Madiran

Jeudi 13 décembre 2007 4 13 /12 /2007 10:40
L‘émotion a gagné jusqu‘à la Nonciature
La Documentation catholique datée du 2 décembre vient elle aussi de censurer le curriculum de Mgr Jean-Louis Bruguès.

Annonçant à son tour la nomination de l’ex-commissaire-président au poste très important de « secrétaire », c’est-à-dire de « numéro 2 » à la congrégation pontificale de l‘éducation, La Documentation catholique énumère les étapes de sa carrière ecclésiastique en passant sous silence la plus haute fonction qu’il ait précédemment exercée.

La congrégation pontificale pour l‘éducation est un dicastère-clé : il est chargé des séminaires, des facultés de théologie et de l’enseignement catholique.

Il y a une… anomalie ? dans la promotion de l’ex-commissaire-président Jean-Louis Bruguès à un poste aussi décisif au sein de la Curie romaine.

Ses états de service contre les dogmes concernant la divinité du Christ et la virginité perpétuelle de Marie lui sont assurément des titres plutôt gênants.

C’est pourquoi l’on dissimule soigneusement, dans son curriculum, le fait qu’il a été le président de la fameuse commission doctrinale de l‘épiscopat français.

Si l’on ose aussi effrontément le cacher au public, c’est peut-être le signe qu’on a osé le cacher aussi lorsqu’on a proposé sa candidature à la première promotion romaine, c‘était en 2005, et c‘était déjà, comme « consulteur », à la congrégation de l‘éducation catholique. Ainsi se préparait sa montée ultérieure au poste de secrétaire et son élévation à la dignité archiépiscopale. Là où il est maintenant, le voici cardinalisable.

Le trou factice dans son curriculum officiel était comblé d’avance par mon opuscule La trahison des commissaires, paru à la fin de l’année 2004. La « mise au point » de Mgr Bruguès sur la Vierge Marie, qui n’est nullement la rétractation due, est consignée dans la « 2e édition complétée » du même opuscule, aujourd’hui épuisé chez l‘éditeur. J’en prépare donc une « 3e édition augmentée », qui sera enrichie du commentaire de l‘étrange promotion romaine.

N’est-ce pas trop insister sur un cas qui est ou devrait être maintenant assez connu ? Mais le propre d’une campagne d’opinion est d‘être patiente et persévérante. Grand praticien en la matière, Léon Daudet assurait qu’une campagne de presse « se prolonge pendant des semaines et quelquefois des mois, parfois des années ». Il ajoutait : « C’est une erreur de croire que le public se lasse rapidement d’une campagne bien menée. » Et il citait en exemple une de ses campagnes, qui avait duré « douze années » (1923-1935).

Persévérance et patience ! Un de nos lecteurs écrivait en novembre au Nonce apostolique à Paris pour lui soumettre l’assertion de Mgr Bruguès, ès qualités de président de la commission doctrinale, ainsi rapportée :

« Toute personne est engagée face au Messie d’Israël, le reconnaissant ou non en Jésus mort et ressuscité (…). La lecture chrétienne ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »

Le Nonce apostolique, Mgr Fortunato Baldelli, a répondu le 27 novembre :

« Si, et nous le croyons fermement, Jésus est le Messie annoncé par les prophètes de l’Ancien Testament, énoncer le contraire, même en toute bonne foi, est une erreur manifeste et fondamentale. »

La réponse allait de soi ?

Sans doute. Mais c’est celle qu’aucune voix autorisée n’avait faite jusqu’ici.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6484 de Présent, du Jeudi 13 décembre 2007
Par XA - Publié dans : Madiran
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Samedi 1 décembre 2007 6 01 /12 /2007 10:41
C’est aussi un charlatan


Mgr Bruguès en personne nous avait publiquement présenté la découverte de l’« existence de frères et sœurs de Jésus » comme figurant au nombre des récents « résultats » dus au « travail des historiens ». C‘était là un charlatanisme caractérisé.

