Madiran

Lundi 10 août 2009

Après la clôture du Concile, il a fallu attendre plus de quarante ans pour qu’il soit officiellement admis en principe qu’il existe un problème, que ce problème est doctrinal, et qu’il faut qu’on en parle. Le débat a même été, d’avance, institutionnalisé : il aura lieu entre les évêques de la FSSPX et le Saint-Siège.

Le problème est dans l’existence persistante d’objections à ce qui est issu du Concile. Les avis sont partagés dans chaque cas sur le point de savoir si les anomalies issues de Vatican II proviennent d’une mauvaise interprétation (et application) des textes conciliaires, ou bien de certains de ces textes eux-mêmes. Ce débat-là n’est pas sans intérêt, mais il est secondaire, croyons-nous, à côté des réalités issues, à tort ou à raison, mais bien issues en fait du Concile. Elles marquent profondément la vie de l’Eglise, et sa crise, depuis presque un demi-siècle.

Exemple. La nouvelle messe est issue du Concile. A tort ou à raison : mais quoi qu’il en soit, l’essentiel est d’examiner les objections doctrinales qu’elle soulève en elle-même.

On trouvera la clef de la situation actuelle dans le livre de Louis Salleron : La nouvelle messe (NEL 1970, seconde édition augmentée : 1976). Ce n’est pas un livre de la FSSPX. Mais c’est le livre que, lors de son interrogatoire à Rome, le 11 janvier 1979, Mgr Lefebvre déposa entre les mains des cardinaux inquisiteurs, comme réponse décisive à la question qui lui demandait ses raisons de refuser la messe de Paul VI. Dans ce livre comme dans La querelle de la nouvelle messe (DMM 1973), Louis Salleron affirma clairement : « Il est impossible d’isoler le problème de la messe de tous les autres problèmes. » C’est pourquoi l’on y trouve l’essentiel des objections doctrinales que l’on peut faire au Concile et à ce qui en est issu.

Pendant une quarantaine d’années les évêques français, d’un air finaud, ont assuré qu’ils voyaient bien que derrière l’affaire de la messe les traditionalistes cachaient une opposition doctrinale à Vatican II. Le livre de Salleron prouve que, dès le début, c’est le Concile qui était mis en cause, très ouvertement, très visiblement. D’ailleurs, trois ans avant la nouvelle messe, en 1966 déjà, les évêques français avaient condamné la revue Itinéraires pour son opposition à « l’esprit du renouveau entrepris », autrement dit : « l’esprit du Concile ».

Contrairement à ce que l’on a pu trop hâtivement supposer, le problème de la messe, où se rejoignent pour l’essentiel les autres problèmes conciliaires, n’est toujours pas réglé. La nouvelle messe, évolutive et incertaine, est toujours installée en priorité, voire en exclusivité, dans la plupart des diocèses, toujours présentée comme la plus belle réussite de l’esprit du Concile. L’immense et courageux bienfait de Benoît XVI a été de rejeter l’interdiction de la messe traditionnelle, – interdiction qui avait été arbitrairement confirmée par Paul VI au nom explicitement invoqué de l’« autorité suprême qui [lui] vient du Christ Jésus » (24 mai 1976). Il y a là matière à de pertinentes études théologiques qui, semble-t-il, n’ont pas encore vu le jour ; mais qui sont inévitables.

La question qui se pose maintenant n’est pas de formuler les objections doctrinales rencontrées par le Concile et son application. La question est de sortir du refus de débattre qui a été opposé depuis le début aux objections formulées. Celles bien sûr de Mgr Lefebvre et de la FSSPX. Chronologiquement, celles tout d’abord de l’abbé Georges de Nantes. Puis celles qui ont leur énoncé global dans La nouvelle messe de Louis Salleron, qui met en cause « l’idée qui préside à tous les changements actuels » : l’idée de l’évolution. C’est-à-dire d’un évolutionnisme révolutionnaire, plus ou moins consciemment marqué par un souffle de dialectique marxiste. Le catholicisme chassé du temporel à l’issue de la Seconde Guerre mondiale (plus aucun grand Etat qui soit catholique), le clergé et sa hiérarchie se trouvent alors exposés à toutes les contagions.

JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 6898 de Présent, du Vendredi 7 août 2009

Par XA
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Vendredi 24 juillet 2009
Le bien commun mondial


Dans la mise en place urgente d’une « véritable autorité politique mondiale » réclamée par Caritas in veritate (§ 67), il s’agit bien d’une autorité et non pas d’un gouvernement. D’un coup d‘œil très sûr, Yves Daoudal a tout de suite mis en garde contre une confusion entre ces deux notions : « Nous connaissons pourtant la différence, avec toutes les “hautes autorités” inventées ces dernières années par notre gouvernement. » Jean-Paul II avait prévenu : « Il est important d‘éviter tout malentendu : il n’est pas question de constituer un super-Etat mondial. »

Alors, dira-t-on, il est question de quoi ?

Pour comprendre ce qui est en question, il faut d’abord se rappeler qu’il existe en doctrine trois sociétés « naturelles et nécessaires » : la famille, l’Etat, la société des Etats.

La suite de cet article de Jean Madiran est en accès libre ici directement sur le site de PRESENT.
Par XA
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Samedi 11 octobre 2008

Fondateur d’une revue, Itinéraires (1956-1996) et d’un quotidien, Présent (1982), Jean Madiran, tout au long de sa carrière d’écrivain, a consacré beaucoup de son temps, de ses forces et de son talent au journalisme. Fort de cette longue expérience sur le terrain, il se livre dans son dernier ouvrage (1) à une réflexion approfondie sur le déclin de la presse écrite qui, particulièrement en France, va de mal en pis… Notamment la presse quotidienne, quasiment exsangue.

