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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 10:22

Au cours de l’interview où il déclare « parler en tant que président de la Conférence des évêques » (c’est donc une déclaration officielle), interrogé sur Benoît XVI et le motu proprio du 07.07.07 « qui n’a pas été digéré en France », le cardinal Vingt-Trois a notamment répondu :

« Le signe le plus explicite sur le sujet va être le fait de concélébrer avec les évêques de France, en communion dans une même liturgie. »

Une concélébration avec le Souverain Pontife n’est pas un problème, ni une nouveauté montinienne : elle est traditionnelle. La nouveauté est d’attendre du Pape qu’il soit en communion avec les évêques.

Normalement, le Pape ne vient pas concélébrer avec les évêques, ce sont les évêques qui vont concélébrer avec le Pape.

L’Eglise nous a élevés et instruits dans un profond respect pour « les évêques en communion avec le Pape ». Nous nous y appliquons volontiers. Mais cela ne peut fonctionner à l’envers. Ce n’est point le Pape qui aurait obligation d‘être en communion avec les évêques. Aucune invention collégialiste artificiellement fagotée ne changera rien à cette réalité surnaturelle.

Nous aimons supposer que, de la part du président de la Conférence épiscopale, il s’agit simplement d’une sorte de lapsus ou d‘étourderie, et non pas d’une exigence ou d’un ultimatum. Toutefois on trouvera étrange que le président Vingt-Trois estime pouvoir fixer d’avance quel sera « le signe le plus explicite » que devrait nous apporter Benoît XVI.

Ne sous-estimons pas cependant les obstacles difficilement surmontables que le cardinal Vingt-Trois rencontre dans l’exercice de sa présidence et qui expliquent l’incertitude, l’embarras, l’approximation de ses propos. Sur les plus graves réalités de la foi, il n’y a pas, dans l‘épiscopat français, l’unité que la Conférence épiscopale voudrait (et devrait) représenter.

Je reviens à l’instant d’un diocèse (je ne le nommerai pas, car il n’est malheureusement pas le seul), – un diocèse où, au nom de l’Eglise catholique et de l‘évêque du lieu explicitement invoqués, on enseigne par voie écrite que les trois « temps forts » de la messe sont : « un enseignement, une méditation personnelle, un partage ». La messe serait donc une opération principalement subjective, centrée sur le culte de l’homme. Autrement dit, il s’agit toujours d’affirmer, sous une forme moins directement provocante, qu‘à la messe « il s’agit seulement de faire mémoire », selon la doctrine du « nouveau missel des dimanches » de l‘épiscopat en 1970 et en 1973. Il semble que l’on ait discrètement retiré cette formule, mais elle n’a jamais été rétractée. Elle correspond d’ailleurs au fameux article 7, première version, de la préface à la messe de Paul VI. Il y eut quelques évêques diocésains qui n‘étaient pas d’accord. Ils ne l’ont jamais dit en public. Et c’est pour cela qu’une grande partie du clergé continue à croire depuis une quarantaine d’années que la messe n’est pas un vrai sacrifice. Nous y reviendrons.

L’unité épiscopale est un faux-semblant quand elle n’est pas fondée sur une communion dans la vérité. La Bible Bayard, où l’on trouve l’affirmation mais aussi la négation de la divinité du Christ et de l’authenticité du témoignage évangélique, a paru avec l’approbation explicite de la Commission doctrinale du Conseil permanent de la Conférence épiscopale. Il s’est trouvé deux évêques français, pas trois, pour mettre en garde le clergé et les fidèles en disant publiquement : « Cette Bible n’est pas celle de l’Eglise, ce n’est pas une Bible chrétienne ! » Elle a néanmoins été diffusée dans l’univers francophone à des centaines de milliers d’exemplaires. L‘épiscopat n’a pas rétracté son approbation. Mais si l’on voit là quelque unité épiscopale, alors c’est dans le mensonge.

« En communion », dit le Président. Ce ne peut tout de même pas être en communion avec cette morale sans obligation ni sanction qu’enseigne l’archevêque de Rennes : « L’Eglise, claironne-t-il cette année, n’interdit rien à personne. » Ce ne peut être en communion avec la Bible Bayard, ni avec la catéchèse sans catéchisme de la plupart des diocèses français, ni avec une « eucharistie » qui ne veut plus être le saint sacrifice de la messe. Il n’y a pas de communion possible avec la coexistence artificielle du oui et du non. Dans cette situation spirituellement crucifiante, nous nous préparons à être attentifs à ce que le Pape vient nous apporter. Sans prétendre lui indiquer nous-même « le signe le plus explicite » que nous espérons de lui. De toute façon, il sera sans doute le plus inattendu.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6673 de Présent, du Samedi 13 septembre 2008

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Published by XA - dans Madiran
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