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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 19:19
Une messe chantée a été célébrée pour le dimanche de la Septuagésime, en présence de S. Exc. Rév. Mgr Bernard Barsi, archevêque de Monaco, à 16h. en l’église Saint-Charles de Monte-Carlo, le 31 janvier dernier.

Voici trois belles photos. Merci à notre correspondant sur place ! (Pour voir les photos dans un plus grand format, cliquez ici)

XA



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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 11:39
On peut lire en ligne sur le site de la Nef plusieurs articles consacrés à l'affaire de Thiberville :

Thiberville : Don Camillo en Normandie, par Christophe Geffroy

« Je ne suis qu’un simple curé de campagne », entretien avec l’abbé Michel

La Nef consacre par ailleurs son dossier de février 2010 à la question de l'euthanasie.


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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 15:36
Un mythe falsificateur
Chantal Delsol le jeudi, 28/01/2010
dans Parlons Vrai (Valeurs Actuelles)


Par Chantal Delsol, de l’Institut

William Cavanaugh, talentueux écrivain américain, auteur jusqu’à présent d’un ouvrage sur la société de consommation, fera parler de lui. Ici, il s’attache à démanteler un préjugé. S’agit-il de prétendre que la violence religieuse n’a pas existé? Non, bien entendu. Il s’agit de contredire avec force arguments un mythe tenace, c’est-à-dire un récit indéfiniment répété et plein de sens mais servant ici une idéologie et méprisant les faits: l’affirmation selon laquelle l’époque des “guerres de religion” a été bienheureusement close par l’ascension de l’État moderne, capable d’éteindre ces guerres, de diffuser l’esprit de tolérance et de clore un âge sombre de notre histoire.

L’ouvrage est passionnant. Il tient à la fois de l’analyse historique, sociologique et politique.

L’auteur décrit minutieusement un certain nombre de thèses qui établissent le mythe et l’installent dans la continuité, à ce point qu’il devient une certitude culturelle indubitable. Puis il s’attache à montrer combien religion et société étaient liées jusqu’à la modernité, au point que parler de “guerres religieuses” est pratiquement un anachronisme, puisque, à cette époque, le concept même de “religion” n’existait pas. Il décompose les divers éléments du discours sur les “guerres de religion” des XVIe et XVIIe siècles et montre par de multiples exemples historiques qu’il est excessif de prétendre que le motif de ces guerres était religieux. Il compare les arguments des historiens de toutes opinions sur le sujet.

Enfin, il propose une explication de la vitalité paradoxale de ce mythe falsificateur : il fonctionne comme “mythe du salut”, racontant indéfiniment l’histoire de notre sortie d’un religieux considéré comme barbare ; de ce fait, il permet de légitimer toutes les violences “séculières” puisqu’elles luttent contre les violences religieuses; il justifie le portrait de l’ennemi de l’Occident, le musulman fondamentaliste, celui qui n’est pas sorti du fanatisme heureusement éradiqué chez nous et qui mérite par conséquent d’être littéralement retranché de la terre. C’est donc que le refus de la violence n’est pas le vrai motif, puisqu’une certaine violence est justifiée sans équivoque: le vrai motif est la haine de la religion.

Il est intéressant de voir resurgir la mémoire de ces “guerres de religion”, où partout en Europe les fidèles d’une même confession s’entre-tuent, où les adeptes de deux croyances différentes s’allient contre le tenant de l’une d’entre elles… Comme le dit William Cavanaugh, si, entendant parler de la guerre de 1914-1918 comme d’une guerre nationale, je m’apercevais que nombre de régions anglaises se sont alliées avec nombre de provinces allemandes, et que partout les combats furent aussi infranationaux, je chercherais un autre qualificatif que celui de “guerre nationale”et je m’efforcerais de découvrir des motifs plus réels à ces luttes interminables…

La certitude finale de l’auteur est celle-ci : les “guerres religieuses”, sur lesquelles s’instaure l’histoire de notre “salut”, n’ont pas été réellement le fait des religions luttant entre elles, mais ont marqué plutôt le moment de l’établissement de l’État moderne, qui, pour acquérir sa puissance, a dû batailler partout en utilisant toutes les croyances et tous les intérêts mêlés. L’État libéral moderne n’a pas été, comme on croit, celui qui vient mettre un terme aux violences religieuses; il a, au contraire, pour se construire, utilisé les passions religieuses comme il a utilisé les passions sociales, économiques et autres. Il a avivé ces passions et, loin de les éteindre, il les a subrepticement déplacées. Tout aussitôt, le sacré est passé dans la sphère séculière et le fanatisme s’est relevé plus tard au nom de la nation, puis au nom des idéologies.

L’auteur n’en tire aucunement une défense du fanatisme religieux ni une justification des guerres religieuses quelles qu’elles soient. Bien au contraire. Il est persuadé que, si les esprits religieux ne quêtent pas la paix, alors qui le fera? Il réclame seulement que nous ayons l’honnêteté de regarder notre histoire les yeux ouverts, et que nous cessions de vivre sur des mythes satisfaisants et faux. Non pas seulement pour rendre justice au passé. Mais pour nous donner les moyens de nommer à l’avenir les véritables dangers – à commencer par nousmêmes, hantés par nos fables dangereuses.

Le Mythe de la violence religieuse, de William Cavanaugh, Éditions de l’homme nouveau, 384 pages, 29€.

Photo © Patrick Iafrate
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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 10:40

… et il « refuse » !

puce_carreUne seconde rencontre a eu lieu lundi entre la FSSPX et la congrégation romaine pour la doctrine. Elle s’est tenue à huis clos. Néanmoins La Croix s’est empressée dès mercredi de faire deux grandes pages de diatribes injurieuses contre « les intégristes » : l’injure insupportable commence, on le sait, avec ce sobriquet infamant et ravageur que La Croix répète et répète avec une insistance inlassable.

puce_carreMis à part ce refrain moralement meurtrier, le sommet insidieux de cette rageuse dégoulinade est la déclaration d’un prêtre qui dit notamment ceci, attention, lisez bien :

« J’ai accepté de célébrer la messe selon le rite extraordinaire (préconciliaire), une fois par mois. Je suis le seul dans le diocèse de Versailles. Les fidèles traditionalistes ont saisi la main que je leur tendais. Ils sont très heureux de se sentir reconnus dans la paroisse. Cependant j’ai refusé de célébrer toutes les semaines car cela ferait une fracture trop grande dans la vie paroissiale. »

Je ne veux aucun mal à ce malheureux prêtre, il est peut-être trompé voire contraint par quelque impérieuse commission diocésaine. Je ne donnerai donc pas son nom. Par discrétion, nous l’appellerons ici l’abbé Sainte-Nitouche.

puce_carreQue veut-il dire exactement quand il se prétend « le seul dans le diocèse de Versailles » ? Le seul prêtre dans le diocèse à célébrer la messe traditionnelle ? Ce serait une affirmation délirante. Il ne précise pas ce qu’il entend par là. Peut-être le seul à célébrer une fois par mois seulement, ce qui est en soi d’une méchanceté extraordinaire. Mais peut-être cet abbé Sainte-Nitouche a-t-il l’excuse personnelle de croire, comme beaucoup de ses confrères, qu’un « catholique pratiquant » est celui qui assiste à la messe une fois par mois. Alors il ne s’en est pas rendu compte : mais sa main tendue est à la fois un piège et une persécution.