Jean Madiran a depuis longtemps identifié le germe de cette tumeur maligne qui ronge la presse écrite et a décimé tant de journaux. Une sorte de cancer intérieur qui a développé ses métastases mortifères durant plus d’un siècle. Depuis en fait 1836, année où Emile de Girardin (2), considéré comme « le précurseur de la presse moderne », imagina d’avoir recours à la publicité pour pouvoir vendre son journal à très bas prix. « C’est-à-dire, pour augmenter la diffusion, abaisser le prix de vente du journal et faire payer le manque à gagner par d’autres personnes que les lecteurs : par les annonceurs publicitaires. Cette innovation a mis plus d’un siècle à développer jusqu’au bout son effet pervers. Peu à peu la part de la publicité a augmenté, l’influence des publicitaires sur les journaux pareillement. Leur argent est devenu le maître. » Au terme de cette logique on aboutit d’ailleurs à la presse totalement gratuite.

C’est l’évolution de ce phénomène destructeur que radioscopie Jean Madiran. Il nous indique aussi quelques remèdes douloureux susceptibles d’enrayer ce cancer généralisé. Mais il est bien tard. Les quotidiens « généralistes » survivants sont non seulement aujourd’hui sous perfusions publicitaires mais aussi sous injections toujours plus fortes de crédits bancaires, cautionnés par de grands groupes financiers, à la recherche non plus de bénéfices qu’ils savent bien ne plus pouvoir réaliser, mais d’influence.

Je me souviens avoir lu récemment qu’un grand groupe industriel avait versé à la presse écrite, pour une campagne publicitaire, un budget dépassant les dix millions d’euros. L’importance de telles sommes explique la dépendance économique des médias à l’égard des annonceurs. A noter également que dans la profession des attachés de presse, l’expression utilisée pour désigner un média n’est plus comme avant « organe de presse » mais « support ». Ce qui sous-entend « support publicitaire ». Une évolution du vocabulaire très significative. De même que dans la grosse presse, notamment les magazines, il est courant que des réunions de rédaction se passent à supputer les réactions éventuelles des annonceurs au contenu de tel ou tel article. Tout cela caractérise très bien la mainmise de la publicité et des « investisseurs financiers » sur les médias.

Le rétablissement du délit d’opinion

Mais, dans son enquête, l’auteur examine également une autre cause de l’asservissement dont la presse est victime : les lois qui, en France, musèlent de plus en plus férocement la liberté d’expression. La loi de 1881, sur la liberté de la presse, nous explique Jean Madiran, « a été, sans changer de nom, transformée sous la Ve République en loi contre la liberté de la presse par les amendements successifs que lui apportèrent la loi Pleven de 1972, la loi Gayssot de 1990 et la suite jusqu’à 2004 et la création de la Halde. (…) La loi Pleven du 1er juillet 1972, la loi Gayssot du 13 juillet 1990 et deux lois laïques de 2004 ont établi, perfectionné, renforcé un triple interdit ». Une extension continue et subreptice de la censure, qui fait qu’aujourd’hui, en France :

« 1.– Il n’est plus permis de parler de l’immigration-invasion qu’à la condition d’écarter toute distinction de nationalité, déclarée discriminatoire : distinguer entre Français et étrangers n’est plus une opinion, c’est un délit, c’est le délit de xénophobie.

« 2 – Il n’est plus permis de réclamer la mise en œuvre de la préférence nationale appliquée pourtant d’un bout à l’autre du monde par la plupart des Etats : ce n’est plus une opinion, c’est un délit, le délit de racisme.

«  3. – Il n’est plus permis de défendre l’institution du mariage comme étant exclusivement entre un homme et une femme : ce n’est plus une opinion, c’est un délit, le délit d’homophonie.  »

A noter que sur ce sujet certaines prises de position de la candidate républicaine à la vice-présidence des Etats-Unis Sarah Palin tomberait tout simplement en France sous le coup de la loi.

Cet arsenal liberticide comporte les armes absolues que sont l’accusation « d’apologie de crime contre l’humanité » et de « contestation de crime contre l’humanité ». Deux pistolets désintégrateurs dont le rayon d’action est de plus en plus étendu.

La droite était contre. Mais elle ne s’en souvient plus…

Lorsque la loi du communiste Gayssot « fut votée en juillet 1990 par la majorité alors socialo-communiste de l’Assemblée nationale, la droite minoritaire protesta violemment (…). Les députés de la droite parlementaire jurèrent solennellement d’abolir, dès qu’ils reviendraient au pouvoir, cette loi qu’ils déclaraient immonde. Revenus au pouvoir, ils n’en ont plus parlé ». Certains lobbies régnant en France dans les coulisses du pouvoir – dont un en particulier, que les muselières évoquées ci-dessus m’interdisent de nommer – s’y seraient de toute façon opposés. D’ailleurs, de façon générale, la droite courbe ne revient jamais sur les lois instaurées par la gauche. Sinon, parfois, pour les aggraver.

