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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 13:29

Après la nomination de Mgr Marc Aillet comme évêque de Montauban sacré ce dimanche (Présent du 17 octobre), celle, toute récente, de l’abbé Jean-Pierre Batut (curé de la paroisse parisienne Sainte-Eugène-Sainte-Cécile, où les deux formes du rite romain cohabitent), comme évêque auxiliaire de Lyon est un bon signe pour la pacification liturgique. Tout comme la création par Mgr Cattenoz (évêque d’Avignon) de l’association sacerdotale Totus Tuus, qui rassemble des prêtres diocésains attachés sans exclusive à la forme extraordinaire du rite romain (cf. le site associationtotustuus.com).
C’est l’occasion aussi, après différentes interprétations du motu proprio du 07-07-07, de réfléchir aux diverses modalités de cette « indispensable pacification des esprits »
demandée par Benoît XVI aux évêques à Lourdes.


Le motu proprio ne contraint nullement les prêtres du rite romain de célébrer selon la forme extraordinaire ou selon la forme ordinaire : il a simplement libéré la messe dite de saint-Pie V de son injuste interdiction, en recommandant à l’Eglise son usage fécond par le plus de voies possibles. Il a offert aux fidèles une sorte de « droit opposable » à la messe traditionnelle, selon l’expression de l’abbé de Tanoüarn.

Par ce « bimorphisme » du rite romain, qu’on peut considérer comme un pis-aller nécessaire relativement à la crise, Benoît XVI a voulu surmonter de jure la querelle théologique autour de ce rite (mono ou bi-ritualisme) provoquée par la rupture liturgique du nouvel ordo de Paul VI. Les uns rejetant (ou « tolérant ») la messe traditionnelle au nom de l’unité du rite romain, les autres considérant que cette rupture nous plaçait de facto en face de deux rites irréductibles, plus ou moins ou pas du tout cohabitables.

Indépendamment des questions doctrinales qui demeurent encore, cette nouvelle donne suscite des propositions pratiques différentes, qui peuvent parfois être pommes de discorde. Ainsi la décision initiale (aujourd’hui revue et corrigée) des Guides et Scouts d’Europe (GSE) d’exclure la forme extraordinaire de leur pratique (cf. Présent du 17 octobre 2007, des 7 février et 20 mars 2008). Ou bien la suggestion de Christophe Geffroy de renoncer, à plus ou moins court terme, à un usage exclusif de la forme extraordinaire pour les communautés religieuses traditionnelles (cf. BenoîtXVI et «  la paix liturgique » aux éditions du Cerf, septembre 2008)  comme on demande aux GSE de le faire pour la forme ordinaire. La symétrie apparente n’est cependant pas totalement fondée.

Autant la décision initiale des GSE s’avérait contraire à la lettre et à l’esprit du nouveau motu proprio, autant le vœu de Christophe Geffroy apparaît comme une « opinion » respectable, en tant qu’option prudentielle d’intention missionnaire : qui peut le plus peut le moins !? A la condition précisément de ne pas en faire une obligation universelle, autoritaire et dogmatique, et de laisser la liberté à d’autres options (prudentielles) tout aussi défendables – sans aucune « ambiguïté détestable », comme il dit – du point de vue du bien commun de ces instituts sacerdotaux, qui n’est pas le même que le bien commun des Scouts d’Europe (mouvement de laïcs).

L’ouverture et la réciprocité (qu’on peut éventuellement souhaiter) n’est pas une obligation bilatérale, en des termes égalitaires. Etant donné, d’une part, le déni de justice et la persécution subis par les uns (et non par les autres) ; d’autre part, la différence objective des deux formes avec les « insuffisances de la réforme liturgique » (relevées par le cardinal Ratzinger) et la « primauté d’honneur » de l’ancienne en raison précisément de son usage vénérable et antique ; enfin, étant donné la nature et le statut des communautés envisagées dans leur finalité et leur histoire différentes… Ces objections peuvent s’adresser par exemple à ceux qui font un devoir impératif au pèlerinage de chrétienté (Paris-Chartres) de s’ouvrir à la forme ordinaire : ne pas l’exclure « par principe » ne signifie pas forcément l’adopter pratiquement (cf. l’article de Jean Madiran du 20 septembre dernier).

Autrement dit, il y a plusieurs demeures dans la tradition, qui demeure une réalité d’autant plus analogique qu’on est en crise. L’erreur serait de vouloir imposer une voie univoque, monolithique, sans la prudence que réclame le bien commun des parties et de tous dans l’Eglise.
C’est, semble-t-il, l’esprit de Benoît XVI, tant dans son motu proprio que dans sa volonté de réforme de la réforme. Un esprit qui réclame, certes, un grand respect mutuel et une grande patience pour renouer progressivement et authentiquement avec la tradition. Dans la vérité, la justice et la charité.

REMI FONTAINE

 

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