puce_carreOn lui a demandé la messe traditionnelle. Il a refusé, il le dit effrontément. Il n’en avait pas le droit. La procédure en l’occurrence a été fixée par le motu proprio du 07.07.07. Les demandes doivent être adressées au curé de la paroisse : celui-ci n’a aucunement le droit de les refuser. Il a le devoir de les accueillir et la charge d’organiser les conditions matérielles et les horaires : ce qui ne l’autorise nullement à en couper en quatre la célébration dominicale.

puce_carreCe pauvre abbé Sainte-Nitouche semble parfois un peu moins sainte nitouche que mon interprétation bienveillante s’efforce de le croire. Le prétexte qu’il invoque pour « refuser » est un terrible aveu. Il craint que la « fracture » soit trop grande. Cela veut donc inévitablement dire que sa messe en français, il la célèbre dans un esprit de « fracture » : de fracture avec ce qu’il appelle la messe « préconciliaire ». Ce préconciliaire est d’ailleurs une tromperie supplémentaire : la messe tridentine fut en effet la seule célébrée dans l’Eglise latine durant toute la durée du Concile et encore quatre années après sa clôture !

puce_carreQue La Croix ait osé publier telle quelle la déclaration de l’abbé Sainte-Nitouche donnerait à penser qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas, concernant la messe, dans le diocèse de Versailles. Justement l’association Paix liturgique (cf. sa Lettre de Paix liturgique, 1 allée du Bois Gougenot, 78290 Croissy-sur-Seine) a réalisé dans ce diocèse, du 30 novembre au 8 décembre 2009, un sondage dont il ressort qu’un tiers au moins des « messalisants » assisteraient tous les dimanches à la messe traditionnelle si elle était normalement célébrée dans leur paroisse, ce qui manifeste un louable et nécessaire attachement à la vie paroissiale ayant heureusement survécu aux brimades et humiliations qu’il leur faut y endurer.

puce_carreNous ne voulons rien retrancher au respect dû à chaque prêtre en raison de son ordination. Mais nous ne sommes pas tenus non plus à une aveugle servitude. Tout un clergé français, depuis quarante ans, a fait subir au peuple chrétien l’oppression d’une injuste interdiction de la messe traditionnelle. Benoît XVI nous a libérés de cette odieuse servitude en attestant que cette messe n’avait jamais été valablement interdite. L’abus de pouvoir a été énorme et cruel. La plus grande partie de nos prêtres et de leur hiérarchie en ont été eux-mêmes victimes ou bien complices. Victimes, ils auraient pu nous exprimer leurs regrets. Complices, ils auraient dû nous présenter leurs excuses. Ils ne l’ont pas fait. Nous pouvons comprendre leur embarras, leur déception, leur humiliation profonde. Nous ne demandons qu’à leur pardonner. Mais qu’ils veuillent continuer à nous opprimer, et par la même tromperie, alors non ! Halte-là !

JEAN MADIRAN

 

Article extrait du n° 7015 de Présent du Vendredi 22 janvier 2010

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 16:45
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 14:08
Le blog www.newliturgicalmovement.org vient de publier la version anglaise de l'émouvant hommage que M. l'abbé Brice Meissonnier (FSSP) a rendu à M. l'abbé Franck Quoëx à la suite de sa disparition. Ce texte est paru originellement en langue française dans le n°99 de mars 2007 de la revue Sedes Sapientiae (pp.3 à 10).
C'est avec l'aimable autorisation de Monsieur l'abbé Meissonnier que je le reproduis ci-dessous pour ceux qui n'en auraient pas pris connaissance au moment de sa parution, ou qui souhaiteraient le relire.
XA

In memoriam Abbé Franck Quoëx 1967-2007


http://1.bp.blogspot.com/_oN5K_WcO5JM/S00Ip65KkhI/AAAAAAAADcE/MDEc_jKFSMY/s400/Copie+de+Sans+titre-Num%C3%A9risation-40.jpgLe mardi 2 janvier dernier, en la fête du St Nom de Jésus, l’abbé Franck Quoëx était rappelé à Dieu, terrassé par un cancer implacable. Ce prêtre de 39 ans seulement, incardiné dans l’archidiocèse de Vaduz (principauté du Liechtenstein), était d’abord, pour ceux qui eurent l’honneur de l’approcher et de le connaître, un prêtre d’une grande délicatesse et d’une grande courtoisie, élégant et discret, fidèle en amitié et d’une politesse exquise. Mais l’abbé Quoëx était surtout, et c’est en cela qu’il va cruellement manquer à la science ecclésiastique, un grand scientifique, un liturgiste incomparable, spécialiste incontesté de la liturgie romaine, de son histoire et de son cérémonial, un professeur recherché et aujourd'hui regretté. Toute la courte vie de l’abbé Franck Quoëx aura été centrée sur la liturgie.

Né le 21 juin 1967, à Bonneville en Haute-Savoie, d’une ancienne famille savoyarde, il aimait à se définir comme savoyard plutôt que français, signe de sa double culture mêlant le meilleur de la France et de l’Italie.

En 1986, il entre au Séminaire international St-Pie X à Ecône. Mais en 1989, il rejoint le jeune Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, d’abord à Moissac puis à Gricigliano. Il sera de cet Institut l’emblématique cérémoniaire et professeur de liturgie.

Le 21 juin 1992, il est ordonné prêtre, dans et pour le rit tridentin, par le Cardinal Pallazzini. Il commence alors des études de théologie à l’Université pontificale de l’Angelicum à Rome, tout en assurant un ministère pastoral dans la Ville éternelle, ville plus que toute autre chère à son cœur, ville qui sera la passion de toute sa vie, ville où il aurait tant voulu mourir ! Car l’abbé Quoëx était foncièrement et viscéralement romain, dans ce que cette acception a de plus noble. Ce qui faisait dire à ses amis qu’il était « le plus romain des prêtres français ». Le souvenir et les amitiés qu’il a laissés dans la capitale de la chrétienté sont à l’image de l’amour et de la passion qu’il portait à Rome.

En mai 2001, il soutient brillamment, dans la prestigieuse université romaine, sa thèse de doctorat, avec pour sujet : « les actes extérieurs du culte dans l’histoire du salut, selon St Thomas d’Aquin ». Ce thème original et riche lui permettra de développer ses talents de théologien et d’historien du culte. L’alliance de ces deux facettes caractérisera toujours sa démarche intellectuelle, faisant ainsi de lui l’élève des grands liturgistes de la fin du XIXe et du XXe siècles. Parmi eux, citons le RP Gy o.p., qui malgré leurs divergences sur le fond, avait loué à de nombreuses reprises et publiquement l’intelligence, l’érudition et la remarquable qualité des travaux liturgiques de l’abbé Quoëx. Les deux hommes s’estimaient grandement, et restèrent en contact fréquent jusqu’au décès du dominicain.