Sous la menace d’une censure politique permanente jamais nommée comme telle, ce qui a pour conséquences de maintenir les éventuels « délinquants » dans le doute et l’incertitude juridique, beaucoup de journalistes préfèrent aujourd’hui éviter les sujets trop brûlants. Des domaines sur lesquels ils peuvent d’autant plus se faire piéger qu’ils ignorent le plus souvent l’emplacement et la nature des pièges. Plus les journalistes demeurent ainsi dans le flou, à la merci de l’arbitraire, plus évidemment ils deviennent prudents. Un procès, en cas de condamnation, peut coûter très cher. Surtout pour la presse artisanale. Quel rédacteur voudrait prendre le risque de couler son entreprise ? Dans de telles conditions, l’argent s’avère encore la meilleure des censures : celle qui engendre l’autocensure…

Comme le dit si bien Robert Ménard

En 2003, le fondateur de Reporters sans frontières, Robert Ménard (3), cosignait avec Emmanuelle Duverger un livre courageux, La Censure des bien-pensants (aux éditions Albin Michel), dans lequel il écrivait, à propos du racisme : « Qu’on soit intransigeant avec les actes racistes, personne ne le conteste. Qu’on criminalise l’expression de propos racistes, xénophobes ou antisémites est une autre affaire. »

Voilà bien le cœur du problème. C’est une chose, et parfois une nécessité, de condamner certaines idées, de les contredire et de les combattre, mais loyalement, par la parole ou l’écrit, arguments à l’appui. Ce qui était le cas dans la tradition de la presse française d’avant-guerre. C’en est une autre de les criminaliser. Or, c’est bien ce processus scélérat qui s’est déroulé en France sous la Ve République. Surtout depuis la funeste loi Pleven de 1972, pierre angulaire de ce processus infâme. Avec la brutale accélération de la loi stalinienne de 1990, ce n’est plus seulement le soi-disant racisme que l’on a outrageusement criminalisé, mais toutes une série d’idées portant sur le négationnisme, l’immigration, le colonialisme, l’homophobie, la revendication d’une identité ethnique ou nationale, voire religieuse. Sans parler bien sûr des idées qui ne tombent pas encore directement sous le coup de la loi, mais, la diabolisation aidant, excluent en France leurs auteurs des débats publics. Se déclarer, par exemple, nationaliste ou partisan de la peine de mort. Ou reconnaître quelques mérites à la colonisation. Les autres participants, s’ils ne s’étouffent pas d’indignation, s’ils ne couvrent pas l’hérétique d’injures, se lèvent et s’en vont. On ne discute pas avec ceux qui ont de telles options… Si la justice ne les pas encore « criminalisées », l’opinion médiatique, elle, l’a déjà fait.

Dans son Enquête sur… la maladie de presse, Jean Madiran précise : « L’extensibilité indéfinie de l’inculpation pour apologie du crime permet aux sentences de la “Chambre (de répression) de la presse” d’aller sans rougir jusqu’à déclarer coupable d’apologie toute tentative “d’instiller un doute” ou de s’exprimer “sous forme dubitative” : c’est vraiment prétendre scruter et juger des intentions supposées perverses. » Vos arrière-pensées, vraies ou supposées, peuvent ainsi vous valoir d’être mis en examen. Bien entendu, en contrechamp, le délit « d’apologie du communisme et de ses crimes n’est jamais poursuivi. On en est là ».

Pour comprendre les mécanismes cachés qui, justement, nous ont amenés « là », c’est-à-dire à cette situation où la pensée est finalement en France beaucoup plus captive que ne l’imagine une grande partie de l’opinion, le mieux est encore de lire le livre de Jean Madiran.

(1) Enquête sur… la maladie de la presse écrite, Editions Via Romana, 12 euros.

(2) Emile de Girardin (1806-1881). Publiciste et homme politique français, il créa les premiers journaux « généralistes » politiquement orientés accessibles au grand public, en abaissant leur prix grâce à la publicité. Ainsi qu’aux annonces. A la recherche de tout ce qui pouvait attirer et retenir le lecteur populaire, Emile de Girardin introduisit également dans la presse une innovation beaucoup plus positive, du moins sur le plan littéraire : le roman-feuilleton.

(3) Je n’étais franchement pas d’accord sur la façon, à mon avis puérilement et hystériquement manichéenne avec laquelle Reporters sans frontières, sous l’impulsion de son chef charismatique, a milité, au nom des droits de l’homme, contre les Jeux olympiques de Pékin, poussant l’activisme anarchique jusqu’à transformer le passage de la flamme à Paris en une détestable chienlit. Le plus coupable étant bien en l’occurrence l’Etat français, incapable, par confusion idéologique, de maintenir l’ordre dans les rues de la capitale. Une attitude dont a bien évidemment profité le gouvernement chinois au détriment de la diplomatie française. Piquée dans son amour-propre (une notion, il est vrai, que les pays occidentaux ne connaissent plus guère), l’immense majorité du peuple chinois, y compris la plupart de ceux qui souhaiteraient sortir du système capitalo-communiste, s’est alors rangée derrière ses dirigeants. Belle réussite et beau gâchis… Cela étant rappelé, je ne suis que plus à l’aise aujourd’hui pour saluer également en Robert Ménard l’un des deux auteurs de cette roborative et décapante Censure des bien-pensants.

JEAN COCHET

 

Par XA
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Mercredi 8 octobre 2008

La pub limitée à 5 % 

On commence à lire dans la presse démocratique d’amères vérités générales sur le journalisme et les journalistes en France, allant même jusqu‘à observer comment l’Etat républicain « exerce pour certains titres un véritable droit de vie ou de mort ». Les révélations de ce genre sont l’un des effets de ces « Etats généraux de la presse écrite » institués par le président Sarkozy et actuellement au travail pour plusieurs semaines (Présent du 4 octobre).

