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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 12:27
LE FIGARO:
Le discours du pape aux évêques a été parfois présenté comme un rappel à l'ordre. Y a-t-il des nuances, des différences ou des désaccords entre le Saint-Siège et l'épiscopat français ?


Mgr Vingt-Trois :
Cela supposerait, pour qu'il y ait divergence ou antagonisme, que la mission de l'évêque de Rome soit d'être l'évêque des diocèses de France. Or ce n'est pas sa mission ni son intention. Nous sommes une Eglise dont il est le garant, le premier parmi les évêques, celui qui doit fortifier ses frères dans la foi. Benoît XVI ne s'implique pas dans la gestion des diocèses. Il donne des objectifs, des orientations, il exprime des convictions, et puis il nous confie la mission de les mettre en oeuvre. Quant à cette mise en euvre, il n'a jamais exprimé de critique publique, et à ma connaissance, pas non plus de critique privée. Le pape n'est pas le patron d'une multinationale qui vient visiter une succursale et qui aligne tout le monde sur la ligne de l'entreprise.

Pendant le voyage, j'ai eu l'occasion de participer à deux déjeuners avec lui, l'un, à Paris, avec les évêques d'Ile-de-France, l'autre, à Lourdes, avec ceux de la province de Toulouse. Ils nous a écoutés avec intérêt, et encouragés avec beaucoup de gentillesse. Son discours aux évêques ne visait pas à prendre ses distances vis-à-vis de la conférence épiscopale : sur beaucoup de sujets, il affirme ce que nous avons dit nous-mêmes. Par exemple, sur la question de la catéchèse, le pape renvoie aux documents de référence que sont le Catéchisme de l'Eglise catholique et le Catéchisme des évêques de France : il n'est donc pas en désaccord avec nous. Et quand il assure que, en matière de transmission de la foi, le plus important n'est pas la méthode, mais le contenu, notre perspective est identique : l'an dernier, à Lourdes, nous avons réuni plus de 7 000 responsables de la catéchèse, précisément sur la question du contenu.

S'ensuit sur le Forum Catholique une discussion à lire ici..
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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 08:11

Le directeur de La Nef Christophe Geffroy, ardent défenseur de la liturgie traditionnelle, vient de publier (aux éditions du Cerf, mais oui) un important ouvrage de trois cents pages, Benoît XVI et « la paix liturgique », qui fourmille de précieux renseignements historiques, d’idées intéressantes, de vues d’avenir. Il connaît la question à fond, ce qui est très rare. Toutefois il trouve « détestable » (p. 279) le cas de l’Institut du Bon Pasteur (IBP), et cela appelle examen.

L’IBP, fondé en 2006 par les abbés Philippe Laguérie, Guillaume de Tanoüarn et Christophe Héry, a été érigé canoniquement par le Saint-Siège, le 8 septembre de la même année, comme société de vie apostolique de droit pontifical bénéficiant de « l’usage exclusif de la liturgie grégorienne » pour la messe et pour tous les sacrements. Cet usage exclusif « crée une ambiguïté détestable » aux yeux de Christophe Geffroy, ce ne peut être selon lui qu’une « exception » qui « ne pourrait avoir qu’un temps », car il lui semble que les prêtres qui ont retrouvé (ou conservé) l’usage de la liturgie tridentine « ne devraient pas avoir peur de l’autre forme [du rite romain], y compris en la célébrant s’il y a nécessité », par exemple « pour répondre au besoin de paroisses vides de prêtres depuis trop longtemps ».

Et puis, argument d’autorité, « Benoît XVI a explicitement demandé que les prêtres célébrant avec l’ancien missel ne refusent pas de célébrer avec le nouveau », cela étant, on le suppose, écrit par Christophe Geffroy (p. 282) au courant de la plume : en effet le Pape, qui sait fort bien ce qu’il écrit, a écrit en réalité qu’il ne faut pas exclure « par principe » la célébration selon les nouveaux livres. Or ceux qui « excluent » le nouveau rite ne le font point « par principe ».

Refuser la messe montinienne par principe, ce serait la refuser comme invalide ou comme hérétique ; ce serait, pour reprendre une expression du P. Bonino cité par Christophe Geffroy, faire valoir contre elle des « raisons dogmatiques absolument dirimantes ». Ce n’est pas le cas. Les traditionalistes, et en particulier ceux de la FSSPX, reconnaissent volontiers à la messe de Paul VI, en principe, sa validité et sa non-hétérodoxie. Ils refusent de la célébrer pour des motifs circonstanciels qui n’en sont pas moins impérieux.

Pratiquement, la messe de Paul VI, pour le public, mais aussi pour les évêques, se reconnaît en effet au retournement de l’autel et du célébrant, à la suppression des agenouillements, à la communion dans la main, aux embrassades générales commandées par un : « Donnez-vous la paix. » (etc.) Aucune de ces fantaisies ne figure dans les « éditions typiques » de la nouvelle messe. Mais les évêques y tiennent tellement que, pour la plupart, ils y président depuis une quarantaine d’années, leur donnant presque l’autorité d’une coutume établie. Si bien que l’« ambiguïté détestable » réside en réalité dans ce que l’on désigne et ce qui se fait comme étant la messe de Paul VI. En sens inverse, d’ailleurs, Benoît XVI modifie ce qui se faisait sous ce nom, même à Rome ; il procède là, selon la jolie (et juste) expression de l’abbé de Cacqueray, à « une catéchèse en images et par l’exemple ».