La thèse de doctorat, dont l’abbé Quoëx préparait la publication aux éditions Ad Solem, fut à l’époque remarquée par le Cardinal Ratzinger, à qui elle avait été envoyée. Durant ces dernières années, l’abbé Quoëx reprit son sujet de thèse pour plusieurs articles importants dans diverses revues, comme la Revue thomiste (« St Thomas d’Aquin mystagogue : l’expositio missae de la Somme théologique ») ou Sedes sapientiae, à laquelle il confia cinq grands articles et des recensions (cf Bibliographie).

A partir de 2001, il est de plus en plus sollicité, pour des colloques, diverses recherches scientifiques, ou tout simplement pour son enseignement. Il était jusqu'à sa maladie professeur de liturgie au Séminaire international St-Pierre de Wigratzbad, et au Couvent St-Thomas d’Aquin de Chémeré-le-Roi. Il venait aussi d’être nommé, quelques jours avant son décès, professeur à l’Université pontificale Ste-Croix à Rome, pour la rentrée 2007.

Le professeur Bruno Neveu, de l’Institut, président de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, l’encourage à passer le diplôme de la prestigieuse institution qu’il dirige, ce qui requiert l’étude d’un sujet jamais exploité. L’abbé Quoëx choisit de faire le catalogue raisonné des manuscrits liturgiques de la Bibliothèque capitulaire de Verceil (Italie). Ce travail d’une folle érudition, qu’il prépare sous la direction du Pr Jean-Loup Lemaître, permet, pour la première fois, une classification et une étude de ces sources liturgiques inestimables et très précieuses pour l’histoire du culte. L’Ecole publiera prochainement le résultat de ce long labeur.

L’abbé Quoëx se spécialise dans l’histoire de la liturgie romaine durant le Haut Moyen Age, et en particulier dans la transplantation et l’adaptation de cette liturgie dans l’espace franc. Dans ce domaine, il écrit des articles d’histoire de la liturgie, notamment pour la revue Aevum (Université du Sacré-Cœur de Milan). Il participe aussi à plusieurs colloques et séminaires d’étude, comme le séminaire de musicologie médiévale de la Fondation Ars antica à Gênes, le 3e colloque international d’études du chant grégorien à Subiaco, etc… Son autre thème de prédilection est la liturgie papale. En 2005, il reçoit les félicitations du pape Benoît XVI, à qui il a fait parvenir une étude importante sur ce sujet.

Notre ami collabore aussi à plusieurs reprises avec le CNRS, dans le cadre du groupe de travail « Morphogenèse de l’espace ecclésial et religieux au Moyen Age ». Il préparait, toujours sous l’égide du CNRS, un travail à la fois remarquable et considérable : l’étude des diaires manuscrits des maîtres des cérémonies pontificales de l’époque moderne, dont la rédaction s’échelonne de la Renaissance au XIXe siècle, une étude inédite et fondamentale pour l’histoire de la liturgie papale. Ces diaires réglementent également des évènements en lien avec le concept de souveraineté temporelle des papes, s’avérant d’une importance particulière pour la connaissance de la cérémonialité baroque en général. L’objectif était de montrer l’influence du cérémonial politico-religieux du Pontife romain sur celui des cours européennes catholiques des XVIe et XVIIe siècles. L’abbé Quoëx proposait une étude systématique (catalogation, classification, édition des textes) de ces diaires, en commençant par celui de Paride de Grassi (cérémoniaire de Jules II vers 1520), jusqu’aux contemporains de l’avènement d’Urbain VIII (1623). Hélas cette contribution capitale à l’histoire de la liturgie restera inachevée.

Mais l’abbé Quoëx n’était pas qu’un pur intellectuel. Il fut aussi un grand praticien de la liturgie, un incomparable cérémoniaire. C’est peut-être d’ailleurs cette image qu’il laissera au « grand public ». Artisan de la restauration des rites pontificaux, dont il maîtrisait mieux que quiconque la pratique, il sut aussi former et inspirer toute une génération de disciples, qui aujourd'hui dirigent les cérémonies dans la plupart de nos instituts traditionnels. Son immense culture ne faisait jamais défaut, et il savait non seulement expliquer l’arcane des rites liturgiques, mais aussi communiquer l’amour des cérémonies de l’Eglise.

Historien, théologien, praticien de la liturgie, mais aussi esthète, il était convaincu que « la parfaite beauté de la liturgie permet d’entrevoir la suprême beauté de Dieu », comme il l’écrivait. D’un goût infaillible, il ne confondait pas le beau et le clinquant, le raffiné et le pompeux, le sobre et l’indigent. Tout dans la liturgie doit participer à nous faire entrevoir « la suprême beauté de Dieu ». D’où le soin tout particulier qu’il apportait à retrouver les formes les plus nobles, les plus élégantes et les plus abouties de la paramentique. Inlassablement, à travers les tableaux, les fresques et les gravures, il se mit en quête de l’esthétique parfaite, sa préférence allant à la période de la Réforme catholique à Rome. Il fut le premier à faire réaliser, avec l’aide du célèbre paramentiste de Vérone Piero Montelli, des ornements, des aubes, des surplis s’inspirant de cette période qui était à ses yeux celle de l’apogée de la liturgie catholique. Son goût de la perfection le poussait encore à dessiner lui-même ses chandeliers, ses autels, les faisant réaliser par les meilleurs artisans italiens, avec l’aide d’un ami esthète, l’héraldiste romain Maurizio Bettoja.

Ne voulant pas garder pour lui seul le fruit de ses recherches, et voulant participer à sa manière au renouveau liturgique, l’abbé Quoëx avait projeté de fonder une société pour l’étude et la promotion des traditions et des arts liturgiques (SEPTAL). L’idée, originale et passionnante, était de rassembler ainsi des spécialistes de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la musique, de l’héraldique, de la paramentique et de l’orfèvrerie religieuses, des liturgistes, des esthètes, des philosophes, des historiens de l’art, des théologiens du culte, des biblistes, des patrologues, le tout dans une optique délibérément tridentine. Désireux d’unir la formation et la recherche, il envisageait la publication de Cahiers, pour transmettre le fruit de tous ces travaux. En excellent pédagogue, il souhaitait que les articles réunis soient scientifiques, précis, inédits, sans toutefois être abscons. Là aussi sa mort prématurée l’aura empêché de mener à bien cet ambitieux projet, mais ne peut-il espérer que son idée aboutisse un jour ?

En 2005, il avait déjà fondé avec quelques amis et disciples, reprenant une idée du Pr Bruno Neveu, la Société Barbier de Montault, qui a pour objet de faire connaître la personne, l’œuvre et l’esprit de Mgr Xavier Barbier de Montault (1830-1901). Ce prélat romain, archéologue, liturgiste, canoniste et héraldiste, fut à son époque un modèle atypique d’exceptionnelle érudition ecclésiastique. Dans une France fortement imprégnée de néo-gallicanisme, Mgr Barbier de Montault fut le propagateur acharné de l’esprit, de la liturgie et des coutumes romaines. Il laissa une œuvre colossale, livres et articles, se distinguant donc par un goût et une spiritualité profondément romaines. Une partie, encore inédite, pourra désormais être publiée. L’abbé Quoëx, premier président de la Société, était un disciple exemplaire de celui que le Bx Pie IX appelait « le plus liturgiste des archéologues et les plus archéologue des liturgistes ».