Une proposition très concrète, et même chiffrée. Sans doute nous ne manquons pas d’avoir nous aussi des idées générales sur la maladie de la presse écrite. Mais voici notre revendication pratique au sujet de ce que l’Etat peut faire pour commencer un traitement de la maladie : une disposition législative limitant à 5% des recettes la publicité dans la presse.

Les circonstances politiques y sont favorables : le président Sarkozy s’est révélé très hostile aux excès de la publicité commerciale. Il a entrepris d’en libérer progressivement la télévision d’Etat, c’est-à-dire l’ensemble des chaînes de France-Télévision. Or l’hypertrophie publicitaire est l’une des causes, la plus profonde et la plus décisive, de la maladie de la presse, comme cela ressort de l’Enquête sur la maladie de la presse écrite que viennent de publier les Editions Via Romana.

Grâce au volume exagéré de la publicité commerciale qu’elle accepte, la presse écrite vit dans l’anomalie dangereuse d‘être le seul produit au monde vendu moins cher que son prix de revient. La publicité y est telle qu’elle peut, quand elle le veut, distribuer des quotidiens entièrement gratuits. C’est un sortilège pervers, qui a développé toutes sortes de pathologies et de servitudes : et principalement une dépendance globale, imposant ses normes financières au contenu des journaux (qui pour cette raison en viennent de plus en plus à tous se ressembler).

Pourquoi 5% ? Parce qu’un journal peut résister à la domination des normes et exigences publicitaires en réduisant, s’il le faut, ses dépenses de 5%. Il ne le peut plus quand la publicité représente 30, 50, 80 (ou 100) pour cent de ses recettes et qu’ainsi elle lui est devenue vitalement indispensable. Bien sûr, une réduction à 5% des recettes ne peut être rendue obligatoire du jour au lendemain. La loi devrait imposer des étapes progressives, sur cinq, dix ou quinze ans, le temps que se mettent en place les transformations profondes qu’elle entraînera : la diminution du nombre de pages (qui s’est démesurément augmenté uniquement pour publier davantage de publicité) et un frein à cette surinformation illimitée qui détraque les esprits davantage qu’elle ne les instruit.

On ne peut ni ne désire supprimer totalement « la pub ». Elle a son utilité : elle fait connaître l’existence de produits et de services qui sans elle seraient mal connus ou ignorés. Mais il ne suffit pas d’avoir réglementé et de contrôler son honnêteté commerciale. Elle est malsaine par son hypertrophie, obsédante dans la vie comme dans la presse. Il appartient à l’Etat de lui imposer, comme aux journaux, une cure d’amaigrissement. Elle est l’une des féodalités financières dont l’excès de puissance est contraire au bien commun de la nation française. L’abaisser à un rang plus modeste serait une tâche politique parfaitement capétienne.

Tous les problèmes n’en seraient pas résolus. Mais cette simple mesure législative, à elle seule, entraînerait une lente et irrésistible transformation du journalisme, de la publicité, de la société elle-même. Il y a des réformes dont les conséquences se font sentir quels que soient le contexte historique, le régime politique, le mouvement des idées. L’introduction de la publicité dans la presse par Emile de Girardin date d’un siècle trois quarts, et pendant un siècle trois quarts elle a poussé de plus en plus fort et de plus en plus loin ses conséquences. La décision contraire de limiter la publicité à 5% des recettes d’un journal aurait de fortes chances d‘être aussi puissante, et aussi longuement.

JEAN MADIRAN  

Par XA
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Samedi 4 octobre 2008

La révolution des clercs maintenue à distance

 

 

C’est sous le règne de Pie XII qu’a pris naissance la révolution religieuse des années soixante et suivantes, que la seconde moitié du XXe siècle a léguée au XXIe et qui n’est pas encore surmontée. Cette révolution, le P. Congar, futur cardinal, lui donna comme on sait l’appellation léniniste – et point fausse – de « révolution d’Octobre dans l’Eglise ». Mais Pie XII, jusqu‘à sa mort le 9 octobre 1958, lui avait barré la route.

La tentative impie de « modernisation » de la foi catholique avait commencé, en Hollande et en France, par une attaque en règle contre le petit catéchisme des trois connaissances nécessaires au salut.

En France, ce fut le « catéchisme progressif », dont la progressivité consistait à ralentir et retarder l’instruction religieuse des enfants. Il s’agissait ainsi de « faire progresser » un enseignement catéchétique supposé périmé, et pour cela de rejeter radicalement le catéchisme traditionnel. L‘épiscopat, en sous-main, favorisa une expérience aussi intéressante. Pie XII y mit le holà en 1957, l‘épiscopat se soumit en traînant les pieds. C’est alors que des familles avaient commencé à se grouper pour enseigner elles-mêmes le catéchisme à leurs enfants. Elles avaient raison, car dix ans plus tard l‘épiscopat, cette fois à visage découvert, imposait un « Fonds obligatoire » qui légalisait l’interdiction de tous les catéchismes antérieurs. Et depuis quarante ans l’Eglise de France vit toujours sous le régime diocésain d’absence obligatoire du petit catéchisme pour enfants baptisés.

Le coup d’arrêt porté par Pie XII à cette révolution confirma contre lui la suspicion de « l’aile marchante de l’Eglise ». D’ailleurs il s‘était prononcé contre les nouvelles théologies, Chenu, Congar, Lubac, Rahner etc. ; l’« aile marchante », comme on disait alors, lui fabriqua en conséquence une réputation de pape conservateur, rétrograde, immobiliste, qui est devenue un lieu commun bien installé dans la presse profane ou catholique.

