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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 14:21

Le Salon Beige citait dernièrement un extrait de l'homélie de Mgr Léonard à l'occasion de Pâques.

Voici, via le site catho.be, le texte intégral de l'homélie.

Homélie jour de Pâques 2010

Mgr André-Joseph Léonard Cathédrale de Bruxelles – dimanche 4 avril 10

 

Rien dans les évangiles n’est jamais noté au hasard. L’évangéliste mentionne que le disciple bien-aimé arrive au tombeau plus vite que Pierre. Ce n’est pas la performance athlétique des apôtres de Jésus qui l’intéresse, mais plutôt la portée symbolique de cette course. Pierre représente ici la hiérarchie de l’Eglise en ce qu’elle peut avoir de lourd et de lent. Tandis que le disciple bien-aimé incarne la perspicacité et l’élan de l’amour. Même si les deux peuvent parfois être réunis dans une même personne !

Jean arrive donc le premier au tombeau. Mais c’est Pierre, le premier Pape, qui doit faire le constat officiel. Et Pierre voit, mais sans comprendre. Il constate que le linceul qui enveloppait le corps est resté là ; littéralement, en grec, est étendu (keïmena), simplement affaissé, dans un ordre intact. Il voit aussi le linge qui avait été noué autour de la tête pour maintenir la mâchoire fermée. Il n’est pas étendu à plat comme le linceul, mais enroulé à sa place, là où se trouvait la tête du défunt. « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. » Jean comprend dans la foi ce que le regard de Pierre n’avait pas encore saisi à ce moment, à savoir qu’une force qui n’est pas de ce monde a vidé le linceul de son contenu et a inauguré un monde nouveau en faisant passer Jésus de la croix à la gloire. Pour l’instant, il ne s’agit encore que du constat d’un tombeau vide. Bientôt, il y aura les premières apparitions du Ressuscité, puis l’événement fulgurant de la Pentecôte, le départ des disciples en mission, le déploiement de l’Eglise dans le monde juif, puis dans le monde grec et latin, la naissance progressive des écrits du Nouveau Testament, jusqu’à cette messe de Pâques en la Cathédrale de Bruxelles. Car, je vous le garantis, sans la scène décrite dans l’évangile de ce jour, nous ne serions pas ici, mais cueillerions du gui dans nos forêts celtiques sous la conduite du druide Panoramix...

C’est le monde entier, c’est toute l’histoire du monde qui a basculé de la mort à la vie, du désespoir à l’espérance, avec la Résurrection de Jésus. Je sais bien qu’il n’est pas facile de croire à la résurrection de Jésus et à la nôtre, mais, sans Pâques, la naissance de l’Eglise et la rédaction du Nouveau Testament seraient totalement incompréhensibles. Même s’il est exigeant, le choix de la foi est le plus intelligent qui soit. Il vit et il crut.

Oui, celui que les hommes ont condamné parce qu’il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l’égal de Dieu, Dieu l’a réhabilité en le ressuscitant. Nous lui avons donné tort, mais Dieu lui a donné raison. Nous l’avons déshonoré, mais Dieu l’a glorifié. Nous l’avons jugé et condamné, mais Dieu l’a établi comme Juge des vivants et des morts, ainsi que Pierre, devenu lucide à son tour, le proclame dans la première lecture. Et il conclut sur une note d’espérance : « Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

Tout cela reste d’actualité. Chaque année, au moins 50 millions d’êtres humains en croissance sont avortés dans le sein maternel, comme s’ils ne valaient pas la peine d’exister. Nous, oui ; eux non. Mais toujours il se trouvera des chrétiens et d’autres hommes et femmes de bonne volonté pour tenir qu’il est possible d’honorer, de soutenir les femmes enceintes en difficulté et, en même temps, d’honorer ce petit embryon, ce fœtus qu’elles portent et qui est bien distinct d’elles. Tous, nous avons été cela dans le ventre maternel. Et nous ne sommes ici que parce que nous avons été respectés quand nous en étions à ce stade vulnérable de notre vie. Ici aussi, il nous faut rendre honneur et dignité à ce que notre société considère trop facilement comme de simples déchets biologiques.

Pendant des décennies, l’Eglise, comme d’autres institutions, a mal géré le problème de la pédophilie en son sein alors qu’elle avait toutes les raisons évangéliques de veiller au respect de la dignité de ces enfants. Par un silence coupable, on a souvent préféré la réputation de certains hommes d’Eglise à l’honneur de ces enfants abusés. Ici aussi, il nous faut, par la force de la vérité, restituer dans leur dignité ceux qui furent abominablement exploités. La récente lettre de Benoît XVI aux catholiques d’Irlande est exemplaire à cet égard.

Le Christ est ressuscité ! Il a inauguré un monde nouveau. Cela signifie, comme Paul nous l’a rappelé, que nous sommes destinés, nous aussi, à la gloire, à la vie qui ne finit pas. Mais cela implique également, et tout de suite, que notre vie présente et notre regard sur la vie doivent changer : « Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre ». Nous avons été créés pour la vie éternelle et non pour la mort. Mais, de quelque question morale ou sociale qu’il s’agisse, nous sommes aussi appelés à la vérité qui libère et non plus au mensonge qui défigure la réalité. Oui, le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, alléluia !

+ André-Joseph Léonard Archevêque de Malines-Bruxelles

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