Fervent admirateur de la poétesse italienne Cristina Campo (1923-1977), l’abbé Quoëx traduisit et présenta en 2006, pour les éditions Ad Solem, son recueil de poèmes liturgiques : « Entre deux mondes ». Avec elle il partageait une conception plutôt « orientale » de la liturgie, vue comme célébration et contemplation des mystères divins. De même il appréciait sa vision doctrinale de la liturgie : « le combat de Cristina, s’il est mû par son amour de la beauté, ne se réduit pas à la seule dimension esthétique ou, plus exactement, il sous-tend le beau comme splendeur du vrai. Il suppose la foi et l’amoureux ravissement de tout l’être en Jésus-Christ. La liturgie est la beauté suprême, l’archétype de la poésie, parce qu’elle est théophanie du Verbe fait chair, rayonnement du divin Poète. C’est pourquoi ce combat peut et doit devenir doctrinal, mû non seulement par amour de ce qui est menacé, mais aussi par amour pour ce peuple de Dieu avide de ce sacré et de ces gestes sublimes dont on veut le priver ».

Enfin comment ne pas souligner que l’abbé Quoëx était avant tout un prêtre, un pasteur d’âmes, un directeur spirituel. Le souvenir qu’il a laissé dans ses divers lieux d’apostolat, Rome, Strasbourg, et depuis 2004 Genève, Lausanne et Neuchâtel, nous prouve que sa mission sacerdotale était bien ce qui lui importait le plus. Il sut toucher les âmes par son intelligence, sa culture, certes, mais aussi et surtout par sa bonté courtoise et sa délicate charité. Et c’est en prêtre qu’il est mort, le 2 janvier 2007, à l’hôpital d’Aubonne, en Suisse. Laissons la parole aux amis qui l’ont veillé jour et nuit pendant un mois, jusqu'à son dernier soupir : « notre cher abbé Quoëx est mort, oserais-je dire, comme un saint ! Après quelques mois de maladie implacable et une agonie qui aura duré plus d'un mois, de grandes souffrances, et toujours une grande générosité intérieure, des petits mots délicats, des plaintes détournées et à peine formulées, s'excusant d'être à charge. (…) Toujours il a bu la prière comme une eau d'une grande saveur, tandis que tout le corps semblait brûlure. Il aimait particulièrement la prière de Jésus. Combien de fois nous aura-t-il demandé, sur le petit matin, après une nuit de souffrance : "Aidez-moi à me lever, je veux dire la messe..." Il fallait alors lui expliquer qu'il ne pourrait pas se lever, et que la messe il la disait avec le Christ des douleurs, avant de la dire bientôt dans le Ciel, cette belle liturgie du Ciel dont il nous avait si bien parlé un jeudi saint... Il s'est éteint doucement ce matin, fête du Saint Nom de Jésus, tandis qu'une très proche le veillait. Celle-ci, après avoir chanté l'hymne Jesu dulcis memoria et récité les laudes dans cette chambre d'hôpital, après lui avoir lu aussi un poème de Cristina Campo (Non si può nascere, ma si può morire innocenti) s'est approché le soutenant et lui a dit : "C'est la fête du Saint Nom de Jésus. Vous allez la célébrer là-haut, la liturgie du Ciel est plus belle que celle que vous avez décrite. Allez-y, Monsieur l'Abbé, allez-y, la porte du Ciel est grande ouverte". Il a alors pris le souffle à deux reprises, et y est allé... »

L’abbé Frank Quoëx avait trente-neuf ans et quinze ans de sacerdoce.

RIP

Abbé Brice Meissonnier

In memoriam
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 12:12

La Vie spirituelle, ascétique et mystique

Tome 105 (Juin 1928), pp. 332-347



6448_1_sbl.JPGVoici ce que disent parfois des personnes pieuses, mais très «prises», selon une expression qui fait image: «Bien volontiers je consacrerais à la prière de longs moments; malheureusement, je n’en ai pas le loisir, et je sens que peu à peu ma piété s’en va, faute d’aliment...» Et ces âmes se désolent de ce qu’elles appellent leur tiédeur ou leur aridité.

Et n’a-t-on pas entendu même des prêtres gémir de cette sorte: «Ma vie, emportée par des occupations sans nombre, est devenue un tourbillon. J’y perds la tête... Comment, avec cela, donner aux exercices de piété une vitalité qui aiderait aux œuvres de zèle sans les absorber ni les sacrifier?... Où trouver du temps pour des études personnelles, pour un repos et des délassements raisonnables?»

Ces questions, le Curé d’Ars se les est posées. De quelle façon les a-t-il résolues pratiquement, ce serait intéressant à savoir; car il y a toujours à recueillir, dans la conduite des saints, de hautes et profitables leçons.

Question du repos et des délassements raisonnables? Les conclusions de notre héros sont choses connues: ni repos ni délassements. Nous n’avons donc qu’à nous incliner en admirant, avec le regret de ne pouvoir imiter.

Question des études personnelles? Au témoignage de Catherine Lassagne, directrice de l’orphelinat de la Providence, l’abbé Vianney «se croyait fort ignorant». Il le pensait, et il le disait. «Que voulez-vous, confiait-il un jour à M. Raymond, son vicaire, je n’ai pas fait d’études; autrefois, à Écully, M. Balley a bien essayé pendant cinq ou six ans de m’apprendre quelque chose; il y a perdu son latin et n’a rien pu loger dans ma mauvaise tête.» Or l’abbé Raymond, à qui l’humilité héroïque de son saint curé n’arrivait pas à donner le change, savait fort bien à quoi s’en tenir sur les capacités de cette mauvaise tête. Il n’ignorait pas à quel labeur intellectuel s’était astreint M. Vianney depuis son arrivée dans la paroisse d’Ars: la composition de ses sermons ne lui avait-elle pas coûté de longues veilles? Quand se fut établi le courant du pèlerinage, ne l’avait-on pas vu, pendant la saison d’hiver où il ne restait au confessionnal qu’une dizaine d’heures par jour – au lieu des seize ou dix-huit heures de l’été – lire et relire des livres comme les Examens de Valentin et la Théologie morale de Gousset? Ainsi le saint Curé trouvait le moyen, malgré un ministère très fatigant, de se perfectionner dans la science de son état.

A vrai dire, c’était là, avec quelques entretiens d’amis ou une visite à sa Providence, son unique délassement, son grand repos au temps du pèlerinage. Auparavant, il se récréait soit en passant une matinée entière au pied de l’autel, soit en parcourant la campagne, le bréviaire ou le chapelet en main. Mais, à partir de 1828, les promenades dans les champs tout comme les visites prolongées au Saint-Sacrement lui devinrent absolument impossibles: le soin des âmes fut pour ainsi dire dès lors son unique office.

Il n’aurait eu à sacrifier au bénéfice des âmes que de modestes promenades, la peine pour lui, semble-t-il, n’eût pas été bien grande; en tout cas, il n’en eût pas ressenti un trop cuisant regret. Mais ses méditations au pied du tabernacle!... Comment y renoncer sans une immense douleur? Aussi ne soyons pas étonnés d’entendre le Curé d’Ars se lamenter de ne plus pouvoir faire oraison tout son content. .

D’après ses propres confidences, il en avait pris l’habitude de bonne heure. Vers la fin de sa vie, débordé, écrasé de plus en plus par le travail du confessionnal, saint Jean-Marie Vianney aimait à évoquer ses années d’adolescence, ce pur matin où Dieu l’avait conquis pour toujours.