Immobiliste ? Rétrograde ? Conservateur ? Quel paradoxe, quel mensonge, – quel monde clos du mensonge ! Pie XII est le pape qui a lancé le grand appel face au monde moderne : « C’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ! » Depuis les fondations : quelle radicalité ! Qu’il faut refaire : quelle activité ! Tout un monde : quelle universalité !

Qui dit mieux ?

L’enseignement quotidien de Pie XII, spécialement sa doctrine sociale, venait expliquer, confirmer, illustrer le bien-fondé de l’entreprise immense à laquelle il conviait l’humanité entière : C’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations, il ajoutait : De sauvage, le rendre humain. Il s’est alors passé que la révolution d’Octobre dans l’Eglise a récusé le pontife mais conservé son mot d’ordre, en l’inversant toutefois, et il est devenu : C’est toute l’Eglise qu’il faut refaire depuis les fondations, et de sévère la rendre humaine. Et d’immuable la rendre changeante. Et de surnaturelle la rendre raisonnable. Et de contemplative la rendre agitée ; mondaine, quoi !

L’« extraordinaire richesse » de l’enseignement de Pie XII, Benoît XVI vient de la signaler à l’attention publique, ce n’est assurément pas sans raison.

JEAN MADIRAN

 

Article extrait du n° 6688 de Présent du Samedi 4 octobre 2008

La première partie de cet article peut se retrouver en cliquant ici.

Par XA
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Vendredi 3 octobre 2008

Pie XII est mort le 9 octobre 1958. Déjà Benoît XVI, dans une récente allocution (13 septembre) a salué l’approche de ce cinquantième anniversaire. Il a rendu justice à ce que Pie XII a fait pendant la guerre, discrètement mais souvent efficacement, « en faveur des juifs persécutés ». On connaît l’atroce calomnie à ce sujet, qui a tant brouillé et brouille toujours l’image de Pie XII à l’extérieur et même à l’intérieur de l’Eglise.

Mais Benoît XVI a dit aussi autre chose.

Le Souverain Pontife a profité de cette circonstance pour lui rendre un hommage beaucoup plus général : quand on aborde sans préjugé idéologique, a-t-il dit, la haute figure de Pie XII, on ne peut pas ne pas être frappé, ne pas être conquis par sa vie exemplaire et par « l’extraordinaire richesse de son enseignement ». Voilà un ton nouveau dans l’Eglise.

L’extraordinaire richesse de son enseignement a développé toute son ampleur dans les années 1945-1958. Or, depuis cinquante ans, les documents pontificaux n’en parlaient plus, comme si Pie XII n’avait jamais existé ; ou bien, pis encore, réduisaient explicitement sa doctrine sociale à une seule allocution, celle du 1er juin 1941 !

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la révolution par laquelle elle s’est terminée en France, les catholiques français se trouvaient dans une grande désorientation, d’autant plus que très naturellement ils avaient été quasiment tous, évêques en tête, au nombre des « quarante millions de pétainistes » des années 1940-1942. Dans ce désarroi, il se trouva un laïc, Jean Ousset, pour créer un mouvement s’appelant « La Cité catholique », avec sa revue Verbe, militant pour « la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ », préconisant des cercles d‘études ayant pour base solide « les documents pontificaux de Léon XIII à Pie XII », et pour objectif principal, comme il convient à de simples laïcs, « la doctrine sociale de l’Eglise », tellement ignorée alors dans la presse même catholique et jusque dans les séminaires. A partir de 1956 Marcel Clément y ajouta sa compétence inégalée et sa vénération personnelle pour la doctrine sociale de Pie XII. Celui-ci ayant en 1954 canonisé Pie X, le courant privilégiant son encyclique Pascendi contre le modernisme et sa lettre apostolique réfutant la démocratie-chrétienne de Marc Sangnier s’en trouva confirmé et renforcé.

Toute une génération de jeunes catholiques a dû ainsi aux « documents pontificaux » passionnément étudiés de n‘être pas désarçonnés ou emportés par les idéologies dominantes qui faisaient au même moment de singuliers ravages parmi le clergé, sa hiérarchie et les organisations d’« Action catholique ». Mais il a fallu très vite à cette génération s’apercevoir que plus elle ancrait ses certitudes vitales dans les documents pontificaux et plus elle sentait l‘épiscopat français s‘éloigner, manifester sa suspicion et finalement son hostilité.

La « doctrine sociale » de l’Eglise n’est pas une annexe facultative pour un catholique. Marcel Clément surtout, son Pie XII en main, montrait et démontrait à quel point elle est consubstantielle à l’ensemble de la doctrine religieuse. La plupart des coups portés à la foi proviennent aujourd’hui, disait Pie XII, d’erreurs sur l’homme, sur l’histoire, sur la société. Par suite, en sens inverse, l‘étude sérieuse de la doctrine sociale conduisait logiquement à contredire beaucoup d’idées proprement religieuses à la mode dans le monde profane et par contagion à l’intérieur de l’Eglise. Et par exemple, à contester non seulement la « non-résistance » intellectuelle au communisme, mais aussi le « catéchisme progressif » soutenu par les évêques. Ceux-ci supportaient mal une telle contradiction. Et ainsi commença une guerre faite dans l’Eglise à d’insolents contradicteurs, dénoncés désormais comme « intégristes ».