Autre motif qui lui non plus n’est pas « dogmatique » mais circonstanciel (et néanmoins impérieux) : dans beaucoup de diocèses encore, le clergé séculier, évêque en tête, ou évêque consentant, utilise la messe de Paul VI comme arme par destination contre la libre célébration de la messe ancienne. C’est moins que jamais le moment d’apporter à cette agression l’apparence d’une caution traditionnelle.

L’auteur de ce Benoît XVI et « la paix liturgique » semble parfois aux prises avec la tentation d’accorder un égal honneur à l’une et l’autre messe. La montinienne, même bien arrangée et pomponnée, ne pourra effacer son insolent caractère originel de messe hâtivement « fabriquée » dans les quelques saisons d’une rupture révolutionnaire avec la messe transmise, confirmée, complétée siècle après siècle par la foi de l’Eglise. Il n’est pas exclu par principe qu’il y ait des dévotions et des liturgies modernes. La primauté d’honneur ne peut cependant pas être enlevée à la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le missel romain.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6678 de Présent, du Samedi 20 septembre 2008

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 00:00

C'est aujourd'hui !
Assorti d’un dossier de 10 pages, ce Tome 3 reprend les titres suivants: «Les Casse-Cou», «Le 8ème Pilote», «Le Retour de Steve Warson». Plus de détails ici.
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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 13:21
A lire sur le Forum Catholique, le commentaire de Luc Perrin à l'issue de la visite de Benoit XVI en France. En voici ci-dessous le rappel.
_______________________________________________________
La réaction de Mgr Vingt-Trois l'est à double titre : celle d'archevêque de Paris et celle surtout de président de la CEF. Le cardinal de Paris, jusqu'à présent, s'est toujours prévalu d'appliquer les directives du Saint-Père, il le fait, selon la ligne de son prédécesseur a minima en ce qui concerne la question liturgique et l'accueil des traditionalistes.
Il serait tout de même excessif de dire qu'il ne le fait pas : Mgr Vingt-Trois, jusqu'à présent, ne s'est pas aligné sur la position de Mgr Jordan à Reims ou pire sur celle de l'évêque émérite Mgr Noyer.

Mais il parle aussi, en déposant sa mître parisienne, avec son béret de président de la Conférence épiscopale. Or il a été élu, après 2 ans d'opposition ouverte entre la grande majorité des membres de la CEF à l'intention affichée de "libérer" l'usage du missel de 1962. Son Eminence a été comme un porte-parole, mesuré cependant relisez ses interventions, des opposants au projet de Motu proprio. Il suffit de comparer le cardinal de Bordeaux, Mgr Ricard, et le cardinal de Paris, pour comprendre que la CEF a délibérément élu un opposant plus actif au Motu proprio Summorum Pontificum. Un simple test : en février 2007, Mgr Ricard signait une convention avec l'IBP. Mgr Vingt-Trois s'y refuse toujours en septembre ... 2008 pour le Centre Saint-Paul. Mgr Ricard a 3 lieux de culte confiés à des instituts E.D., Mgr Vingt-Trois aucun.

Le "Ratisbonne dans l'avion" convenait parfaitement à la ligne majoritaire sur cette question qu'incarne M. de Paris : régime de 1984 restrictif, simple tolérance, appel à se fondre peu à peu dans une Forme ordinaire tout juste corrigée, non dans le texte ni dans la langue liturgique, mais par l'ars celebrandi, ce que les Américains appellent "smells and bells" (de l'encens et des sonneries).
Le Message aux évêques de Lourdes (14/9) renverse entièrement cette ligne : il s'agit, dans l'amour, d'être pleinement évêque au service de l'unité, de poser des actes tendant à l'unité - ô horresco referens envers le Satan incarné pour tant de catholiques français la FSSPX - et d'appliquer, sans politique sournoise de containment, dans l'amour une fois encore, Summorum Pontificum.
On comprend mieux l'acide commentaire du président de la CEF, qui expose le sentiment majoritaire d'une opposition constante aux orientations d'abord de Jean-Paul II et maintenant de Benoît XVI sur la question traditionaliste et plus largement sur la liturgie.
Rappel des faits :
- 2001 : le cardinal Eyt se réjouit bruyamment de l'arrêt des conversations avec Mgr Fellay
- 2004 : Mgr Le Gall déclare que l'Instruction Redemptionis sacramentum ne concerne pas la France
- 2006 : 2 communiqués de provinces ecclésiastiques appellent le pape à renoncer à élargir Ecclesia Dei adflicta ; plusieurs évêques individuellement dénoncent, parfois en termes très durs, cette intention du Saint-Père : des évêques qui appartiennent pourtant à des écoles de pensée distinctes ainsi de Mgr Dagens d'un côté, de Mgr Lacrampe de l'autre.

