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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 13:13
Revenu aux commandes d’Apple en 1997, Steve Jobs n’en finit plus d’imposer sa marque au monde du multimédia. Pour les fanatiques de la Pomme, il est le deus ex machina capable de résoudre tous les problèmes et de nous faire entrer dans le futur. Portrait d’un visionnaire narcissique devenu une icône pour toute une génération.

Allez-vous continuer à vendre de l’eau sucrée toute votre vie ou voulez-vous changer le monde avec moi ? » Lorsqu’il proposa, en 1983, à John Sculley – alors président de Pepsi Cola – de venir le rejoindre chez Apple, Steve Jobs avait vingt-huit ans. A l’époque, Apple – la Pomme – était déjà réputée pour la qualité de ses ordinateurs.http://www.lespectacledumonde.fr/images/stories/dossier/565dossier40%202.jpg

Aujourd’hui, revenue sous la houlette de son créateur après une parenthèse de douze ans, l’entreprise vaut 140 milliards de dollars en Bourse et réalise un chiffre d’affaires de près de 50 milliards de dollars ! Steve Jobs – sans John Sculley, parti vers d’autres horizons – a réorienté avec succès ses activités vers la fabrication de produits électroniques hybrides – tout à la fois ordinateur, console de jeux, téléphone ou lecteur numérique – qui transforment nos modes vie et anticipent l’avenir. Steve Jobs n’a pas inventé l’ordinateur portable ni le baladeur musical ni le téléphone intelligent (smartphone). Tous ces produits existaient déjà sur le marché avant les siens. Mais il a su les rendre « irrésistibles » en améliorant leur design et leur fonctionnalité. Ce n’est déjà pas si mal. Voilà pour le versant clair du personnage.

Visionnaire de génie pour les uns, l’homme a aussi ses détracteurs. « Si l’Eglise de scientologie était une entreprise et se lançait dans l’électronique grand public, elle deviendrait Apple », note Dan Lyons, journaliste à Newsweek et créateur d’un blog intitulé « The Secret Diary of Steve Jobs (Le journal secret de Steve Jobs) ». Plusieurs de ses anciens collaborateurs le décrivent comme un personnage tyrannique et narcissique. Son perfectionnisme frôlerait la maniaquerie. Son goût du secret friserait la paranoïa ! Voilà pour le versant noir.

Né à San Francisco en 1955 d’une mère américaine et d’un père syrien, Steve Paul Jobs est un enfant de la Silicon Valley, le cœur de la révolution informatique californienne. Abandonné à sa naissance par ses parents naturels, il est adopté par un couple d’Américains bien tranquille, les Jobs. Il passe son enfance et son adolescence à Mountain View, puis à Cupertino, dans le comté de Santa Clara, au sud de la baie de San Francisco. Après avoir terminé ses études au Homestead High School de Cupertino, Steve Jobs s’inscrit au Reed College de Portland, dans l’Oregon. Au bout d’un semestre, il décroche et commence à suivre, en auditeur libre, des cours de calligraphie.

Sa rencontre avec Steve Wozniak, en 1974, marque une date dans l’histoire de sa vie. Américain d’origine polonaise, Steve Wozniak est le « petit génie » de la bande. Son père ingénieur chez Lockheed lui a donné le goût des mathématiques. Il est passé par la célèbre université de Berkeley avant, lui aussi, de renoncer à ses études. En avril 1976, âgés respectivement de vingt et un et de vingt-six ans, les « deux Steve » fondent Apple. Selon une histoire chère à la mythologie de la Silicon Valley, les deux jeunes entrepreneurs auraient mis au point leur premier ordinateur dans le garage de la maison des Jobs. Le nom d’Apple aurait été choisi par Steve Jobs en souvenir d’un voyage au Népal, où il avait passé son temps à manger des pommes en même temps qu’il s’initiait aux principes du bouddhisme. Le premier logo de la firme représentait Isaac Newton assis au pied d’un arbre avec la fameuse pomme au-dessus de la tête. Il sera assez vite remplacé par l’image unique d’une pomme croquée.

« N’inventez jamais quelque chose que les gens ne veulent pas », recommandait Thomas Edison. Le talent de Jobs et de Wozniak fut de concevoir des ordinateurs conviviaux que tout le monde pouvait utiliser. Introduite en Bourse en 1980, l’entreprise devient une des valeurs vedettes de Wall Street, faisant de Jobs et de Wozniak des millionnaires avant l’âge. Quatre ans plus tard, Apple lance un appareil qui va devenir une référence sur le marché de l’ordinateur personnel : le Macintosh. C’est le premier ordinateur doté d’une interface graphique – fenêtres, icônes, menus, souris –, des innovations technologiques repérées dans les laboratoires de l’entreprise Xerox qui ne les avaient jamais exploitées. Pour le lancement commercial de cet ordinateur, Steve Jobs révèle un vrai talent de communicateur : le 22 janvier 1984, il fait diffuser une publicité intitulée « 1984 dévoile le Macintosh », lors de la mitemps de la finale du Super Bowl américain, le plus grand événement sportif aux Etats-Unis et le plus regardé à la télévision. Le clin d’oeil au titre du livre d’anticipation de George Orwell est manifeste.