L’existence de dénommés à l’ancienne « frères » et « sœurs » de Jésus (c’est-à-dire en réalité des parents proches) n’est pas une nouveauté. Mgr Bruguès y voit une découverte qui met en question « la compréhension de l‘énoncé dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie ». Cela figure dans sa Note doctrinale, à ce jour non rétractée, du 23 mars 2004 (cf. La trahison des commissaires, 2e édition complétée, p. 41-46 et 74-80).

A la suite de cet exploit, Mgr Bruguès avait été, en décembre 2004, plus ou moins contraint par l‘épiscopat à une « mise au point » sur le culte marial. Il le fit sous les espèces d’une mise en garde contre un livre du théologien Dominique Cerbelaud, écrit « dans le style de la théologie scientifique », et contre un livre du publiciste Jacques Duquesne faisant de la Vierge Marie une mère de famille nombreuse. Esquive dérisoire, il aurait dû faire sa mise en garde contre lui-même, ses divagations officielles, ès qualités de président de la Commission doctrinale, étant autrement graves que celles d’un théologien privé ou de son vulgarisateur.

Avec de tels états de service concernant Jésus et Marie, Mgr Bruguès a néanmoins trouvé le moyen d‘être promu cette année à la sous-direction de la Congrégation romaine pour l‘éducation catholique (séminaires et instituts d’enseignement), et du même coup d‘être « élevé à la dignité archiépiscopale ». Ce n’est possible que par l’entremise d’amis puissants et habiles, et sans scrupules, qui auront fait de lui un portrait suffisamment orthodoxe et rassurant, alors qu’au contraire ils lui donnent leur soutien en raison de ce qu’il est en réalité. Il n’y a pas d’effet sans une cause proportionnée : la cause est ici la survivance, après le décès du pape Montini, de ce que j’ai appelé le « parti montinien », prolongé d’une génération dans l’autre par cooptation. Dépassant certes son éponyme, il est dans l’Eglise le parti de ce que Maritain a nommé l’« apostasie immanente ». On le reconnaît notamment à son anti-dogmatisme, partiellement camouflé sous le prétexte d’une moderniste réinterprétation des dogmes catholiques.

L’idéologie mondialiste d’un métissage systématique des religions, des cultures et des ethnies, la ravageuse démocratie égalitaire (c’est surtout dans la mesure où elle se fait égalitariste que la démocratie devient universellement ravageuse) et le relativisme ambiant n’ont pas épargné l’Eglise catholique. Ils y ont une prolifération concéreuse, l’Eglise s’y est ouverte par son ouverture au monde. Le parti montinien est celui pour lequel c’est l‘évolution du monde qui est enseignante et c’est l’Eglise qui a besoin d’en être enseignée. Dans ce monde avorteur et asphyxiant du début du XXIe siècle, où prédomine ce que Jean-Paul II a nommé la culture de mort, c’est finalement l’Eglise qui va le moins mal. Son clergé n’est pas intellectuellement intact. Ses fidèles sont souvent désorientés par un épiscopat inconsistant ou dissident. Dans le catholicisme actuel les repères, la distinction objective et claire du bien et du mal, la distinction objective du vrai et du faux, la distinction du beau et du laid ont beaucoup perdu de leur nécessaire netteté : mais moins qu’ailleurs. Les sept sacrements de l’Eglise y sont valides, signes sensibles toujours efficaces. La source n’est pas tarie.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6476 de Présent, du Samedi 1 décembre 2007
Par XA - Publié dans : Madiran
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Vendredi 30 novembre 2007 5 30 /11 /2007 10:43
Jésus facultatif

Dans l’affaire Jean-Louis Bruguès, rien ne bouge depuis trois ans, sauf le personnage lui-même, dont l’irrésistible carrière va de promotion en promotion, comme si de rien n‘était.

Es qualités de président de la Commission doctrinale de l‘épiscopat, Mgr Bruguès est l’auteur non seulement d’une remise en « questionnement » de la virginité perpétuelle de Marie, dont nous reparlerons plus tard, mais aussi d’une singulière façon de manipuler l’acte de foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme.

