Depuis novembre, la communauté catholique traditionnelle d’Amiens (Fraternité Saint-Pie X) célèbre la
messe dans la rue. Pourquoi cette étrange situation dont aucun média national (et spécialement pas le journal catholique La Croix) n’a rendu compte ? Nous avons pris contact avec le district de
France de la Fraternité Saint-Pie X, qui nous a orienté vers l’abbé Grégoire Celier, actuel rédacteur en chef de la Lettre à nos frères prêtres.
M&Vie. Où en est la situation à Amiens actuellement ?
Abbé Grégoire Celier : Je crois qu’il est bon de commencer par un bref historique. On a dit, en particulier, que nous sollicitions une église au nom du Motu
proprio : mais l’affaire a démarré plusieurs mois avant le Motu proprio. La réalité est beaucoup plus simple, et c’est pourquoi elle aurait dû se régler d’une façon simple… si l’évêque d’Amiens
ne s’était tout à coup braqué, pour une raison qui nous échappe encore.
Il y a une forte dissension entre l’évêque d’Amiens et vous
?
Elle vient exclusivement de lui. Pour notre part, aujourd’hui encore, nous sommes ouverts à
tout dialogue. En fait, nous disposions à Amiens depuis 35 ans d’une chapelle louée par le Conseil général. Ce dernier nous a prévenus en 2006 que cette chapelle était mise en vente. Nous avons
proposé de l’acheter mais, pour diverses raisons, le Conseil général a préféré vendre au Conseil régional. En mai 2007, la communauté a été prévenue que la chapelle serait indisponible à la fin
du mois d’octobre. Elle a immédiatement lancé des recherches pour trouver un autre lieu convenable. Dans ce court laps de temps, cela n’a pas abouti.
C’était un défi difficile à relever…
La communauté a donc décidé de se tourner vers l’évêque, Mgr Jean-Luc Bouilleret, pour
solliciter de sa bienveillance la mise à disposition d’un édifice, ne fût-ce que quelques heures chaque dimanche. Il ne s’agissait que d’une solution provisoire, le temps de trouver quelque chose
qui convienne. Et la communauté était disposée à envisager avec le diocèse les conditions de cette mise à disposition, afin d’éviter toute ambiguïté. Dans cet esprit, l’abbé de Cacqueray,
supérieur de district, est entré en relation avec l’évêché le 21 juin 2007. Le premier contact est positif. Le père Jean-Paul Gusching, vicaire général et représentant de Mgr Bouilleret, déclare
: « Mgr l’évêque est au courant de votre situation délicate. Je vous annonce de sa part que le diocèse ne vous laissera pas tomber, et qu’il vous proposera une solution de repli. » Un rendez-vous
cordial a lieu le 24 juillet, pour explorer diverses possibilités. Rassuré par ces paroles encourageantes, l’abbé de Cacqueray écrit à Mgr Bouilleret le 6 août, afin de solliciter un rendez-vous.
Mais, le 16 septembre, revenant sur la parole du vicaire général, l’évêque d’Amiens refuse toute mise à disposition d’un bâtiment, à quelque condition que ce soit.
C’est une douche froide !
C’est très inattendu. L’abbé de Cacqueray reprend sa plume le 3 octobre. Le père Gusching
accepte un nouvel entretien le 24 octobre, où il manifeste encore son esprit de conciliation. Mais cet ultime rendez-vous s’avère inutile. La décision de Mgr Bouilleret est définitive : aucun
accueil, d’aucune sorte, ne sera accordé à la communauté traditionnelle d’Amiens. Quelques jours plus tard, cette dernière se retrouve donc à la rue, et la situation dure encore sept mois plus
tard.
Ce refus est très étonnant !
Nous ne le comprenons pas. Mgr Bouilleret a accompli de nombreux gestes d’accueil, par
exemple en recevant les musulmans sur le parvis de la cathédrale à l’occasion de divers événements. Lors d’une messe que la communauté a célébrée sur ce parvis, une cérémonie commune avec les
anglicans se déroulait au même moment à l’intérieur de la cathédrale. Nous ne comprenons donc pas pourquoi serait seul impossible, seul interdit, le fait de porter secours à des frères
catholiques dans la difficulté.
Aujourd’hui, où en est-on ?
Mgr Bouilleret s’oppose activement à toute solution sage. Il a même opposé un veto formel à
une congrégation religieuse qui, disposant d’une église inoccupée, envisageait de nous la proposer. Alors la communauté s’est tournée vers les autorités civiles, pour voir si une solution ne
pouvait pas être trouvée grâce au patrimoine religieux de la ville. Après tout, pas loin d’Amiens, à Compiègne, la mairie a vendu une église à la Fraternité Saint-Pie X en 2003, église que je
dessers chaque dimanche. Des contacts ont été établis avec le maire de l’époque, Gilles de Robien, mais celui-ci, lié à l’évêque, n’a rien voulu faire. Résultat, il a été balayé aux élections. La
communauté a repris contact avec la nouvelle municipalité. Une pétition appuyant notre demande a déjà recueilli plus de trois mille signatures d’Amiénois, preuve qu’il s’agit bien d’une réalité
populaire.
Quel est l’avenir pour la communauté d’Amiens ?
