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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 12:39

L’espace de vingt-quatre heures, la vie parisienne a changé de visage. On attendait – il semble que même les évêques attendaient – une mobilisation discrète, un succès d’estime, une attention au mieux curieuse pour ce pape intellectuel que les Français ne connaissaient pas encore. Ce fut un déferlement. Un enthousiasme débordant. La joie sur les visages et la reconnaissance dans les regards : Benoît XVI a parlé au cœur des innombrables jeunes et moins jeunes qui se sont pressés pour ne serait-ce que le voir passer ; il leur, il nous a parlé de la Foi, de l’Esprit, des racines chrétiennes de la France, du vrai sens de la liberté, de l’exacte dimension d’une vraie culture : la recherche de Dieu.

Et il commença très fort, avec cet humour fin et discret qui lui permet de retourner bien des situations, bien des difficultés. Lisez son discours à l’Elysée, où Sarkozy tint à le recevoir en compagnie de tout son gouvernement, tout en donnant des gages énormes, dans son discours, aux « autres religions », aux « traditions philosophiques » (comme si la religion catholique n’en avait pas !), et même, mais peut-être était-ce un lapsus, aux « frères musulmans ». Benoît XVI balaya tout ce relativisme sans en avoir l’air. Montrant que les racines chrétiennes de la France remontent aux tout premiers siècles, et que ce sont elles qui l’ont façonnée, il a donné une vraie réplique au discours présidentiel.

A sarkozy et aux évêques

A la « dignité de l’homme » célébrée par Sarkozy, il répondit « droits de l’homme » ; mais en affirmant ceci : « L’exercice de la présidence de l’Union européenne est l’occasion pour votre pays de témoigner de l’attachement de la France aux droits de l’homme et à leur promotion pour le bien de l’individu et de la société. Lorsque l’Européen verra et expérimentera personnellement que les droits inaliénables de la personne humaine, depuis sa conception jusqu‘à sa mort naturelle, ainsi que ceux relatifs à son éducation libre, à sa vie familiale, à son travail, sans oublier naturellement ses droits religieux, lorsque donc cet Européen saisira que ces droits, qui constituent un tout indissociable, sont promus et respectés, alors il comprendra pleinement la grandeur de la construction de l’Union et en deviendra un artisan actif. »

Respect de la vie, de la liberté de l’enseignement, du travail, de la famille ? Voilà des « droits de l’homme » comme on les connaît peu. Il n’y manquait que la patrie : « A cet égard, il est important de promouvoir une unité qui ne peut pas et ne veut pas être une uniformité, mais qui est capable de garantir le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne », affirma Benoît XVI qui le dimanche, à Lourdes, allait lancer semblable rappel devant les évêques français rassemblés : « Je suis convaincu (…) que les Nations ne doivent jamais accepter de voir disparaître ce qui fait leur identité propre. Dans une famille, les différents membres ont beau avoir le même père et la même mère, ils ne sont pas des individus indifférenciés, mais bien des personnes avec leur propre singularité. Il en va de même pour les pays, qui doivent veiller à préserver et à développer leur culture propre, sans jamais la laisser absorber par d’autres ou se noyer dans une terne uniformité. »

Ce fut un même vibrant appel à la redécouverte de racines vivifiantes, seules capables de donner et de conserver la vie de l’ensemble, que Benoît XVI lança lors de son grand discours sur la culture, au Collège des Bernardins. Le Logos, la Parole, la grammaire, la musique et le chant des moines tout tendus vers Dieu qui ont ainsi obtenu, crus-je entendre, ce surcroît promis à ceux qui se tournent sans retour vers Celui qui est. Le discours des Bernardins est une réponse au relativisme et à la fausse liberté qui, en refusant tout lien, n’est plus qu’« arbitraire » et tyrannie. Il est aussi une cinglante réplique – mais dite avec combien de douceur et de respect – à ceux qui s’appuient sur la lettre au lieu de chercher l’Esprit avec l’aide de la raison. Benoît XVI venait de rencontrer les représentants de l’islam. Il osa tranquillement dénoncer le « fanatisme fondamentaliste » qui menace ceux qui cherchent la « Parole de Dieu (…) dans la seule littéralité du texte ». Oui, le discours des Bernardins est la suite et le développement du discours de Ratisbonne ; un discours qui indique la complémentarité nécessaire du Ora et labora de saint Benoît comme la source de l’originalité européenne, fruit d’une « culture du travail » couplée avec la « culture de la parole ».