«Que j’étais heureux, soupirait-il, lorsque je n’avais à conduire que mes trois brebis et mon âne!... Dans ce temps-là, je pouvais prier tout à mon aise: je n’avais pas la tête cassée comme à présent...

«Si maintenant que je cultive les âmes, j’avais le temps de penser à la mienne, de prier et de méditer comme quand je cultivais les terres de mon père, que je serais content! Il y avait au moins quelque relâche dans ce temps-là; on se reposait après le dîner avant de se remettre à l’ouvrage. Je m’étendais par terre comme les autres; je faisais semblant de dormir, et je priais Dieu de tout mon cœur. Oh! c’était le beau temps!»

On voit ici la pensée du Curé d’Ars. Il regrette l’époque où il goûtait les douceurs de la méditation. Sans l’avouer directement, il voudrait revivre de quelque manière cette phase heureuse de sa vie. Pour certains auditeurs cela n’était pas un mystère: si le saint rêvait de finir ses jours dans une Trappe, n’était-ce pas surtout afin d’y vaquer à la prière?

Mais ce rêve ne s’est point réalisé. Et, en définitive, le Curé d’Ars n’en est mort ni de chagrin ni de désespoir. Quelque chose en lui subsistait, qui nous découvre la face la plus émouvante de son âme. Supposé que M. Vianney n’aurait eu de goût que pour la contemplation et la solitude, il serait devenu, forcé qu’il était de rester curé, le plus malheureux des hommes. Un contrepoids providentiel – son ardente charité pour les pécheurs – l’a sauvé du découragement. Puis, par une inspiration d’en haut, notre saint a trouvé le moyen d’unir dans sa vie, de la manière la plus simple et la plus parfaite, l’action à la contemplation.

Ainsi, même quand il dut se mêler d’affaires matérielles – restauration ou agrandissement de son église, fondation et construction de l’école et de l’ orphelinat – il n’encourut point le reproche adressé par saint Bernard à Eugène III dans son livre De la Considération. Il ne fit pas de ces occupations une «éviscération de l’âme»; il n’en subit pas une diminution de sa vie intérieure. De toute chose, au contraire, il tira la subsistance de cette vie intérieure dont le dépérissement l’eût navré.


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Son âme, par des ascensions continues, avait atteint les purs sommets de la vie unitive. Là, il n’est plus besoin de paroles pour dire l’amour; il suffit d’aimer, il suffit de penser que l’on aime.

Pendant ses courtes nuits, tandis qu’il fermait les yeux sans pouvoir dormir, énervé par l’écrasant labeur de la veille ou tourmenté par l’infernal gêneur, il élevait son cœur vers Dieu, heureux de se voir immolé pour sa gloire, éprouvé à la place des pécheurs... Minuit sonnait au clocher tout proche; le Curé d’Ars se relevait. Sa journée recommençait, vouée d’avance aux pénitents qui attendaient.

«Et le jour s’embrasait de l’ardeur de ses nuits», comme on l’a dit dans une phrase vibrante qui ferait un vers magnifique 1. Vers une heure du matin, sinon plus tôt, après avoir récité cinq pater et cinq ave avec les fidèles qui venaient d’entrer sur ses pas à l’église, l’abbé Vianney s’asseyait à son confessionnal. Et l’apostolat du saint reprenait son cours sublime et monotone.


Mais l’oraison étant l’âme de tout apostolat, ainsi que l’a prouvé Dom Chautard, abbé de Sept-Fonts, dans l’ouvrage qui porte précisément ce titre évocateur, comment le Curé d’Ars confesseur fera-t-il oraison pour demeurer toujours apôtre? Déjà, avant le pèlerinage, il s’était habitué à l’oraison de simplicité où l’on délaisse les livres, où l’on prie de cœur sans presque se servir de paroles. Une de ses pénitentes les plus assidues et les plus intelligentes, Mme Alix de Belvey, avait fait cette remarque du jour où elle avait pu observer le Curé d’Ars agenouillé près de l’autel, les yeux fixés sur le tabernacle ou modestement baissés. «Son oraison, dit-elle – et ce qu’elle dit là se rapporte aux dix premières années du pastorat de M. Vianney – son oraison était affective, plutôt que consacrée à des réflexions et à des raisonnements.» C’était, en définitive, la manière même, ou peu s’en faut, de ce bon vieux paysan d’Ars qui passait matin et soir un assez long temps à l’église et dont les lèvres ne remuaient jamais pour une prière vocale. Seulement ses yeux francs et candides semblaient rivés à l’agneau qui orne le tabernacle. «Eh! que faites-vous donc là? mon père Chaffangeon, lui avait demandé M. Vianney, étonné malgré tout de cette immobilité muette. – Oh! monsieur le Curé, j’avise le bon Dieu, et il m’avise

De la chapelle de saint Jean-Baptiste où il entendait les confessions, notre saint ne pouvait plus aviser le bon Dieu. Pouvait-il même penser à lui, attentif qu’il devait être aux aveux des pénitents? Mais, sans lui parler, ni même l’entrevoir autrement que par son action dans les âmes, il jouissait du voisinage du divin Ami. Il se disait: après tout, c’est uniquement pour lui que je travaille: je veux que chacune de mes paroles, le moindre de mes gestes, chaque battement de mon cœur soient autant d’actes d’amour. Et de cette manière, probablement sans le savoir, il pratiquait en perfection ce que le saint évêque de Genève appelait l’oraison vitale, l’union incessante avec Dieu parmi les tracas incessants de l’activité humaine.


N’est-ce pas là, à tout prendre, le fond même de la sainteté? Supprimons d’une existence toute action tant soit peu remarquable, tout rayonnement extérieur; si l’âme demeure unie à Dieu, elle est une âme sainte. Aussi l’oraison vitale pratiquée sans interruption est-elle considérée comme le privilège de peu d’âmes et, à ce haut degré, comme une sorte de don gratuit. Cependant elle n’est, d’ordinaire, que le résultat de longs efforts; puis, comme tout ce qui est vie ici-bas, elle peut s’épuiser et s’éteindre. L’âme unie à Dieu, c’est comme une lampe où brille une lumière vigilante; mais, si l’huile n’est pas renouvelée à temps, c’en sera fait de la douce flamme.

Des confidences du Curé d’Ars nous ont appris qu’il pratiqua de bonne heure la vie d’intimité avec son Dieu. N’a-t-il pas conté aux directrices de la Providence qu’il tirait parti autrefois de ses occupations mêmes pour s’entretenir dans les pieuses pensées? «Allons, disais-je en donnant mon coup de pioche dans le temps que je cultivais la vigne, il faut aussi cultiver ton âme; il faut en arracher la mauvaise herbe afin de l’apprêter pour la bonne semence.» Cela demandait déjà, de la part de notre jeune saint, une grande attention sur soi-même pour ne pas laisser son esprit s’égarer en des pensées purement terrestres et matérielles. Il travaillait souvent de compagnie avec son frère aîné ou le valet de la ferme. Or ceux-ci – sans jugement téméraire – devaient s’acquitter de leur tâche un peu mécaniquement, laissant à Jean-Marie ses recueillements mystiques: c’est que la terre était pour eux la terre, tandis qu’elle était pour Jean-Marie, plus attentif aux inspirations d’en haut, l’image de l’âme où la grâce fait tour à tour l’œuvre du défricheur, du laboureur, du semeur et du moissonneur.