Pour Mgr Bruguès, reconnaître ou non le Messie en Jésus, mort et ressuscité, est sujet à des « interprétations » diverses et notamment à deux « lectures » :

« La lecture chrétienne ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »

En somme, pour Mgr Bruguès, croire que Jésus, mort et ressuscité, est vrai Dieu et vrai homme, est facultatif. Le oui n’entraîne pas que le non ait « tort ». L’un et l’autre ont raison simultanément. C’est possible si, comme Mgr Bruguès, on renonce explicitement à un « idéal d’objectivité historique illusoire » (texte cité dans La trahison des commissaires, 2e édition complétée). On peut considérer alors la divinité de Jésus-Christ comme une sorte de mythe, utile ou merveilleux, mais n’ayant aucun titre à donner « tort » à sa négation.

La provocante position doctrinale de Mgr Bruguès n’est pas absolument isolée dans l’Eglise. On voit s’exprimer çà et là des tendances plus ou moins analogues ou ressemblantes. Par exemple j’ai lu, sous la plume du cardinal Lacroix, un développement approximativement parallèle (sinon dans son récit, du moins dans sa conclusion) :

« … J’ai appris à goûter l’Ancien Testament et à me familiariser avec lui ; j’ai de mieux en mieux compris que le Nouveau Testament n’est pas un autre livre d’une autre religion qui, pour une raison quelconque, se serait approprié les Saintes Ecritures des Juifs comme une sorte de préfiguration. Le Nouveau Testament n’est autre que l’interprétation de “la Loi, des Prophètes et des Ecritures” tirée de l’histoire de Jésus, donc contenue en elle, sources qui, au temps de Jésus, ne constituaient pas encore un canon définitif mais restaient ouvertes : par elles-mêmes elles témoignaient ainsi de Jésus auprès de ses disciples, comme les textes saints qui manifestaient son mystère. J’en suis venu à penser que le judaïsme (qui ne commence, stricto sensu, qu‘à la fin de la constitution d’un Canon des Ecritures, soit au Ier siècle après Jésus-Christ) et la foi chrétienne exposée dans le Nouveau Testament sont deux modes différents d’appropriation des textes sacrés d’Israël, tous deux ultimement déterminés par la façon d’appréhender le personnage de Jésus de Nazareth. L’Ecriture que nous nommons aujourd’hui Ancien Testament est en soi ouverte sur deux voies. Et nous n’avons en réalité commencé à comprendre qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’interprétation juive “après Jésus-Christ” possède elle aussi son propre message théologique. »

Toutefois la différence est que le cardinal Lacroix, ce faisant, n’accomplissait pas un acte magistériel, il racontait sa vie, et sa manière de penser à un certain moment de cette vie. Un cardinal n’a pas forcément une abondance de grâces d‘état pour rédiger son autobiographie. Mgr Bruguès, lui, accomplissait bien une sorte d’acte magistériel. Président de la Commission doctrinale et parlant en son nom, il engageait la responsabilité de la Conférence épiscopale, ainsi que l’ont décidé les évêques français. Or, depuis un tel scandale doctrinal, non rétracté par la hiérarchie, la carrière de Mgr Bruguès progresse au rythme d’une promotion par an, il est maintenant secrétaire (c’est-à-dire numéro 2) de la Congrégation romaine pour l‘éducation (cf. Présent du 29 juin et du 14 novembre). C’est sur cette anomalie persistante que nous avons désormais à réfléchir.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6475 de Présent, du Vendredi 30 novembre 2007
Par XA - Publié dans : Madiran
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Samedi 17 novembre 2007 6 17 /11 /2007 10:44

Commençons par une question iconoclaste : était-il opportun d‘écrire, de publier, de lire une Histoire de la messe interdite, au moment où le Motu proprio commence, non sans difficultés, de s’appliquer ? Autrement dit, à l’heure de la négociation, de la stratégie, de la tactique, fallait-il dire la vérité, toute la vérité, sur la messe ?

Rupture ou continuité ?