Loin de rester inactive, elle se démène, au contraire, pour trouver une solution. J’espère
que ces contacts avec l’actuelle municipalité vont aboutir à un dénouement satisfaisant pour tous. Mais les fidèles et leur prêtre, l’abbé Bernard Lorber, sont totalement déterminés : ils ont
affronté les rigueurs de l’hiver sans plier, et ne sont pas décidés à s’en laisser conter.
Est-ce un avertissement à tous les évêques de France ?
La situation d’Amiens est une situation locale, elle provient exclusivement du revirement de Mgr
Bouilleret et de son incapacité à engager le dialogue. Donc, à titre d’affaire locale, elle ne concerne pas les autres évêques. D’un autre côté, il faut savoir que des fidèles de tous bords sont
venus, au fil des mois, soutenir la communauté. Par ailleurs, l’évêque d’Amiens a reçu des milliers de lettres s’indignant de son attitude de fermeture. Je crois qu’il y a là quelque chose
d’important : les catholiques attachés à la tradition en ont par-dessus la tête d’être méprisés et marginalisés, et l’affaire d’Amiens a sans doute marqué un moment de leur révolte, qui ne va pas
s’arrêter de sitôt. Si les évêques ne veulent pas vivre demain chez eux une situation semblable à celle d’Amiens, il faut qu’en beaucoup d’endroits ils changent radicalement
d’attitude.
Propos recueillis par Claire Thomas
Source : monde & vie n°796, p.21
article repris avec l'aimable autorisation de Jean-Marie Molitor
Vous avez raisn, cela est impossible. Dans ma paroisse la messe est carrément scandaleuse c'est pourquoi je préfère aller ailleurs! Heureusement qu'il y a un ailleurs!
SI, c'est à la fois la liturgie (dans de très nombeux endroits) et l'application de a doctrine qui posent problème. On part du postulat que Vatican II est juste puisque l'Eglise ne peut pas se tromper, mais alors c'est l'application qui est fausse! Et elle est souvent archi-fausse allant jusqu'au scandale et à la négation de l'Evangile.
Je ne vois pas pourquoi un tradi aurait le droit de dire à l'évêque "on veut une messe St Pie V, mais pas avec un prêtre comme ceci, plutôt avec un prêtre comme cela"...
Vous imaginez, un paroissien "Paul VI" dire à l'évèque : "pour notre paroisse, on veut un prêtre en col romain, carré sur la doctrine, et pas untel qu'on trouve trop à gauche" !
La vraie question, celle qui pose problème, est celle de l'obéissance à Rome et à l'évêque du lieu. Et c'est cela qui est à l'origine du problème, et pas la liturgie en elle-même.
Sur le fond, j'avoue ne pas comprendre l'attitude de la FSSPX. Je souhaite bien sûr un rapprochement, mais ne comprends pas pourquoi la FSSPX ne s'est pas rallié à la suite du motu proprio. C'est maintenant ou jamais ! Poser comme préalable au ralliement une remise en cause de certains aspects de Vatican II est irréaliste !
Croient-ils sérieusement que le Vatican, pour rallier, disons, cent à cent cinquante mille fidèles, va rayer d'un trait de plume, entre autre, Nostra Etate, Dignitatis Humanae et revenir sur quarante ans de dialogue inter-religieux ?
La FSSPX attend-t-elle que Rome supprime la possibilité de célébrer la messe Paul VI ?
Il n'y aura pas de remise en cause de Vatican II, simplement une herméneutique de la continuité. C'est ce qui se passera à court et à moyen terme, pas besoin d'être devin pour le voir.
Donc soit la FSSPX abandonne un certain nombre de ses prétentions sur le plan doctrinal, et dans ce cas l'on peut espérer un ralliement, soit elle reste dans le schisme, pour très longtemps...
L'âge des évêques de la FSSPX va de 50 à 68 ans. Il faudra donc, à un moment, penser à leur succession. Et cette question se posera vraisemblablement avant que le concile Vatican II ne soit sérieusement remis en cause...
Lorsqu'on fréquente régulièrement une église avec son ou ses prêtres et tout ce qui en découle, il est normal qu'on ne soit pas obliger d'en changer pour aller s'aggréger à une toute nouvelle communauté dont on ne connaît pas le prêtre et dont la messe n'est célébrée qu'un dimanche sur deux. Ce qui motre bien qu'il n'y a certainement pas de suivi tel que cathéchisme et formation adéquate.
De plus le pasteur du troupeau devraait se réjouir de la multiplication des lieux de messe.
Mais après avoir pris connaissance de l'article du père Delorme chargé du dialogue islamo-chtétien, qui estime qu'évangéliser pourrait nuire à l'unité du peuple algérien, force est de constater que dans tous ces signes visibles il y a une réelle parenté.
Jusqu'à une époque récente, un prêtre ordonné avant le Concile avait gardé la messe traditionnelle à Domqueur. Il n'a subit que persécution de la part de l'évêque. Il ne fut pas remplacé, par refus de l'évêque. Il est vrai qu'après toutes ces messes qui se faisaient en plein air et qui plaçaient l'évêque dans une totale contradiction, une nouvelle messe traditionnelle fut accordée aux fidèles de Domqueur.
Ce sont là les fruits secondaires de l'action de ces catholiques à la rue qui ne faiblissent pas, malgré les tentatives de zizanie.
N'y a-t-il pas déjà une messe St Pie V à Amiens, célébré en accord avec le diocèse ?