Plus tard, le saint d’Ars profitera des circonstances extérieures pour se nourrir l’esprit de salutaires pensées et revenir sans cesse à Dieu.

Tantôt, en confessant, il gémit à l’aveu des moindres fautes. Que c’est dommage! a-t-il coutume de dire après chaque accusation. Et ce simple mot est sur ses lèvres un cri de foi et de douleur: Que c’est dommage d’offenser ainsi le bon Dieu!... Que c’est dommage de faire ce tort à votre âme!

Tantôt il parle au cœur du pénitent pour l’attendrir. «Encore si le bon Dieu n’était pas si bon, mais il est si bon!»

Tantôt, ne pouvant traduire par des paroles les sentiments d’amour de Dieu et de commisération envers le coupable qui agitent son cœur, le Curé d’Ars se contente de verser des larmes brûlantes.

Que de manières pour lui de se retremper dans le surnaturel!

Avant d’être tout à fait épuisé par le travail des confessions, saint Jean-Marie Vianney avait tâché, il est vrai, de pratiquer, au milieu même de ses occupations, l’oraison proprement dite. Il fit part de sa méthode à son sacristain, le Frère Jérôme, très occupé lui aussi, lui conseillant «de choisir le matin un sujet de méditation auquel il rapporterait toutes ses actions du jour 2». Mais pour son usage personnel M. Vianney dut abandonner ce genre d’oraison, si simple paraisse-t-il: c’eût été penser à trop de choses en même temps.


Vers la fin de sa vie, il avouait ne plus pouvoir pratiquer que l’oraison vitale – s’il ignora le mot, il connut admirablement la chose. L’abbé Dufour, alors jeune missionnaire de Pont-d’Ain, lui demandait un jour conseil sur la manière de faire oraison. Le saint Curé lui répondit: «Dès le commencement de la journée, je tâche de m’unir fortement à Notre-Seigneur, et j’agis ensuite avec la pensée de cette union.» «D’où je conclus, attestait M. Dufour au Procès de canonisation, que la vie de M. Vianney était une oraison continuelle.»

De part et d’autre on ne pouvait mieux dire. Une vie qui est une «oraison continuelle», c’est la suprême montée de la voie unitive. Tout un jour passé dans une union forte, imbrisable, avec Notre-Seigneur, c’est la journée même des élus et des anges, autant du moins qu’une âme la peut vivre en la vallée des larmes.


La physionomie du Curé d’Ars reflétait quelque chose de cette intense vie intérieure. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner le portrait le moins imparfait que l’on ait pu avoir de lui – ce portrait dit authentique que l’abbé Toccanier fit exécuter d’après le buste en cire, œuvre de Cabuchet. Quelle douceur paisible en ces grands yeux, dans le sourire de ces lèvres fines, sur ce front large et clair où rayonne une pensée haute et pure. Au contact du divin l’humain s’idéalise. Cela explique le saisissement de vénération qu’éprouvaient la plupart des pèlerins en présence de saint Jean-Marie Vianney.


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On conçoit que, déjà si « fortement uni à Notre-Seigneur» pendant les longues heures où il se tenait au confessionnal, le Curé d’Ars ait joui plus pleinement encore de cette ineffable union dans les instants trop rapides qu’il consacrait à la prière.

Heureux ceux qui le virent célébrer la messe! Certaines personnes que des doutes tourmentaient acquirent, à ce spectacle, la certitude de la Présence réelle. En vérité, pour le serviteur de Dieu l’Autel était bien le Calvaire et il s’y tenait comme un autre Jean au pied de la croix. «Aux moments les plus saints, a dit Mme Christine de Cibeins, M. Vianney s’arrêtait comme dans une contemplation d’amour.» Et voici là-dessus d’autres témoignages: «J’étais frappé, a conté l’un de ses anciens enfants de chœur, de voir qu’après la consécration, élevant les yeux et les mains (selon le rite lyonnais), M. le Curé demeurait jusqu’à cinq minutes dans une sorte d’extase. Nous nous disions, mes camarades et moi, qu’il voyait le bon Dieu.»

«Avant la communion, atteste Jean-Baptiste Mandy, fils de l’ancien maire, M. le Curé s’arrêtait encore un instant, semblait converser avec Notre-Seigneur, puis il consommait les saintes espèces.»

Si l’on en croit l’abbé Toccanier, «l’opinion générale à Ars était qu’il jouissait de la présence visible du Sauveur dans l’Eucharistie». Retenons enfin cet aveu indirect qui échappa au saint Curé dans l’un de ses catéchismes: «Il y a des prêtres qui voient tous les jours le bon Dieu au saint sacrifice de la messe.»

Le cœur à cœur avec le Maître se continuait, ininterrompu, dans une ardente action de grâces. Pendant que M. Vianney célébrait, l’église, le sanctuaire même étaient envahis par une foule avide de le contempler. La messe finie, un va-et-vient s’établissait aux abords mêmes du saint autel, les uns voulant revoir plus longuement le Curé d’Ars, les autres, de nouveaux arrivants, essayant de parvenir jusqu’à lui. Et ceux qui avaient déjà vu disaient leur admiration à ceux qui survenaient. On se communiquait ses impressions à deux pas du saint agenouillé sur les degrés du chœur. Lui, immobile, l’âme fermée aux rumeurs d’ici-bas, il avisait Dieu de son regard intérieur, et il ne voyait plus les créatures.


L’audience reprenait deux heures plus tard, quand, après avoir entendu les hommes en confession dans sa petite sacristie, il se mettait à genoux sur le rude pavage pour réciter la partie matinale du bréviaire. D’ordinaire il y avait là un témoin de cette récitation, un pénitent qu’il priait d’attendre un peu en se préparant encore. Un avocat de Lyon, ami du Père Lacordaire, eut ainsi l’occasion d’assister aux «petites heures» du saint Curé, et voici le souvenir qu’il en a gardé:

«Sa bouche, a-t-il écrit, semblait savourer ce que son esprit saisissait; ses yeux étaient illuminés et brillants. On eût dit qu’il respirait un air plus pur que celui de la terre et que, débarrassé des bruits du monde. il n’entendait plus d’autres paroles que celles de l’Esprit-Saint.»

Il s’arrêtait parfois dans sa récitation pour goûter plus pleinement quelque verset de psaume. Il y en a de si beaux, de si suggestifs et qui semblent, tellement ils sont bien adaptés à notre présent état d’âme, avoir été chantés exprès pour nous par le Roi-Prophète! Les accents de David célébrant la mansuétude divine à l’égard du pécheur. ou le bonheur de servir le Roi des rois, ou la paix du juste, trouvaient dans l’âme du Curé d’Ars un écho vibrant. Notre saint se reposait délicieusement l’esprit en cette lecture qu’il faisait sans hâte, comme il faisait toutes ses prières. «Quel bonheur, disait-il, de pouvoir ainsi se délasser un peu!» Trois ou quatre fois le jour, il jouissait de ces douces haltes au milieu de son terrible labeur.