JEAN MADIRAN

 

Article extrait du n° 6687 de Présent du Vendredi 3 octobre 2008
Par XA
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Mercredi 1 octobre 2008

La presse écrite est malade. C'est un fait. Symptôme parmi d'autres, il suffit d'ouvrir « Le Figaro » dans sa nouvelle présentation pour mesurer comment le plus vieux titre de la presse quotidienne nationale est devenu semblable à ces journaux gratuits qui sont distribués comme les tracts d'autrefois, le matin devant chaque station du métro parisien.
Cette maladie ne vient pas du fait que les gens ne veulent plus lire, comme on le croirait après une analyse superficielle. Le mal est plus profond selon Jean Madiran, fondateur du quotidien « Présent ». « La plupart des journalistes professionnels se déclarent journaliste d'"information", leur métier consiste comme ils disent à "faire de l'info" et s'ils ont des convictions,ils prétendent ne les exprimer qu'en dehors de leur métier de journaliste. »
La crise de la presse écrite est donc avant tout une crise de l'opinion, elle provient de l'autodestruction de la liberté de pensée dans les sociétés occidentales, soumises à un arsenal répressif dont en France la simple évocation de la loi Gayssot suffit à évoquer l'efficacité.
« Avec ou sans poursuite, écrivains, hommes politiques, journalistes se trouvent incités à une autocensure qui, c'est observable, fait de plus en plus partie de leur déontologie. »
On nous dira que si les journalistes n'ont plus d'opinion, c'est signe qu'ils sont enfin devenus objectifs. Mais même cette objectivité est un leurre : « En réalité, tandis que la presse d'opinion est une presse qui dit son opinion, la presse d'information est une presse qui cache l'opinion de ceux qui la financent, mais l'insinue imperceptiblement. » Et quelle peut bien être l'opinion des financiers, sinon, encore et toujours, ce « politiquement correct » obligatoire hors duquel on ne saurait faire d'argent.
On a connu, avec l'efficacité que l'on sait en Allemagne et en Italie « l'économie dirigée » des régimes fascistes.Notre démocratie autoproclamée libérale vit sous le régime de l'opinion dirigée et personne ne crie au fascisme. Après la mort des grandes idéologies rivales qui ont si tristement illustré le XXe siècle, la soft-idéologie que l'on nous impose est sans doute la plus efficace de toutes. On retrouve avec plaisir le style si décanté,si percutant dans sa sobriété de Jean Madiran et sa capacité rare à viser toujours à l'essentiel. Cette petite Enquête sur la maladie de la presse écrite pourrait bien annoncer une enquête plus vaste sur la paralysie de l'opinion dans les pays développés et sur l'immense esclavage mental qui s'en trouvera induit mécaniquement. ■
Joël Prieur
Jean Madiran, Enquête sur la maladie de la presse écrite, éd. Via romana, 64 pp., 14 euros port compris.

Article paru dans le numéro 2378 de Minute daté du mercredi 1er octobre 2008, p.14

Par XA
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Vendredi 26 septembre 2008

On n’a guère remarqué, semble-t-il, que Benoît XVI a dit aux évêques français :

« Le peuple chrétien doit vous considérer avec affection et respect. »

C’est bien normal, pensera-t-on.

Oui mais… ce n’est pas au peuple chrétien que Benoît XVI l’a dit.

C’est aux évêques. Cela dépend d’eux.

Benoît XVI le leur a glissé avec beaucoup de discrétion, mais aussi de netteté, entre une citation de saint Paul et une autre de saint Ignace d’Antioche, celle-ci affirmant que « tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec l‘évêque », mais cela aussi adressé aux évêques, parce que cela relève d’abord de leur mission, « surnaturelle surtout », de créer les conditions nécessaires pour que le peuple chrétien puisse les considérer avec respect et affection.

Il y a donc des conditions nécessaires qui ne dépendent pas de nous, elles dépendent des évêques eux-mêmes. Naturellement, ils voudraient être aimés. Ne disons pas qu’ils ne font rien pour cela. On en voit plus d’un au contraire faire de grands efforts pour apparaître comme un chic type sympa, plein de simplicité et d’agrément dans la conversation, toujours prêt à l‘écoute, à l’accompagnement, au dialogue, vachement ouvert à la modernité et au progrès, toutes qualités individuelles supposées ou réelles, mais en tout cas complètement à côté de la plaque.

Pour ne pas remonter plus haut, ils ont fait l‘éloge du « grand mouvement » de Mai 68, dont l’idéologie et les acteurs sont encore très largement dominants dans la classe dirigeante (politique, audiovisuelle et religieuse) ; ils ont adhéré à ce « grand mouvement », ce fut, faut-il donc le rappeler, leur fameuse déclaration collective du 20 juin 1968, ils ont accueilli alors l’appel « à bâtir une société nouvelle », « d’autant plus, disaient-ils, que le Concile en avait pressenti l’exigence ». Ils ne savaient pas, ou peut-être ils ne savaient que trop bien, que ce grand mouvement était celui des « trois M » : Marx, Mao et Marcuse. Et depuis Mai 68, les organismes collectifs de l‘épiscopat ont sans cesse tenu à manifester plus ou moins ouvertement leur partialité temporelle toujours pour le même modernisme. Y compris pour la dialectique marxiste de la suicidaire « lutte contre toute espèce de discrimination ». Telle est la sorte de « conditions nécessaires » qu’ils ont créée dans le catholicisme français. Avec une stricte relégation sociologique, toujours en vigueur, infligée à ceux qui ne suivaient pas.

