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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 13:34

Vers une autorisation des mères porteuses ?

Pierre-Olivier Arduin, Directeur de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, in Valeurs Actuelles du 30-05-2008

La création en janvier dernier par le Sénat d’un groupe de travail sur les mères porteuses avait valeur d’avertissement: aucun sujet, quel que fût son contenu sulfureux, ne serait a priori écarté des négociations préparant la prochaine révision de la loi de bioéthique prévue d’ici à 2009. D’autant que la pression médiatique était forte ces derniers temps après plusieurs affaires de tourisme procréatif mettant en cause des couples français ayant recouru à des mères de substitution californiennes.Le choix de placer à sa tête la sénatrice socialiste Michèle André, jadis secrétaire d’État aux Droits des femmes du gouvernement Rocard, augurait du pire. En dévoilant que la mission s’orientait vers une autorisation de la « gestation pour autrui » (la Croix du 19 mai dernier) – expression forgée pour atténuer le caractère transgressif de cette pratique en lui donnant un aspect altruiste –, elle a corroboré les craintes d’alors.

Que recouvre ce nouveau brouillage de la procréation? Deux cas de figure sont envisageables. Soit la mère porteuse loue son utérus afin que l’embryon issu des gamètes des parents biologiques et conçu par fécondation in vitro y soit implanté. Soit elle est inséminée artificiellement par les spermatozoïdes du père en fournissant un de ses ovocytes. Dans cette formule, la mère porteuse est tout à la fois la mère gestatrice et la mère génétique. Dans les deux cas, la mère d’intention ne deviendra la mère légale qu’après une procédure d’abandon de l’enfant à la naissance.Mesuret- on les dommages psychologiques chez l’enfant averti que la mère qui l’a mis au monde n’est pas celle qu’il croit? D’aucuns y voient pourtant l’équivalent d’une adoption. C’est oublier que les parents adoptants se situent dans une perspective d’accueil d’un orphelin déjà là. Ils ne sont pas la source de l’existence de cet enfant au passé douloureux, mais lui ouvrent leurs bras et leur foyer dans une dynamique de participation à une histoire qui les dépasse.

La gestation pour autrui bricole la filiation en faisant naître en toute connaissance de cause un orphelin de la mère qui l’aura porté. Elle tient pour rien la relation materno-foetale au moment où son apport à l’épanouissement de l’enfant est de plus en plus avéré. Disposition multiséculaire inscrite dans le marbre de la loi: la mère est celle qui a donné la vie. Abriter en son sein un enfant et lui donner naissance rend effectif juridiquement la filiation maternelle. Dans l’éventualité où la mère porteuse ne voudrait plus livrer l’enfant commandé, le juge français donnerait raison à sa revendication. La jurisprudence américaine a réglé la survenue de conflits en tenant comme souveraine l’expression de l’autonomie individuelle des deux parties qui signent le contrat. Logique utilitariste qui imprègne la bioéthique outre-Atlantique et influence toujours plus la réflexion européenne.

Ce modèle, outre qu’il détruit irrémédiablement la réalité objective de la maternité, heurte de plein fouet le principe intangible d’indisponibilité du corps humain. La mère porteuse met à disposition des requérants ses fonctions reproductrices, entraînant une confusion entre procréation, reproduction et simple production d’une marchandise, l’enfant, au moyen d’un instrument de travail, son utérus.Le tout contre rémunération.Michèle André propose de parler de « dédommagement » pour éviter la brutalité du terme. Qui peut se satisfaire d’un pareil tour de passepasse? La chosification de l’être humain atteint ici son acmé.L’acte de renoncer à un enfant et de le céder contre rétribution le fait basculer dans le monde des choses, appropriables et disponibles, à l’inverse de la personne, radicalement indisponible.

Les choses ont un prix mais l’homme a une dignité, loi fondamentale de notre civilisation. Se posera inévitablement la question de la “qualité”du produit négocié dans le contrat: qu’adviendrait-il si celui-ci ne répondait pas au désir des commanditaires, en cas de handicap par exemple? Investir une femme du simple rôle d’incubateur confirme le régime qui gouverne la bioéthique contemporaine.L’enfant, à l’état embryonnaire ou foetal, y est appréhendé dans un rapport de fabrication où seuls comptent la matière première (les gamètes), l’ingénierie procréative et le tout-puissant projet parental. Du pain bénit pour le lobby gay dans son désir d’homoparentalité. À l’heure où le chef de l’État souhaite retoucher le préambule de la Constitution pour y faire entrer les nouveaux droits de la bioéthique, la possible dépénalisation de cette pratique requiert un sursaut de conscience de la part de tout ce que la France compte encore d’autorités morales.
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Rappelons que P.-O. Arduin a été l'invité des Rendez-vous du Forum Catholique le 13 mars 2008. Un entretien que l'on peut retrouver en cliquant ici.

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