Pourtant, malgré toutes ses qualités, le Macintosh ne va pas réussir à s’imposer face à la concurrence des ordinateurs PC (personal computer). Accroché à son propre système d’exploitation, le Macintosh n’est pas compatible avec les autres ordinateurs qui, peu à peu, optent tous pour les logiciels DOS, puis Windows, développés par Microsoft, l’entreprise de Bill Gates. Marginalisée, la firme voit ses parts de marché s’amenuiser. En 1985, sous la pression des actionnaires, John Sculley, devenu président d’Apple, pousse Steve Jobs vers la sortie. Le voilà « viré » de l’entreprise qu’il a fondée par l’homme qu’il a embauché. On a connu meilleur destin. Il lui faudra deux ans pour rebondir.

En 1987, Steve Jobs achète d’abord NeXT Computer, une société spécialisée dans la fabrication d’ordinateurs haut de gamme. Parallèlement, il convainc son ami George Lucas, réalisateur de la Guerre des étoiles, de lui céder pour dix millions de dollars une petite société de production de dessins animés par ordinateurs. Baptisée Pixar, le nouveau studio se lance, à partir de 1991, dans la production de moyens et de longs métrages. En 1995, il sort Toy Story, le premier film entièrement réalisé en images de synthèse. C’est un énorme succès. Il sera suivi par bien d’autres, comme le Monde de Nemo, Ratatouille, Wall.E… Sentant le danger, Disney finira par acheter Pixar pour la somme de 7,4 milliards de dollars (par échange d’actions), faisant de Steve Jobs l’un des plus gros actionnaires individuels de Disney.

Entre-temps, la situation s’est dégradée chez Apple. En 1996, la firme a enregistré ses premières pertes. Affolés, les actionnaires d’Apple se retournent vers Steve Jobs. On est en 1997. Le monde de l’informatique et de l’électronique grand public est en pleine révolution numérique dont Internet est à la fois le produit et le symbole. Dès son retour, Steve Jobs impose un nouveau défi à ses équipes d’ingénieurs : « Think different (pensez différemment) », dont il va faire désormais son mot d’ordre. Avec sa forme monobloc et ses couleurs pimpantes, l’ordinateur iMac, sorti en 1998, est le premier produit de cette nouvelle ère Jobs. Apple en vendra 6 millions d’exemplaires.http://www.lespectacledumonde.fr/images/stories/dossier/565dossier40%201.jpg

Une deuxième étape est franchie en octobre 2001 avec la mise sur le marché d’un baladeur musical (lecteur MP3) équipé d’un disque dur. Cette fois, Apple va vendre 250 millions d’exemplaires de cet appareil qui, baptisé iPod, contribuera à populariser l’achat de musique sur Internet, via une plate-forme de distribution iTunes. A Wall Street, l’action Apple s’envole. Rien ne semble devoir arrêter la course de Steve Jobs. Pas même la maladie. En 2004, il doit ainsi subir l’ablation d’une tumeur cancéreuse au pancréas. Les rumeurs les plus folles courent sur son état de santé. Trois ans plus tard, Steve Jobs est toujours là. En 2007, Apple frappe un grand coup en présentant son téléphone intelligent, l’iPhone. Surnommé « Jesus phone » par les journalistes spécialisés, l’iPhone est un petit « bijou » de technologie. Il est le premier téléphone mobile entièrement tactile du marché. Véritable ordinateur de poche, il permet non seulement de téléphoner et d’envoyer des courriels, mais aussi de surfer sur Internet et d’accéder à de multiples services : météo, GPS, jeux, actualités radiophonique et télévisée… Aujourd’hui, le seul iPhone représente près du quart des revenus du groupe Apple.

Jusqu’où ira Steve Jobs? Le 27 janvier dernier, au Yerba Buena Center for the Arts, à San Francisco, vêtu de son éternel polo noir et d’un jean tombant sur des baskets, Steve Jobs a présenté à la foule le dernier-né d’Apple, l’iPad. C’est une sorte d’ardoise magique, grande comme une feuille de papier de format A4 et dotée d’un écran couleur tactile. Cette tablette numérique permet de se connecter à Internet et d’accéder à l’Apple Store, le magasin d’application de l’iPhone. Il permet aussi de lire un livre, un journal ou de regarder une vidéo debout dans le métro ou assis sur un canapé. L’iPad sera commercialisé au printemps. Selon le modèle proposé, le prix de l’appareil se situera entre 500 et 800 dollars. Apple a pris contact avec les grandes maisons d’édition (livres, manuels scolaires, journaux) pour établir les bases de leur future collaboration. Les éditeurs fourniront le contenu. Apple apportera son iPad pour la lecture numérique. Pour chaque achat d’une application payante sur ce « kiosque numérique », l’utilisateur sera débité via sa carte de crédit. La recette sera ensuite répartie entre Apple et les éditeurs… « Le moyen le plus sûr de prévoir l’avenir, c’est de l’inventer », disaient, il y a trente ans, les ingénieurs de la Silicon Valley. Pour Steve Jobs, le futur a déjà commencé.

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Published by XA - dans Société
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