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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 19:00

La révolution des clercs maintenue à distance

 

 

C’est sous le règne de Pie XII qu’a pris naissance la révolution religieuse des années soixante et suivantes, que la seconde moitié du XXe siècle a léguée au XXIe et qui n’est pas encore surmontée. Cette révolution, le P. Congar, futur cardinal, lui donna comme on sait l’appellation léniniste – et point fausse – de « révolution d’Octobre dans l’Eglise ». Mais Pie XII, jusqu‘à sa mort le 9 octobre 1958, lui avait barré la route.

La tentative impie de « modernisation » de la foi catholique avait commencé, en Hollande et en France, par une attaque en règle contre le petit catéchisme des trois connaissances nécessaires au salut.

En France, ce fut le « catéchisme progressif », dont la progressivité consistait à ralentir et retarder l’instruction religieuse des enfants. Il s’agissait ainsi de « faire progresser » un enseignement catéchétique supposé périmé, et pour cela de rejeter radicalement le catéchisme traditionnel. L‘épiscopat, en sous-main, favorisa une expérience aussi intéressante. Pie XII y mit le holà en 1957, l‘épiscopat se soumit en traînant les pieds. C’est alors que des familles avaient commencé à se grouper pour enseigner elles-mêmes le catéchisme à leurs enfants. Elles avaient raison, car dix ans plus tard l‘épiscopat, cette fois à visage découvert, imposait un « Fonds obligatoire » qui légalisait l’interdiction de tous les catéchismes antérieurs. Et depuis quarante ans l’Eglise de France vit toujours sous le régime diocésain d’absence obligatoire du petit catéchisme pour enfants baptisés.

Le coup d’arrêt porté par Pie XII à cette révolution confirma contre lui la suspicion de « l’aile marchante de l’Eglise ». D’ailleurs il s‘était prononcé contre les nouvelles théologies, Chenu, Congar, Lubac, Rahner etc. ; l’« aile marchante », comme on disait alors, lui fabriqua en conséquence une réputation de pape conservateur, rétrograde, immobiliste, qui est devenue un lieu commun bien installé dans la presse profane ou catholique.

Immobiliste ? Rétrograde ? Conservateur ? Quel paradoxe, quel mensonge, – quel monde clos du mensonge ! Pie XII est le pape qui a lancé le grand appel face au monde moderne : « C’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ! » Depuis les fondations : quelle radicalité ! Qu’il faut refaire : quelle activité ! Tout un monde : quelle universalité !

Qui dit mieux ?

L’enseignement quotidien de Pie XII, spécialement sa doctrine sociale, venait expliquer, confirmer, illustrer le bien-fondé de l’entreprise immense à laquelle il conviait l’humanité entière : C’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations, il ajoutait : De sauvage, le rendre humain. Il s’est alors passé que la révolution d’Octobre dans l’Eglise a récusé le pontife mais conservé son mot d’ordre, en l’inversant toutefois, et il est devenu : C’est toute l’Eglise qu’il faut refaire depuis les fondations, et de sévère la rendre humaine. Et d’immuable la rendre changeante. Et de surnaturelle la rendre raisonnable. Et de contemplative la rendre agitée ; mondaine, quoi !

L’« extraordinaire richesse » de l’enseignement de Pie XII, Benoît XVI vient de la signaler à l’attention publique, ce n’est assurément pas sans raison.

JEAN MADIRAN

 

Article extrait du n° 6688 de Présent du Samedi 4 octobre 2008

La première partie de cet article peut se retrouver en cliquant ici.

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Published by XA - dans Madiran
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