A plusieurs reprises, il invita des confrères à partager ce «délassement» tout spirituel. L’âme sans doute y trouvait son compte, mais le pauvre Adam, lui, aurait eu sujet de se plaindre. C’est ce qui arriva, en particulier, à un jeune sous-diacre de la contrée que M. Vianney, après l’avoir confessé, pria d’alterner avec lui les psaumes et leçons de matines.

L’abbé Denis – c’était son nom – ressentit une grande joie de la pieuse invite, mais quand il eut tâté, pendant un quart d’heure, des carreaux de la sacristie, il commença de les trouver bien durs; d’un genou sur l’autre, il put tenir une demi-heure encore... Quand à M. Vianney, montrant en sa personne qu’une âme héroïque est vraiment «maîtresse du corps qu’elle anime», il ne parut pas s’apercevoir de la fatigue du séminariste, pas plus qu’il ne songea à sa propre fatigue; tellement il s’était perdu dans la joie de louer son Dieu.

«La fonction des bienheureux dans le ciel, disait-il dans un sermon – celui du XIIe dimanche après la Pentecôte – est de n’être occupés qu’à bénir le bon Dieu dans toutes ses perfections; ce que nous devons faire tout de même pendant que nous sommes sur la terre; les saints en triomphant et en jouissant, et nous en combattant.»


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Les saints, les «bons saints», comme il se plaisait à les appeler, l’aidaient encore à penser à Dieu. Il avait peuplé son église, sa chambre, de leur statues ou de leurs images. La nuit, quand il ne dormait pas, il laissait allumée sa chandelle, et de son lit «il avait du plaisir à les regarder».

D’ailleurs, chaque soir, avant de se coucher, il rouvrait sa grosse Vie des saints – les deux in-folio sont toujours là, sous la reliure fauve tant de fois touchée par les mains vénérables. – Il parcourait la biographie du saint dont c’était le lendemain la fête liturgique. Et d’ordinaire, à son catéchisme de onze heures, le Curé d’Ars évoquait un détail de cette biographie, quelque trait édifiant qui l’avait particulièrement frappé.

Des exemples des saints il faisait non seulement l’un de ses sujets favoris de prédication, mais la moëlle même de sa vie. Près d’eux, cet insatiable de l’amour divin apprenait à mieux aimer Dieu. «Toujours plus haut!» lui criaient sans cesse ces intrépides découvreurs des sommets de l’amour.

En son humilité, le Curé d’Ars prenait même parfois leurs exhortations pour des reproches. «Je suis dans la compagnie des saints, expliquait-il un jour à la comtesse des Garets. La nuit, quand je me réveille, il me semble qu’ils me regardent eux aussi et qu’ils me disent: eh quoi, paresseux, tu dors, et nous, nous passions le temps à veiller et à prier Dieu!...»


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C’est bien à suivre de semblables modèles que le grand saint d’Ars en arriva à ces héroïques excès, à ces exploits inimitables de pénitence et d’austérité qui firent de son existence quelque chose de plus céleste que terrestre. Pourtant son exemple, à lui aussi, demeure. En quoi donc nous sera-t-il profitable?

En ceci: il nous donne la clef de la vraie vie intérieure. Par une pente naturelle de son âme, saint Jean-Marie Vianney tend à Dieu; il va à Dieu sans contention comme sans mièvrerie. Deux personnes d’éducation et de situation bien différentes ont caractérisé judicieusement la piété de notre saint. «Chez lui point de oh, point de ah», disait Marthe Miard, une humble marchande qui habitait près de l’église d’Ars. «Point de poses affectées, point de soupirs ni d’élancements», remarquait de son côté la baronne de Belvey, qui vint à Ars chaque année de 1830 à 1859.

C’est qu’il n’est pas nécessaire, pour jouir d’une présence aimée, de signaler qu’on y trouve jouissance. Un enfant, même s’il garde le silence, se plaît à travailler près de sa mère. Ainsi en fut-il du Curé d’Ars parmi ses épuisants labeurs. Ainsi en est-il de toute âme chrétienne qui, retenue par son emploi, sa profession, ses devoirs de famille ou de société, élève de temps en temps vers Dieu le regard de son cœur...

Du reste «faire ce que doit», n’est-ce pas la meilleure façon de plaire à Dieu, et donc de lui prouver qu’on l’aime? Accomplir notre devoir parce qu’il est pour nous l’expression actuelle et concrète des divins vouloirs, c’est demeurer en la présence de Dieu, c’est être uni à Dieu, pourvu que l’âme soit vigilante et s’applique à faire toutes choses par amour et dans une adhésion habituelle au bon plaisir divin ainsi manifesté dans les moindres occasions. Sans doute cette union tant désirable s’opère-t-elle alors par un autre moyen que la prière et la méditation. Mais qu’importe, si l’union est obtenue!... L’adage bien connu: travailler, c’est prier, se réalise ainsi dans sa plénitude.


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L’entendant de la sorte, le très judicieux Curé d’Ars, s’il demandait que la piété ne fût pas sacrifiée au travail, exigeait aussi que le travail, devoir d’état, ne fût point délaissé sous prétexte de dévotion. «M. le Curé, atteste Catherine Lassagne, ne voulait pas qu’une mère de famille négligeât le soin de sa maison, pour venir à l’église lorsqu’elle n’y était pas obligée.»

Une plume anonyme a recueilli ces paroles que le saint prononça dans l’un de ses catéchismes: «On entend mal la religion. Tenez, mes enfants, voici, par exemple, une personne qui devra aller à sa journée. Elle a la pensée de faire de grandes pénitences, de passer la moitié de la nuit en prière; si elle est instruite, elle se dira: “Non, il ne faut pas faire cela parce que je ne pourrai pas remplir mon devoir demain: j’aurai sommeil, et la moindre chose m’impatientera; je serai ennuyée toute la journée; je ne ferai pas moitié tant d’ouvrage que si j’avais reposé la nuit”... »

En somme, ce que M. Vianney veut ici, c’est que, sous prétexte de rechercher Dieu, on ne se recherche point soi-même: avoir une dévotion, et partant une vie intérieure, mal entendue et piètrement organisée, qu’est-ce autre chose que d’opposer pour ainsi dire Dieu au devoir: le prier par exemple dans la paix d’une église à l’heure où l’on devrait travailler au dehors?... C’est pourquoi le saint d’Ars disait encore: «Une personne instruite a toujours deux guides: le conseil et l’obéissance.»


A moins qu’il n’y vît une grâce particulière accordée à quelques âmes privilégiées, il n’aimait pas non plus qu’on introduisît dans la vie spirituelle certaines nouveautés dont l’Église n’a pas le contrôle. Les dévotions traditionnelles, les exercices de piété consacrés par le temps et l’expérience des saints, voilà ce qu’il conseillait d’abord. Avant tout, il recommandait la prière liturgique.

Quant aux dévotions privées, il ne défendait pas – au contraire – que l’on suivît son attrait personnel. Lui-même n’adressait-il pas un culte très fervent à cette vierge martyre de l’âge apostolique de laquelle il affirmait recevoir une aide si constante et qu’il appelait avec une touchante affection sa chère petite sainte? La dévotion à sainte Philomène n’a pas eu de plus zélé propagateur que notre Curé d’Ars.