L’entreprise de Jean Madiran est d’autant plus périlleuse qu’elle n’exprime pas les opinions personnelles de son auteur, même si son style, le choix des personnes et des textes cités colorent subjectivement son texte : c’est abord un historique avec, pour chaque chapitre, un récit des événements, puis des repères soigneusement datés, intitulés Chronologie et documents. A ce titre, son étude est imparable.

Mais voilà : si on lit cette Histoire de la messe interdite après avoir lu le Motu proprio et la Lettre aux évêques de Benoît XVI, on ne peut manquer de relever des contradictions fortes entre les deux textes, celui du Pape et celui du laïc. Elles tiennent, partiellement, aux différences de tempéraments, de conditions, de perspectives : un laïc qui n’aime pas pactiser et qu’Emile Poulat classe dans la mouvance, si l’on peut dire, de l’« intransigeantisme » ; un pape bienveillant par nature et qui veut avant tout « parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise », et que « tout se passe dans la paix et la sérénité ». Or, il est rare que, sans omission ni compromis, on parvienne à la réconciliation et à la paix.

Examinons les textes.

Dès le début du Motu proprio, Benoît XVI s’efforce de dégager la continuité qui présida à la liturgie sacrée, depuis Grégoire le Grand… jusqu‘à Paul VI.

Il est significatif que pour évoquer la codification de la messe par saint Pie V, et la réforme de Paul VI, il emploie un vocabulaire similaire, voire identique : « Saint Pie V… renouvela tout le culte de l’Eglise, fit éditer des livres liturgiques corrigés et restaurés aux normes des Pères. » Quant à Paul VI, il « approuva en 1970 des livres liturgiques restaurés et partiellement rénovés de l’Eglise latine ».

Dès lors, il n’y a pas opposition entre deux rites, puisqu’il n’y a pas deux rites, mais « deux mises en œuvre de l’unique rite romain », « un double usage de l’unique et même rite », l’un étant « l’expression extraordinaire de la même “lex orandi” de l’Eglise », l’autre son expression ordinaire. Les deux formes, loin de s’opposer, peuvent s’enrichir, ajoute Benoît XVI. Notons cependant que les enrichissements ne sont pas du même ordre : dans l’ancien missel, qu’il a l’habileté d’appeler le plus souvent « le missel romain publié en 1962 par Jean XXIII », Benoît XVI suggère d’« insérer les nouveaux saints et quelques-unes des nouvelles préfaces ». Dans la célébration de la messe selon le missel de Paul VI, il exprime le vœu que puisse être « manifestée de façon plus forte… cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers la forme ancienne du rite romain ». Dans le premier cas, il s’agit de simples ajouts ; dans le second, c’est l’essentiel qui est visé : car s’il est une marque visible de la messe de Paul VI, c’est la désacralisation, signe de ce que le père Congar appelait « la révolution d’Octobre dans l’Eglise ».

Une rupture violente

La « révolution d’Octobre dans l’Eglise » : c’est bien le sujet du livre de Madiran qui met l’accent, non sur une continuité, mais sur une rupture et une rupture violente.

La rupture la plus sensible se trouve dans l’Institutio generalis qui accompagne le nouvel Ordo promulgué en 1969 ; la messe y est ainsi définie : « La Cène du Seigneur, appelée aussi messe, est la synase sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu se réunissant sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur. » Définition que l‘épiscopat français, dès la première édition du nouveau missel des dimanches, reprendra sous forme d’un « rappel de foi » : à la messe, « il s’agit simplement de faire mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli ». La messe n’est plus alors le « renouvellement non sanglant du sacrifice du Calvaire », mais, commente Madiran, « une simple réunion de prière et l’assemblée du souvenir ». Cette nouvelle définition de la messe, ajoute-t-il, est « celle que professent la plupart des protestants ». Le cardinal Ottaviani, qui fut sous trois papes (de Pie XII à Paul VI) à la tête de la « Suprême Congrégation du Saint-Office », avait déclaré que la nouvelle messe « s‘éloignait, d’une manière impressionnante, de la théologie catholique du concile de Trente ».

