Ce lundi, à Nantes, en l’église Saint-Clément, on célébrait les obsèques d’une jeune maman et de son petit Ferdinand. Hélène Poudré n’avait que 31 ans, son fils bientôt 3. Elle attendait son
deuxième enfant dans la joie. Tous ont péri dans le terrible incendie qui a ravagé leur maison mercredi dernier.
C’est un fait divers tragique, comme nous, journalistes, en voyons tous les jours dans le fil des informations craché de minute en minute par les agences. Un fait divers parmi d’autres, un simple
drame personnel, alors qu’il y a tant à dire de nos sociétés qui se disloquent, de la culture de mort qui se répand, du refus de Dieu qui cause tous nos malheurs. Nous vous en disons tant, chers
lecteurs, que vous vous plaignez parfois de ce que Présent soit trop négatif. Alors, pourquoi vous parler d’Hélène et de Ferdinand ?
Ecoutez donc. Alertée par des ouvriers qui travaillaient en face de chez elle que le premier étage brûlait, la jeune femme a eu une réaction immédiate, sans la moindre hésitation. « Mon fils est au
premier étage ! »… Et de s’engouffrer dans l’escalier, de plonger dans la fumée si épaisse, déjà, que nul n’a voulu l’y suivre. Elle est morte asphyxiée. Laissant ses parents, ses huit frères et
sœurs, sa famille, ses amis, et surtout son mari Damien, seuls devant l’incompréhensible arrachement auquel ils doivent désormais faire face. Pourquoi ce sacrifice ? Ce sacrifice apparemment
inutile ?
Mais on l’a retrouvée serrant Ferdinand contre son cœur. Son petit n’est pas mort seul. Oui, c’est important. Mystérieusement plus important que cette vie terrestre. « Il n’y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Dans la mort Hélène et Ferdinand avaient, dit-on, le visage paisible et serein. Ils sont entrés dans la Vie.
Car derrière la tragédie, derrière le mystère de la souffrance et de la mort, c’est bien cette lumière que nous devons percevoir : la lumière de la vie donnée généreusement, donnée puis accompagnée
dans la mort mais surtout vers l’Au-delà, aux antipodes de ce que nous enseigne aujourd’hui le monde. Voilà pourquoi ce fait divers est en lui-même une réponse à la culture de mort qui nous entoure
et nous asphyxie de façon autrement plus cruelle que les flammes et les fumées. Hélène Poudré a agi comme une mère qui d’instinct, protège la vie : c’était naturel. Mais c’était aussi surnaturel.
Hélène Poudré était, aux dires de ses proches, une catholique à la foi trempée et rayonnante. On aurait pu économiser sans doute l’horreur d’un tel sacrifice dans un monde où les enfants seraient
tous accueillis et aimés. Hélas…
Nous saluons aujourd’hui une mère héroïque, en même temps que nous disons partager, bien pauvrement, la peine inimaginable des siens. Notamment ses oncles, les abbés Jacques et Philippe
Laguérie…
JEANNE SMITS
Article extrait du n° 6583 de
Présent, du Mardi 6 mai 2008
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