « fermeture ». Ce vocabulaire, ces concepts, ces critères sont d’esprit marxiste-léniniste, ils ont, dans nos démocraties occidentales, survécu à l’effondrement de la Russie soviétique. Les médias en demeurent pourris. La contagion, si l’on n’y veille, n’en épargne personne.



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La rumeur dont nous parlons, la mauvaise rumeur, orale ou imprimée, semble n’avoir pas tout à fait ignoré la fermeté de Dom Gérard face à la nouvelle messe : alors elle trouve commode de supposer que ce fut à la fin de sa vie. Tardivement, sa position serait devenue moins irénique, plus sévère, parce qu’il serait devenu attentif aux effets catastrophiques de la réforme liturgique. Comme s’il n’en avait rien aperçu quand il se faisait (sans motif ?) ermite à Bedoin.



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Jusqu’ici, on n’avait entendu aucun prêtre, aucun laïc déclarant avoir été amené par Dom Gérard à reconnaître la nécessité du nouveau rite. Si maintenant il existe une exception, ce doit être un malentendu.

JEAN MADIRAN


Article extrait du n° 6571 de PRESENT du Jeudi 17 avril 2008, pp. 1 et 3
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