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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 16:30

D ALAIN-GÉRARD SLAMA
09/04/2010  IN 
LE FIGARO MAGAZINE

On comprend l'émotion qui a suivi la révélation du nombre impressionnant d'actes de pédophilie commis par des prêtres et couverts par la hiérarchie religieuse. On comprend moins la rapidité avec laquelle les attaques se sont concentrées contre la personne du pape, jusqu'à demander sa démission. L'émotion, en effet, ne dispense pas de s'informer et de réfléchir. Les scandales incriminés sont souvent vieux de trente ans. Contrairement à la vulgate installée par le rapport Ryan de 2009, l'exagération de leur nombre ressort d'une étude criminologique du John Jay College of Criminal Justice de la City University de New York, établie en 2004. Entre 1950 et 2002, le nombre de prêtres américains concernés était de 4 392 - sur environ 109 000. Le chiffre est certes considérable, mais il recense les plaintes. Seulement un peu plus d'une centaine de cas sont remontés à des tribunaux civils. Les organisations protestantes des Etats-Unis sont, semble-t-il, dans une situation pire, pour ne rien dire des 6 000 procès pour pédophilie intentés durant la même période à des professeurs de gymnastique et à des entraîneurs d'équipes sportives. Le vrai scandale ne met pas en cause, on le voit, la règle du célibat. Il n'engage pas non plus la responsabilité de Benoît XVI. Le vrai scandale, c'est que ces affaires aient été étouffées. Or, il y a quinze ans, bien avant d'accéder au Vatican, le cardinal Ratzinger, alors patron de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait tenté, sans succès, de faire mettre en place une commission d'enquête sur les actes pédophiles du cardinal Groër, nommé à la tête du diocèse de Vienne par Jean-Paul II. C'est Ratzinger qui parvint, en 2004, à obtenir les aveux du fondateur de la puissante organisation des Légionnaires du Christ, Martial Maciel, épargné par son prudent prédécesseur. Il est vrai qu'un prêtre d'Essen, le père Hullermann, accusé de viol sur mineur, fut affecté en 1980 dans une paroisse du diocèse de Munich dont le pape actuel était archevêque. Mais un tribunal allemand a établi en 1986 que ce dernier n'avait même pas été informé de cette mutation. Ressortir cette affaire vingt-cinq ans plus tard relève de l'acharnement. Pourquoi tant de haine ? La réponse est sans mystère : le catholicisme est de plus en plus vécu comme une religion personnelle. L'Eglise n'est plus seule porteuse du message de la foi. Du coup, l'image du pape est devenue médiatique, elle s'est alignée sur celle de tous les dirigeants. Plus profondément, l'Eglise catholique a cessé depuis longtemps de faire peur. On ménage l'islam en raison de ses fanatiques, qui utilisent l'arme de la terreur, autrement dit de l'enfer sur terre. L'enfer dans le ciel ne hante plus les consciences. Comme l'a noté Alain Besançon, l'Eglise ne se réfère plus guère au diable. Elle n'est plus guère prescriptrice du bien et du mal, et elle a de moins en moins, en Occident, le pouvoir de laver les péchés. Le mot péché lui-même n'a plus cours. Or, le péché impliquait une valeur en voie de disparaître, qui se nomme le pardon.

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Published by XA - dans Benoit XVI
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