En résumé, tout en vouant au salut des âmes tous ses instants et toutes ses forces, saint Jean-Marie Vianney ne cessa de travailler pour Dieu et de lui rester uni. Sa grande croix cependant, ce fut de songer, sans y pouvoir vivre jamais, à une solitude où son occupation eût été de prier et de prier encore. Mais, comme l’événement l’a démontré, sa vocation vraie était de mêler, dans la mesure où des circonstances providentielles l’y obligèrent, la vie de l’apôtre à la vie de l’ascète et du contemplatif.



FRANCIS TROCHU

1 Mgr H. CONVERT, Le saint Curé d’Ars et les dons du Saint-Esprit, Lyon, Vitte, p. 403.

2 Ces lignes étaient écrites quand a paru, en réimpression, un livre de M. le chanoine Louis Alloing, directeur de la Semaine Religieuse de Belley, qui correspond bien à l’idée qu’on peut se faire d’une oraison à l’usage des gens très occupés. Le livre est intitulé: Petites méditations suivant la méthode de l’Union à Dieu (250 pages, Tours, Mame). Voici en quels termes la Semaine Religieuse (n° du 21 avril 1927, sous la signature L. J.), présente au public l’ouvrage de son directeur:

«Le plus grand nombre des livres de méditations sont plutôt des livres de lecture spirituelle.

L’idéal pour les gens du monde et même pour les prêtres en notre temps de vie fiévreuse serait quelques pensées exprimées clairement, brièvement et cependant avec onction.

La librairie Marne vient d’éditer un petit livre qui semble répondre à cet idéal... Laissons l’auteur, M. le chanoine Alloing, présenter lui-même son livre, en citant quelques passages de son avant-propos:

A toutes les âmes avides de perfection, éprises d’amour de Dieu, mais jetées par les nécessités de la vie dans les occupations extérieures, je dédie ces pages. Elles leur apprendront à sanctifier leurs actions ordinaires et à transformer leur vie tout entière en un exercice de piété.

Ces méditations sont à la fois courtes et pratiques.

Courtes. Elles ne prendront guère que cinq minutes après la prière du matin et seront suffisantes cependant pour orienter le cœur vers Dieu, le reste de la journée. C’est là, en effet, le point important dans la vie spirituelle. Notre vie doit être toute d’union avec Dieu, à qui il faut offrir par amour nos prières, nos actions et nos souffrances. Elle devient ainsi une oraison continuelle.

Pratiques. Tout y est dirigé vers cet unique but: l’union à Dieu durant la journée...»

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 09:54
medium_1960_camus_match_1IMG_2423-copie-1.jpgCinquante ans après sa disparition, tous les médias célèbrent Albert Camus, avec un temps fort : la diffusion, mercredi 6 janvier sur France 2, du « Camus » réalisé par Laurent Jaoui

Dès l’ouverture, l’émotion s’impose. L’enfant de la pauvreté apparaît dans l’éclat du soleil algérien. La plage, le quartier de Belcourt, l’instituteur, la mère silencieuse, la grand-mère autoritaire… Les lecteurs du Premier Homme (1) tressaillent. Ils sentent que le réalisateur, Laurent Jaoui, leur fait une promesse : prolonger à l’écran ce livre que l’on ne ferme jamais.

La gratitude se prolonge en découvrant l’interprétation de Stéphane Freiss. Juste, sans scories et sans artifices (ou presque), à la hauteur de son sujet : habité, profond et déchiré.

Choisissant d’évoquer sous forme de flash-back les dix dernières années de Camus, le film est construit autour du dernier réveillon de l’écrivain à Lourmarin. Il y reçoit en compagnie de son épouse Francine (Anouk Grinberg, la fragile beauté d’un cristal brisé), Michel et Janine Gallimard, amis, complices et confidents.

Un dîner qui se vit comme une dernière cène avant la fin tragique. Qualité du texte et de la restitution d’une époque, le film est à bien des égards une vraie réussite.

L’impératif sentimental

Néanmoins, malgré l’originalité de la proposition et la qualité de l’interprétation, il n’est pas au-dessus de toute critique. Inspiré sur le fond par Olivier Todd, l’un des biographes de l’écrivain, Laurent Jaoui tombe dans l’un des travers de la fiction française : l’impératif sentimental.

Le contexte intellectuel, littéraire, historique des années cinquante n’est pas oublié, bien entendu. Tous les passages obligés et attendus sont au rendez-vous : la querelle de L’Homme révolté et la séparation d’avec Sartre, la guerre d’Algérie, le prix Nobel de littérature… Le tout ponctué des phrases célèbres de l’auteur, comme la fameuse « entre ma mère et la justice, je préférerai toujours ma mère ».

De même, la place du théâtre et de la danse dans la vie de Camus est mise en évidence. Et enfin, évidemment, son goût pour les femmes (La Chute est éloquente sur le sujet (2)). L’écrivain n’a pas été, sur ce point, ce que l’on appellerait un homme fidèle. Mais plus on progresse dans le film et plus le propos se concentre sur cette dimension intime de l’écrivain.

Ses dix dernières années s’éclairent peu à peu à la lumière de ses tourments domestiques et de ses passions dévorantes, celles d’un homme de 40 ans qui se prépare à rompre définitivement avec sa femme. Un Camus, en quelque sorte, malade d’une crise de milieu de vie, inscrivant son nom dans la longue liste de ceux qui délaissent le foyer pour une « jeunette ».

Le dernier repas

C’est toute la tension dramatique du dernier repas. Un point de vue qui, pour les besoins de la cause, invente même une scène d’adieu entre les deux époux : dans le train qui les conduit à Paris, Francine l’autorise à la quitter. Camus rejoint alors la voiture des Gallimard. Une embardée tragique met un point final à cette nouvelle aube.

Ce qui ainsi s’annonçait comme une très belle évocation d’une figure majeure de la vie intellectuelle des années d’après-guerre verse peu à peu dans un sentimentalisme bien peu camusien (3). À la relecture du film, les scènes « sérieuses » (Sartre, l’Algérie…) apparaissent comme la justification (le décor ?) d’un téléfilm sentimental.

Du Camus journaliste, résistant, auteur prolifique d’une œuvre éclectique, le téléspectateur ne saura rien ou presque. À l’heure où triomphe l’information people, il ne sera pas dépaysé. Philip Roth, dans son saisissant dernier roman, Exit le fantôme (4), mettait en garde contre les biographes qui font de l’intime (la faute, le secret, l’infidélité) la clé de toute une œuvre. Camus, après bien d’autres, est la nouvelle victime de cette dérive contemporaine.

Laurent LARCHER

(1) Dernier livre sur lequel Camus travaillait lorsqu’il est mort en 1960. Roman autobiographique inachevé, il a été publié en 1995 chez Gallimard.
(2) La Chute, folio, 2008, pp. 61-73.
(3) Lire l’article « Femme » de Séverine Gaspari dans le Dictionnaire Albert Camus, sous la direction de Jean-Yves Guérin, Bouquins, 2009, p. 321-324.
(4) Exit le fantôme, Philip Roth, Gallimard, 2009.

Source : La Croix
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 09:23









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Un italiophone saurait-il nous guider pour nous indiquer comment passer commande ?

XA
_ via www.orbiscatholicus.org/
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 09:22



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