Si relégués que nous soyons, eh bien, à chaque messe partout, aux prières du canon, nous prions pour l‘évêque du lieu, et tels sont en tout cas le respect et l’affection que nous ne refusons jamais à sa fonction surnaturelle, même s’il nous rejette : affection, respect, vénération pour la succession apostolique sans laquelle les sacrements ne seraient plus valides et l’Eglise n’existerait plus. Cette vénération et cet amour vont à l‘être historique de l’Eglise, à sa continuité surnaturelle, à sa tradition, – à travers les péripéties, incertitudes et variations humaines : aucune d’entre elles, sans doute, n’est plus significative que celle que nous vivons en ces jours concernant le saint sacrifice de la messe.

En effet : non seulement nos évêques ont prétendu nous interdire la messe traditionnelle, non seulement leur missel du dimanche a osé enseigner pendant des années qu‘à la messe il y a seulement mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli, mais encore ils n’ont pas clarifié la situation. La plupart d’entre eux semblent en être plus ou moins restés à la doctrine de l’article 7 première version et paraissent répugner à enseigner explicitement que chaque messe est le renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix. Ils n’ont pas rectifié non plus leurs traductions contestées du Credo, du Pater et de leur Bible Bayard. Et ils s’arrangent pour pratiquement mutiler la liberté retrouvée de célébrer la messe traditionnelle sans aucune autorisation préalable. Alors, sans rien retirer à notre vénération pour la succession apostolique, et en écartant tout ce qui dans leurs individualités nous ferait hurler de rire ou d’indignation, la sorte d’affection que nous ne pouvons refuser à leurs personnes est une profonde et cordiale compassion.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6682 de Présent du Vendredi 26 septembre 2008

Par XA
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Samedi 20 septembre 2008

Le directeur de La Nef Christophe Geffroy, ardent défenseur de la liturgie traditionnelle, vient de publier (aux éditions du Cerf, mais oui) un important ouvrage de trois cents pages, Benoît XVI et « la paix liturgique », qui fourmille de précieux renseignements historiques, d’idées intéressantes, de vues d’avenir. Il connaît la question à fond, ce qui est très rare. Toutefois il trouve « détestable » (p. 279) le cas de l’Institut du Bon Pasteur (IBP), et cela appelle examen.

L’IBP, fondé en 2006 par les abbés Philippe Laguérie, Guillaume de Tanoüarn et Christophe Héry, a été érigé canoniquement par le Saint-Siège, le 8 septembre de la même année, comme société de vie apostolique de droit pontifical bénéficiant de « l’usage exclusif de la liturgie grégorienne » pour la messe et pour tous les sacrements. Cet usage exclusif « crée une ambiguïté détestable » aux yeux de Christophe Geffroy, ce ne peut être selon lui qu’une « exception » qui « ne pourrait avoir qu’un temps », car il lui semble que les prêtres qui ont retrouvé (ou conservé) l’usage de la liturgie tridentine « ne devraient pas avoir peur de l’autre forme [du rite romain], y compris en la célébrant s’il y a nécessité », par exemple « pour répondre au besoin de paroisses vides de prêtres depuis trop longtemps ».

Et puis, argument d’autorité, « Benoît XVI a explicitement demandé que les prêtres célébrant avec l’ancien missel ne refusent pas de célébrer avec le nouveau », cela étant, on le suppose, écrit par Christophe Geffroy (p. 282) au courant de la plume : en effet le Pape, qui sait fort bien ce qu’il écrit, a écrit en réalité qu’il ne faut pas exclure « par principe » la célébration selon les nouveaux livres. Or ceux qui « excluent » le nouveau rite ne le font point « par principe ».

Refuser la messe montinienne par principe, ce serait la refuser comme invalide ou comme hérétique ; ce serait, pour reprendre une expression du P. Bonino cité par Christophe Geffroy, faire valoir contre elle des « raisons dogmatiques absolument dirimantes ». Ce n’est pas le cas. Les traditionalistes, et en particulier ceux de la FSSPX, reconnaissent volontiers à la messe de Paul VI, en principe, sa validité et sa non-hétérodoxie. Ils refusent de la célébrer pour des motifs circonstanciels qui n’en sont pas moins impérieux.

Pratiquement, la messe de Paul VI, pour le public, mais aussi pour les évêques, se reconnaît en effet au retournement de l’autel et du célébrant, à la suppression des agenouillements, à la communion dans la main, aux embrassades générales commandées par un : « Donnez-vous la paix. » (etc.) Aucune de ces fantaisies ne figure dans les « éditions typiques » de la nouvelle messe. Mais les évêques y tiennent tellement que, pour la plupart, ils y président depuis une quarantaine d’années, leur donnant presque l’autorité d’une coutume établie. Si bien que l’« ambiguïté détestable » réside en réalité dans ce que l’on désigne et ce qui se fait comme étant la messe de Paul VI. En sens inverse, d’ailleurs, Benoît XVI modifie ce qui se faisait sous ce nom, même à Rome ; il procède là, selon la jolie (et juste) expression de l’abbé de Cacqueray, à « une catéchèse en images et par l’exemple ».

Autre motif qui lui non plus n’est pas « dogmatique » mais circonstanciel (et néanmoins impérieux) : dans beaucoup de diocèses encore, le clergé séculier, évêque en tête, ou évêque consentant, utilise la messe de Paul VI comme arme par destination contre la libre célébration de la messe ancienne. C’est moins que jamais le moment d’apporter à cette agression l’apparence d’une caution traditionnelle.