On saisit alors l’inéluctable conséquence : le conflit, le combat. Et c’est bien d’un vocabulaire de guerre qu’use Madiran, ou les personnalités citées par lui. Le « principal opérateur de la révolution liturgique », le P. Hannibal Bugnini, doit à son prénom (et sans doute à une analogie plus profonde), d’avoir été surnommé « le chef borgne monté sur l‘éléphant gétule ». André Charlier évoque « une conjuration pour éliminer totalement le latin et le grégorien de la liturgie » ; la nouvelle messe est appelée « une arme par destination » contre la messe tridentine. Quand apparaît le texte de la nouvelle messe, Cristina Campos, instigatrice du Bref examen critique adressé au pape dès l’automne 1969, « entre en campagne », et avait sur l’Aventin établi sa « dunette de commandement ».

Le combat fut ponctué de « controverses et de quelques refus très résolus », de suppliques individuelles et collectives, dont l’une est une lettre-manifeste rédigée en 1969 pour sauver le latin, avec la signature d’artistes et d’intellectuels, de Pablo Cazals à François Mauriac ; l’autre, de 1971, est un appel international pour la survie de la messe traditionnelle, réunissant les signatures de diverses personnalités, catholiques ou non, d’Agatha Christie à Yéhudi Menuhin en passant par Montherlant. Ces suppliques ont pour trait commun la défense d’un patrimoine culturel, d’une œuvre d’art, d’un trésor sacré incompréhensiblement menacés par un pape qui en avait plus que tout autre la garde.

La messe interdite

L’interdiction s’inscrit dans la logique du combat, dont la conséquence est l‘élimination d’un des deux protagonistes. Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques, rappelle que « le missel de 1962 n’a jamais été juridiquement abrogé et par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». L’emploi des tours adverbiaux témoigne du conflit entre le fait et le droit. Sans doute la messe tridentine ne pouvait-elle être juridiquement abrogée, le privilège-indult permettant à tout prêtre de célébrer selon l’Ordo de Pie V étant perpétuel, mais elle le fut pratiquement, depuis l’allocution au consistoire, le 24 mai 1976, de Paul VI, précédée par les impatiences des clergés suisse et français « Le Nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien… Ce n’est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel révisé sous son autorité à la suite du concile de Trente. Avec la même autorité suprême qui nous vient du Christ-Jésus, nous ordonnons la même prompte soumission… »

Cette référence réitérée à Pie V est paradoxale, à l’image de l‘énigmatique Paul VI ; c’est au nom de la Tradition qu’il supprime la Tradition. Or Pie V, en codifiant la messe, n’avait nullement l’intention d‘éradiquer les rites immémoriaux. S’inscrivant dans la tradition catholique de l’enrichissement des héritages, il avait « explicitement stipulé que les rites ayant un usage ininterrompu supérieur à deux cents ans, demeureraient autorisés ».

Le manteau de Noé

C’est dans cette tradition aussi que s’inscrivait le cardinal Ratzinger, lorsque, dans Le Sel de la terre, il définissait la liturgie comme « une fête qui n’est pas inventée par une commission quelconque, mais qui vient à moi de plus profond des millénaires, et, en fin de compte, de l‘éternité ». Il fut le maître d‘œuvre du Catéchisme de l’Eglise catholique, qui ne définit plus la messe comme un mémorial, mais comme un sacrifice : « Le Christ est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, “le même offrant maintenant par le ministère des prêtres”, qui s’offrit alors Lui-même sur la Croix ».

« L’histoire de la liturgie est faire de croissance et de progrès, jamais de rupture », écrit Benoît XVI dans sa Lettre aux évêques. C’est pourtant bien l’histoire d’une rupture qu‘écrit Madiran avec cette Histoire de la messe interdite. Il est bon, sans doute, de la connaître, mais peut-être est-ce l’heure de tourner hardiment les pages, non sans les avoir apprises par cœur avant de les tourner, mais avec la volonté de mettre fin à la « guerre civile qui a sévi depuis les années 1970 », selon l’expression de l’abbé de Tanoüarn. Et, pour cela, peut-être est-ce l’heure de jeter, sur l’Eglise de Paul VI, un charitable manteau de Noé.

