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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 10:50

La nouvelle promotion de Mgr Bruguès, ecclésiastique à scandale, personnage tristement illustre, montre à quel point le parti montinien demeure puissant dans l’Eglise et à Rome même, au sein de la Curie.

Il part donc pour Rome, il est nommé secrétaire (c’est-à-dire numéro 2) d’une importante congrégation, et à la faveur de cette nomination romaine il est élevé au rang d’archevêque, en attendant mieux : il est maintenant cardinalisable.

Trois promotions pontificales en moins de trois ans pour celui qui a été le scandaleux président de la Commission doctrinale de l‘épiscopat français. En janvier 2005, consulteur de la congrégation romaine pour l‘éducation catholique. En juin 2006, consulteur à la congrégation pour la vie consacrée. En novembre 2007, secrétaire de la Congrégation pour l‘éducation. Cela appelle une classique citation latine qu’il vaut mieux désormais donner directement en traduction : « Jusqu’où ne montera-t-il point ? »

Ces trois promotions sont postérieures au scandale intellectuel analysé en détail dans notre ouvrage La trahison des commissaires. Le point culminant du scandale, le point indépassable, fut la négation par Mgr Bruguès du principe d’identité, appelé aussi principe du non-contradiction. « Toute la personne, a-t-il écrit, est engagée face au Messie d’Israël, le reconnaissant ou non en Jésus, mort et ressuscité. »

Et alors :

« La lecture chrétienne [à ce sujet] ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »

Cela figure dans la « Note de la Commission doctrinale des évêques de France sur l‘émission télévisée Les origines du christianisme », note présentée par son président Jean-Louis Bruguès. On peut la retrouver dans La Documentation catholique du 16 mai 2004.

Si donc vous affirmez que Jésus est le Messie, cela ne donne nullement tort à ceux qui le nient. Les deux « interprétations » méritent le même respect. A la question de la divinité de Jésus, le « oui » et le « non » ne s’excluent pas, ils sont vrais tous les deux !

Mgr Bruguès ne s’en est point repenti, il n’en a rien rétracté. Il a esquissé une rétractation indirecte et peu convainquante de ses insinuations, dans la même Note, en faveur d’une compréhension plutôt « spirituelle » que « physique » de la virginité perpétuelle de Marie (cf. La trahison des commissaires, p. 42-46 et 86-88). Il n’a pas bronché quand son adjoint à la Commission doctrinale, le P. Philippe Vallin, a publiquement énoncé que la résurrection du Christ n’est pas « un événement antérieur à la logique de rencontre et de témoignage des apparitions ». On ne fait pas mieux en matière de « modernisme » au sens précis réprouvé par saint Pie X.

La fulgurante promotion de Jean-Louis Bruguès, actuellement en cours, fait penser à ce que fut l’incroyable ascension de Jean Villot, couronnée par une incrustation à la tête de la Secrétairerie d’Etat, où il fut inamovible sous quatre souverains pontifes successifs. Le parti montinien demeure aussi puissant, ou presque, qu’il le fut sous Paul VI. Non seulement il est installé dans l’Eglise, in sinu gremioque Ecclesiae, mais il bénéficie de puissants soutiens extérieurs à l’Eglise et néanmoins influents à l’intérieur de l’Eglise. Il n’est cependant point tout à fait invulnérable. J’en trouve la preuve dans La Croix de lundi. Annonçant l’installation à Rome de Mgr Bruguès, elle indique qu’il y « représentera une certaine tradition, celle de l’Eglise de France », c’est un clin d‘œil à ceux du parti, les avertissant qu’il est bien l’un des leurs. Mais si La Croix donne un aperçu de sa carrière, elle omet tout à fait ses années de présidence à la Commission doctrinale. Une telle omission montre bien qu’elle le sait : les mentionner rendrait le personnage clairement imprésentable.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6463 de Présent, du Mercredi 14 novembre 2007, p.1

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Published by XA - dans Madiran
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