L’auteur de ce Benoît XVI et « la paix liturgique » semble parfois aux prises avec la tentation d’accorder un égal honneur à l’une et l’autre messe. La montinienne, même bien arrangée et pomponnée, ne pourra effacer son insolent caractère originel de messe hâtivement « fabriquée » dans les quelques saisons d’une rupture révolutionnaire avec la messe transmise, confirmée, complétée siècle après siècle par la foi de l’Eglise. Il n’est pas exclu par principe qu’il y ait des dévotions et des liturgies modernes. La primauté d’honneur ne peut cependant pas être enlevée à la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le missel romain.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6678 de Présent, du Samedi 20 septembre 2008

Par XA
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Samedi 13 septembre 2008

Au cours de l’interview où il déclare « parler en tant que président de la Conférence des évêques » (c’est donc une déclaration officielle), interrogé sur Benoît XVI et le motu proprio du 07.07.07 « qui n’a pas été digéré en France », le cardinal Vingt-Trois a notamment répondu :

« Le signe le plus explicite sur le sujet va être le fait de concélébrer avec les évêques de France, en communion dans une même liturgie. »

Une concélébration avec le Souverain Pontife n’est pas un problème, ni une nouveauté montinienne : elle est traditionnelle. La nouveauté est d’attendre du Pape qu’il soit en communion avec les évêques.

Normalement, le Pape ne vient pas concélébrer avec les évêques, ce sont les évêques qui vont concélébrer avec le Pape.

L’Eglise nous a élevés et instruits dans un profond respect pour « les évêques en communion avec le Pape ». Nous nous y appliquons volontiers. Mais cela ne peut fonctionner à l’envers. Ce n’est point le Pape qui aurait obligation d‘être en communion avec les évêques. Aucune invention collégialiste artificiellement fagotée ne changera rien à cette réalité surnaturelle.

Nous aimons supposer que, de la part du président de la Conférence épiscopale, il s’agit simplement d’une sorte de lapsus ou d‘étourderie, et non pas d’une exigence ou d’un ultimatum. Toutefois on trouvera étrange que le président Vingt-Trois estime pouvoir fixer d’avance quel sera « le signe le plus explicite » que devrait nous apporter Benoît XVI.

Ne sous-estimons pas cependant les obstacles difficilement surmontables que le cardinal Vingt-Trois rencontre dans l’exercice de sa présidence et qui expliquent l’incertitude, l’embarras, l’approximation de ses propos. Sur les plus graves réalités de la foi, il n’y a pas, dans l‘épiscopat français, l’unité que la Conférence épiscopale voudrait (et devrait) représenter.

Je reviens à l’instant d’un diocèse (je ne le nommerai pas, car il n’est malheureusement pas le seul), – un diocèse où, au nom de l’Eglise catholique et de l‘évêque du lieu explicitement invoqués, on enseigne par voie écrite que les trois « temps forts » de la messe sont : « un enseignement, une méditation personnelle, un partage ». La messe serait donc une opération principalement subjective, centrée sur le culte de l’homme. Autrement dit, il s’agit toujours d’affirmer, sous une forme moins directement provocante, qu‘à la messe « il s’agit seulement de faire mémoire », selon la doctrine du « nouveau missel des dimanches » de l‘épiscopat en 1970 et en 1973. Il semble que l’on ait discrètement retiré cette formule, mais elle n’a jamais été rétractée. Elle correspond d’ailleurs au fameux article 7, première version, de la préface à la messe de Paul VI. Il y eut quelques évêques diocésains qui n‘étaient pas d’accord. Ils ne l’ont jamais dit en public. Et c’est pour cela qu’une grande partie du clergé continue à croire depuis une quarantaine d’années que la messe n’est pas un vrai sacrifice. Nous y reviendrons.

L’unité épiscopale est un faux-semblant quand elle n’est pas fondée sur une communion dans la vérité. La Bible Bayard, où l’on trouve l’affirmation mais aussi la négation de la divinité du Christ et de l’authenticité du témoignage évangélique, a paru avec l’approbation explicite de la Commission doctrinale du Conseil permanent de la Conférence épiscopale. Il s’est trouvé deux évêques français, pas trois, pour mettre en garde le clergé et les fidèles en disant publiquement : « Cette Bible n’est pas celle de l’Eglise, ce n’est pas une Bible chrétienne ! » Elle a néanmoins été diffusée dans l’univers francophone à des centaines de milliers d’exemplaires. L‘épiscopat n’a pas rétracté son approbation. Mais si l’on voit là quelque unité épiscopale, alors c’est dans le mensonge.

« En communion », dit le Président. Ce ne peut tout de même pas être en communion avec cette morale sans obligation ni sanction qu’enseigne l’archevêque de Rennes : « L’Eglise, claironne-t-il cette année, n’interdit rien à personne. » Ce ne peut être en communion avec la Bible Bayard, ni avec la catéchèse sans catéchisme de la plupart des diocèses français, ni avec une « eucharistie » qui ne veut plus être le saint sacrifice de la messe. Il n’y a pas de communion possible avec la coexistence artificielle du oui et du non. Dans cette situation spirituellement crucifiante, nous nous préparons à être attentifs à ce que le Pape vient nous apporter. Sans prétendre lui indiquer nous-même « le signe le plus explicite » que nous espérons de lui. De toute façon, il sera sans doute le plus inattendu.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6673 de Présent, du Samedi 13 septembre 2008

Par XA
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