Les doux à Paris

Retransmis sur des écrans géants le long de la Seine, où une foule joyeuse patientait pour voir passer la papamobile, le discours ne fut peut-être pas saisi par tous. Dans l’étroite rue de Poissy que Benoît XVI devait emprunter pour descendre vers Notre-Dame, la situation vira même au cocasse. L’accès en était réservé aux Orphelins apprentis d’Auteuil, artisans de l’estrade où serait célébrée, le lendemain, la messe aux Invalides. Ils voulaient accueillir le passage du Pape avec toute la chaleur dont ils étaient capables. Benoît XVI venait de dire la beauté du chant des moines, de cette Liturgie qui est « une invitation à chanter avec les anges », qui a su trouver une musique digne de Dieu. A côté de moi, un jeune Noir sortit son tam-tam. Les animateurs de toutes ethnies l’entourèrent. Au rythme africain s’ajouta la répétition lancinante de mélodies primitives ; la papamobile s’approcha au son strident des you-yous. Contraste saisissant !

Mais plus tard, au soleil couchant doré de septembre, sur les quais offerts pour un soir aux catholiques, il y eut d’autres scènes, bien plus étonnantes. Des groupes de centaines de personnes restaient au pied des grands écrans pour suivre, recueillis et sereins, le chant des vêpres présidées par le Pape à Notre-Dame. Et ainsi retentirent des psaumes, et le Magnificat, et le Te Deum. Ce vendredi soir, les cloches de Saint-Nicolas-du-Chardonnet tout proche avaient sonné à toute volée pour accueillir le Saint-Père. Et une nouvelle fois (comme l’écrivait Alain Sanders lors des JMJ de 1997), « les doux avaient envahi Paris ».

Vous dirai-je la foule qui se pressait à Saint-François-Xavier, dans le 7e arrondissement, ce soir-là ? Le bâtiment, considérable, se révéla trop exigu pour accueillir ceux qui voulaient veiller « dans la Tradition » en attendant le rendez-vous des Invalides. Ils étaient, dit-on, 2 000. Sans compter les responsables des différentes communautés traditionnelles qui, de Dom Louis-Marie du Barroux au Père Alain de Riaumont, en passant par le supérieur de la Fraternité Saint-Pierre ou les nombreux prêtres de l’Institut du Christ-Roi, vinrent guider les prières. Et les chants : avec un « Parle, commande, règne » qui fit vibrer toute l’église…

Lever de bonne heure pour la messe du samedi matin. Le service de presse mis en place par les évêques de France avait rassuré les journalistes : l’accès à l’Esplanade des Invalides serait libre pour tous, la circulation facilitée pour permettre à ceux qui circuleraient là par hasard d’assister à un bout de cérémonie… En fait, dès 8 heures, tous les accès de la place étaient déjà interdits. Une marée humaine en occupait les moindres recoins : aux 60 000 jeunes qui s’y étaient rassemblés dès la veille après avoir processionné depuis Notre-Dame, s’ajoutaient bien quelque 250 000 personnes de tous âges venues démentir l’idée selon laquelle Benoît XVI, mal connu et peu charismatique, n’allait pas remuer les foules.

Une foule : mais pas au sens psychologique du mot. Une telle qualité de recueillement dans un tel rassemblement, je n’en avais jamais vu. Un tel silence pendant la longue et magnifique homélie du Saint-Père, c’était aussi inattendu qu’impressionnant. Des hommes et des femmes à genoux sur le bitume de la place pendant la consécration : étais-je vraiment dans le carré des élus invités à la cérémonie, où mon badge de journaliste m’avait fait atterrir ? Des jeunes volontaires à genoux pour communier le long des barrières : l’exemple du Saint-Père distribuant le Saint Corps du Christ sur les lèvres aux fidèles agenouillés sur un prie-Dieu avait-il déjà et heureusement déteint ? Ils avaient entendu l’appel du Pape, pendant son homélie, à mieux vénérer le Saint-Sacrement : « Ne négligeons rien pour lui manifester notre respect et notre amour ! Donnons-lui les plus grandes marques d’honneur ! »

Est-ce la jeunesse qui change ? Comme ces jeunes prêtres d’une génération nouvelle, grâce à qui pas moins d’un cinquième des prêtres passés par la sacristie mise en place dans les Invalides portaient soutane.

Et comment dire toute la profondeur des paroles du Pape que la magie d’Internet met aujourd’hui à la portée de chacun. A l’heure d’écrire, en ce petit matin du lundi, ce sont déjà 30 grande pages de texte serré et dense qui s’entassent devant moi, sur tous les sujets brûlants de ce temps. Quel cadeau à la France, Très Saint-Père, quel trésor à relire déjà, pour fortifier la Foi, l’Espérance, et la Charité !

JEANNE SMITS

  Article extrait du n° 6674 de Présent du Mardi 16 septembre 2008

 

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Published by XA - dans Présent
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