Danièle Masson

Article extrait du n° 6466 de Présent, du Samedi 17 novembre 2007, p.I du Supplémentaire littéraire
Par XA - Publié dans : Madiran
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Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /2007 10:50

La nouvelle promotion de Mgr Bruguès, ecclésiastique à scandale, personnage tristement illustre, montre à quel point le parti montinien demeure puissant dans l’Eglise et à Rome même, au sein de la Curie.

Il part donc pour Rome, il est nommé secrétaire (c’est-à-dire numéro 2) d’une importante congrégation, et à la faveur de cette nomination romaine il est élevé au rang d’archevêque, en attendant mieux : il est maintenant cardinalisable.

Trois promotions pontificales en moins de trois ans pour celui qui a été le scandaleux président de la Commission doctrinale de l‘épiscopat français. En janvier 2005, consulteur de la congrégation romaine pour l‘éducation catholique. En juin 2006, consulteur à la congrégation pour la vie consacrée. En novembre 2007, secrétaire de la Congrégation pour l‘éducation. Cela appelle une classique citation latine qu’il vaut mieux désormais donner directement en traduction : « Jusqu’où ne montera-t-il point ? »

Ces trois promotions sont postérieures au scandale intellectuel analysé en détail dans notre ouvrage La trahison des commissaires. Le point culminant du scandale, le point indépassable, fut la négation par Mgr Bruguès du principe d’identité, appelé aussi principe du non-contradiction. « Toute la personne, a-t-il écrit, est engagée face au Messie d’Israël, le reconnaissant ou non en Jésus, mort et ressuscité. »

Et alors :

« La lecture chrétienne [à ce sujet] ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »

Cela figure dans la « Note de la Commission doctrinale des évêques de France sur l‘émission télévisée Les origines du christianisme », note présentée par son président Jean-Louis Bruguès. On peut la retrouver dans La Documentation catholique du 16 mai 2004.

Si donc vous affirmez que Jésus est le Messie, cela ne donne nullement tort à ceux qui le nient. Les deux « interprétations » méritent le même respect. A la question de la divinité de Jésus, le « oui » et le « non » ne s’excluent pas, ils sont vrais tous les deux !

Mgr Bruguès ne s’en est point repenti, il n’en a rien rétracté. Il a esquissé une rétractation indirecte et peu convainquante de ses insinuations, dans la même Note, en faveur d’une compréhension plutôt « spirituelle » que « physique » de la virginité perpétuelle de Marie (cf. La trahison des commissaires, p. 42-46 et 86-88). Il n’a pas bronché quand son adjoint à la Commission doctrinale, le P. Philippe Vallin, a publiquement énoncé que la résurrection du Christ n’est pas « un événement antérieur à la logique de rencontre et de témoignage des apparitions ». On ne fait pas mieux en matière de « modernisme » au sens précis réprouvé par saint Pie X.

La fulgurante promotion de Jean-Louis Bruguès, actuellement en cours, fait penser à ce que fut l’incroyable ascension de Jean Villot, couronnée par une incrustation à la tête de la Secrétairerie d’Etat, où il fut inamovible sous quatre souverains pontifes successifs. Le parti montinien demeure aussi puissant, ou presque, qu’il le fut sous Paul VI. Non seulement il est installé dans l’Eglise, in sinu gremioque Ecclesiae, mais il bénéficie de puissants soutiens extérieurs à l’Eglise et néanmoins influents à l’intérieur de l’Eglise. Il n’est cependant point tout à fait invulnérable. J’en trouve la preuve dans La Croix de lundi. Annonçant l’installation à Rome de Mgr Bruguès, elle indique qu’il y « représentera une certaine tradition, celle de l’Eglise de France », c’est un clin d‘œil à ceux du parti, les avertissant qu’il est bien l’un des leurs. Mais si La Croix donne un aperçu de sa carrière, elle omet tout à fait ses années de présidence à la Commission doctrinale. Une telle omission montre bien qu’elle le sait : les mentionner rendrait le personnage clairement imprésentable.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6463 de Présent, du Mercredi 14 novembre 2007, p.1
Par XA - Publié dans : Madiran
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Jeudi 18 octobre 2007 4 18 /10 /2007 10:51

A sa « chanson de Fortunio », que Musset me pardonne, j’emprunte une cadence et deux rimes, pour une annonce pacifique :

Si vous croyez que je vais dire

Qui donc blâmer,

Je ne saurais pour un empire

Vous les nommer.


