Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 09:14
C'est ce soir, lundi 15 décembre, qu'aura lieu le Rendez-vous avec Jean-François Mayer, auteur du livre "Internet et Religion", publié chez Infolio Editions et distribué en France par "Volumen".
Un certain nombre de questions ont déjà été posées à l'invité sur le Forum dédié à son intervention, forum auquel on peut accéder en cliquant ici.
Le débat se tiendra à partir de 18h30 et jusque vers 22h.



Voici ci-dessous la recension qu'a effectuée Yves Chiron dans l'Homme Nouveau, au sujet du livre de J.-F. Mayer.

Lectures étrangères
Internet et religion


Jean-François Mayer, historien suisse, spécialiste des religions et des nouveaux mouvements religieux, a consacré plusieurs ouvrages aux courants religieux contemporains (le mouvement swedenborgien, les Mormons, le Temple solaire). Cette fois, il consacre un livre très documenté et pertinent sur la place de la religion sur internet.
Son livre dresse un état des lieux et offre un panorama réfléchi de la situation. On peut parler de la « révolution internet » (plus d’un milliard d’utilisateurs aujourd’hui). On pourrait résumer la nouveauté et les performances d’internet en trois caractéristiques : l’instantanéité de la communication, la démultiplication de la relation et la disparition de l’espace.
La religion occupe, sur la « toile », une place qui n’est pas marginale : il existe plus d’un million de sites religieux actifs (par exemple, plus de 6.000 sites mormons et près de 10.000 sites païens). Comme le souligne Charles de Laubier : « Tout internaute peut devenir lui aussi producteur d’information, tout en étant consommateur d’information ». La médiation est réduite au minimum, avec les risques que cela comporte d’informations non vérifiées, voire de rumeurs ou de bobards répandus à la vitesse de l’éclair.

L'Eglise pionnière

Le Saint-siège a un site officiel, depuis 1997. Pour la première fois aussi, le 22 novembre 2001, Jean-Paul II a envoyé par e-mail, d’un simple clic, une exhortation apostolique, Ecclesia in Oceania, à 50 évêques et nonces des antipodes. L’Eglise catholique a été pionnière aussi dans la réflexion religieuse et éthique sur internet en publiant, en février 2002, deux documents du Conseil pontifical pour les communication sociales : L’Eglise sur Internet et Ethique en Internet.
Comme le souligne Jean-François Mayer, en faisant référence à ces deux documents, Internet est un instrument de communication ambivalent : « d’une part, contribution à l’éducation et à l’enrichissement culturel, au dialogue, etc. ; d’autre part, des moyens qui peuvent aussi être utilisés pour ”exploiter, manipuler, dominer et corrompre“. »

Évangélisation et prosélytisme

Toutes les religions, tous les courants religieux, et nombre de sectes, recourent à internet pour se faire connaître. Du simple site d’informations au culte religieux diffusé en direct, en passant par le dialogue interactif, toutes les gammes de la communication religieuse sont utilisées par les divers cultes et religions. Un site juif permet de faire déposer en direct un petit papier d’invocation dans le Mur des Lamentations. Des sites musulmans répondent aux interrogations des fidèles en donnant des fatwas (des commandements selon le droit musulman), d’autres permettent de se convertir en ligne en récitant la shahada (la profession de foi musulmane) et en rendant publique sa conversion par la publication de son nom. Des sites hindous permettent de faire ses dévotions sur écran, etc.
Quand des sites catholiques proposent des heures d’adoration eucharistique peut-on dire que l’ordinateur devient « un relais de la présence réelle du Christ sur l’autel », qu’on entre dans « une nouvelle ère de l’Adoration eucharistique » comme dit le site américain Visitez le Sauveur ? La visualisation par la magie de l’électronique ne remplacera pas la présence physique. Et l’environnement profane que nécessite l’utilisation de l’ordinateur ne saurait équivaloir, pour la sanctification, la fréquentation d’un lieu consacré. Le problème s’est déjà posé, il y a plusieurs décennies, lorsque sont apparues les premières messes radiodiffusées puis télévisées.
J.-F. Mayer rappelle néanmoins que « selon l’enseignement catholique, un fidèle peut recevoir l’indulgence plénière lors de la bénédiction urbi et orbi donnée par le pape le dimanche de Pâques même s’il n’est pas présent sur la place Saint-Pierre, en suivant ce rite avec recueillement à la télévision ou à la radio. »
Le formidable essor d’Internet ces quinze dernières années n’a pas bouleversé les religions. Jean-François Mayer estime que leur caractère universel en a été renforcé. Il relève aussi que les forums de discussion religieuse favorisent la connaissance et permettent des approfondissements (même si des « liseurs » peuvent verser aussi dans la réaction passionnée et irréfléchie).
Mais les risques ne sont pas moindres. La multiplicité des opinions émises sur un même sujet ou un point de doctrine peut troubler des esprits peu assurés dans la foi ou en recherche. L’accès immédiat au contenu de toutes les religions et mouvements religieux peut aussi favoriser une « religiosité vagabonde », un patchwork spirituel.
Internet ne sauvera pas les religions. C’est un nouveau moyen de communication à utiliser avec précaution.
Yves Chiron

Jean-François Mayer, Internet et religion, Infolio éditions (CH – 1124 Gollion), 188 pages, 17 euros.

Article paru dans le numéro 1432 de l'Homme Nouveau, p.22, reproduit avec l'aimable autorisation de l'Homme Nouveau

Partager cet article

Repost 0

commentaires