Autrement dit, mon propos ne va désigner personne. Mais voici que circulent, dans l’opinion tradi ou à son adresse, quelques idées trop inexactes. Je voudrais consoler, en les rétablissant, quelques vérités envoyées pleurer au pain sec dans le cabinet noir.

C’est ainsi que l’on entend parler à nouveau d’une rétractation du cardinal Ottaviani : il aurait explicitement rétracté son Bref examen critique de la nouvelle messe, récemment réédité par les Editions Renaissance catholique de Jean-Pierre Maugendre. On nous ressort l’histoire d’une lettre où le Cardinal aurait assuré en outre n’avoir donné à personne l’autorisation de publier sa lettre-préface au Bref examen. Cette fabrication de 1970 n’avait pas survécu à 1970. La revue Itinéraires avait immédiatement démontré que la prétendue lettre de rétractation n‘était pas authentique. Cette démonstration n’avait rencontré aucun démenti, elle ne fut contestée ou réfutée ni alors ni depuis lors. L’actuelle tentative de réanimation d’une calomnie clairement disqualifiée est une grave contre-vérité ; elle ne doit tromper personne ; il convient d’y veiller. Et d’un.

Et de deux : l’effort réitéré pour nier que six « observateurs » protestants ont activement participé aux travaux du « consilium » qui, de 1964 à 1968, a fabriqué la messe nouvelle. C’est un argument de poids contre une prétendue intangibilité de la messe de Paul VI. Comme, analogiquement, l’accord de Metz fait peser une lourde suspicion sur la constitution conciliaire Gaudiun et spes. Pour la messe, des personnalités dignes de foi témoignent qu’au cours des travaux on demandait leur avis à ces « observateurs » ou même qu’ils le donnaient spontanément. Cela passe communément pour un fait historiquement admis. Pour l‘écarter, on invoque une déclaration « officielle » de… la « salle de presse du Saint-Siège », en 1976, assurant que ces six théologiens protestants furent admis comme « simples observateurs » et ne participèrent pas à l‘élaboration des textes du nouveau missel. La « salle de presse » a bien pu officiellement parler ainsi, elle n’a pas l’autorité du Magistère pour prononcer des sentences intouchables. Sinon, on en arriverait bientôt à prendre pour obligatoire de croire sur parole le moindre propos du concierge d’un cardinal romain.

Troisièmement, pour donner à la messe nouvelle autant de titres que la messe tridentine, et voiler son infériorité, on nous rappelle sans nuance les cardinaux romains (et parmi eux le cardinal Ratzinger) qui l’ont toujours célébrée à partir de 1970. C’est passer un peu vite sur le fait que ces cardinaux, par exemple Odi et Siri, ne l’ont fait qu’en exprimant des réserves importantes. L’un disait que la messe tridentine porte le célébrant, tandis que la messe nouvelle, c’est le célébrant qui doit la porter. L’autre trouvait la vérité catholique dans la messe nouvelle, mais à condition d’y creuser profond. Quant au cardinal Ratzinger, il écrivait notamment : « A la place de la liturgie fruit d’un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. » Mais qui est donc ce « on » qui a voulu que le nouveau missel soit « promulgué pour être substitué à l’ancien » ? Question (dont la réponse est connue) posée simplement pour montrer que la critique de la nouvelle messe, de son auteur et des indications pastorales du Concile n’est pas interdite, contrairement à ce que l’on cherche maintenant à nous faire croire.

C’est là le point.

JEAN MADIRAN


Article extrait du n° 6445 de Présent, du Jeudi 18 octobre 2007
Par XA - Publié dans : Madiran
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Jeudi 6 septembre 2007 4 06 /09 /2007 10:54

Pour la première fois depuis trente-sept ans, la messe traditionnelle vient de faire son retour dans ma paroisse.

Plusieurs années avant d’y être tout à fait abolie en 1969, elle y était déjà célébrée ou plutôt défigurée en dépit du bon sens. Pour cette raison et aussi parce qu’une « catéchèse » de plus en plus anémiée y était devenue divaguante, après une brève résistance manifestement sans aucun effet, j’avais quitté ma paroisse il y a environ quarante ans. Quarante ans ! C’est de l’histoire ancienne… Pour garder un lointain souvenir d’enfance de ce temps-là, il faut aujourd’hui avoir au moins cinquante ans.

Dimanche dernier je suis revenu, je n‘étais pas le seul, dans l‘église qui est à quelques pas de chez moi, au lieu d’avoir à faire vingt kilomètres aller et vingt retour. L’important, bien sûr, n’est pas que nous y soyons revenus, mais que la messe y soit de retour. Quelle grâce ! Et qu’elle y soit, comme le veut le Motu proprio, « honorée en raison de son usage antique et vénérable ». C’est cela qui compte. Qu’elle soit honorée. Qu’elle retrouve la primauté d’honneur qui lui est due.

A partir du 14 septembre, en fait à partir du XVIe dimanche après la Pentecôte, ce sera le cas dans beaucoup de paroisses. Peut-être cahin-caha. Question : vais-je abandonner la chapelle et le clergé qui m’ont, dans le diocèse voisin, accueilli pendant les quarante années de mon exil dominical ? Question personnelle mais qui, plus ou moins analogue, va se poser ailleurs aussi.

Je n’aimerais pas que l’on profite de cette messe pour me prêcher une certaine « réception de la foi » telle que, paraît-il, « la présente avec une autorité toute particulière Vatican II ». Ce concile pastoral n’a pas eu pour objet de donner une nouvelle définition de la foi catholique. Et lui attribuer une « autorité particulière » en un tel domaine, cela semble le placer à l‘égal ou au-dessus des conciles qui, eux, ont défini la foi que nous devons « recevoir ». En somme je n’aimerais pas rencontrer un écho persistant de la mémorable formule qui prétendait lui attribuer « autant d’autorité et plus d’importance que le concile de Nicée ».

La communion dans la foi est communion dans le même Credo, le même Notre Père, les mêmes Commandements, la même Eucharistie, la même succession apostolique, la même primauté du Siège romain. Elle n’est pas, quoi qu’en dise Vatican II ou quoi qu’on lui fasse dire, non, elle n’est pas dans une même manière, particulière et obligatoire, de concevoir le dialogue interreligieux, l‘œcuménisme et la liberté. Cette manière varie d’un pays à l’autre ; et, quoi qu’en prétendent les rodomontades collégialistes, il arrive même qu’elle varie d’un diocèse à l’autre.

Il ne faudrait pas non plus que dans la paroisse retrouvée on se serve trop de l’homélie pour tenter de nous faire croire que la messe de Paul VI, devenue la messe facultative, serait sûre et droite, irréprochable, au-dessus de toute critique. Si Paul VI en a fait trois éditions, et son successeur deux, cela marque au moins une longue hésitation et une imperfection longtemps subsistante. D’autres corrections lui viendront. Car il est peu probable que Benoît XVI condamne les livres où le cardinal Ratzinger rejetait l’autel tourné vers l’assistance, la communion dans la main, la suppression des agenouillements et l’esprit de rupture liturgique.

Revenir chaque dimanche dans ma paroisse ne risque-t-il pas en outre de paraître cautionner une anomalie : qu’on ait l’apparence de s‘être mis en règle avec le Motu proprio en « autorisant » une seule messe dans le diocèse, et même pas dans la ville épiscopale ?

Ce ne sont encore que premières impressions, premières réactions. Tout cela nous appelle à une mûre réflexion.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6415 de Présent, du Jeudi 6 septembre 2007
Par XA - Publié dans : Madiran
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