Le commentaire du cardinal Vingt-Trois exprime donc plutôt le sentiment de la majorité des évêques de France, plus radicalement négatif que le sien propre en tant qu'Ordinaire de Paris.
Des observateurs, pas du tout traditionalistes, comme le P. de Charentenay sj et Gérard Leclerc, rappelaient la profonde empreinte du gallicanisme dans l'histoire de l'épiscopat français, ce vilain gallicanisme, hydre aux mille têtes, sans cesse renaissante comme un méchant phénix de ses cendres ; dans les années 1970, H. Urs von Balthasar avait dénoncé le "complexe anti-romain". La tentation de majorer la place des Église particulières par rapport au "centre romain", au Siège apostolique, a été relancée par Vatican II : en effet, c'est cela que visait Mgr Lefebvre dans sa critique de la collégialité, une collégialité dévoyée de son but, plus que la collégialité en elle-même. En 1975, Evangelii Nuntiandi fait justice de cette dérive ecclésiologique et Jean-Paul II n'a eu de cesse que de retisser des liens entre Rome et les différentes Eglises particulières.
Rappelons encore que Sacrosanctum concilium confère des droits majorés aux Eglises nationales en matière de liturgie et que ce fut interprété, par beaucoup de théologiens, comme un signal pour une large autonomie des Églises locales et un abaissement drastique du Siège romain. Tout se tient : une mauvaise lecture des dispositions liturgiques et une mauvaise ecclésiologie. En ce sens, la critique de la FSSPX est partiellement fondée : elle pèche, selon moi, par excès et omission des correctifs apportés mais il y a un peu de feu derrière cette fumée.
C'est bien à cause de cela que la bataille des traductions - mauvaises soutenues longtemps par les Eglises particulières, corrections exigées par Rome - a duré et dure encore. Ce n'est pas un détail. Beaucoup soutenaient que Vatican II avait doté les épiscopats d'une entière souveraineté en matière liturgique et que Rome tentait de la leur reprendre. La Rome de Paul VI avait largement capitulé en rase campagne, en effet, tandis que la Rome de Jean-Paul II s'est efforcé, souvent sans grand succès, de récupérer ses droits. La Rome de Benoît XVI poursuit cette orientation si nécessaire, sans précipitation ni coups de menton : l'ours de saint Corbinien se hâte lentement, mais il marche vers Rome.

Deux observations pour conclure ce trop long exposé ... (mea culpa ...) :
- le cardinal Vingt-Trois exprime aussi un fait incontestable de l'ecclésiologie commune : un évêque, successeur des Apôtres, n'est pas un préfet ou le chef des services de sécurité en Corse, au service du pape, le doigt sur le côté de la soutane. C'est effectivement du devoir des évêques de donner leur sentiment, de faire part de leurs critiques, de transmettre leur éventuels caveat quand ils le jugent nécessaires. Que chacun ici soit conséquent avec lui-elle-même : nous formulons nos critiques - canon 212 -, les évêques ont un droit en la matière supérieur au nôtre. Toujours dans l'histoire de l'Eglise, les évêques se sont exprimés et beaucoup sans aucune "subordination servile". Le Cardinal revendique ici une évidence.
Mais comme en 1953 où une délégation s'était rendue à Rome pour faire fléchir Pie XII, avec un demi-succès d'ailleurs, les évêques appliquent les grandes directives du pape quand celui-ci a rendu son arbitrage. Dans l'affaire des P.O, les évêques avaient appliqué avec souplesse parfois les directives de Pie XII. Quand la souplesse va jusqu'à la négation, là bien sûr on sort de la "communion" que rappelle le Cardinal de Paris. En Allemagne, un évêque qui rejetait les directives du pape sur les questions éthiques a fini, après des années de rébellion, par démissionner. [M. Deneken a écrit un article où l'opposition des évêques allemands à Jean-Paul II, à commencer par leur ex-président le cardinal Lehmann, est exposée en détail, spécialement sur les choix éthiques : les évêques ont fini par obéir au pape]. Dans les cas les plus graves, le pape translate l'évêque voire le prive de tout siège, même in partibus, comme sous Pie X ou plus récemment le cas Mgr Gaillot. L'excommunication, comme on sait, frappe d'autres cas extrêmes.

- il convient de parcourir tout le Message aux évêques : le texte prend un contrepied net sur la question des prêtres et des paroisses par rapport à la pastorale des zones confiées à des laïcs (cf. le laboratoire poitevin). Le renvoi au saint curé d'Ars n'a pas dû être beaucoup goûté chez les théoriciens d'une désacerdotalisation du "ministère ordonné" et les discrets partisans de "l'ordination" des femmes. La bonne méthode rappelée en matière d'oecuménisme et de dialogue interreligieux n'a pas non plus dû plaire aux tenants d'initiatives qui manquent de prudence et des thèses bien répandues chez nous du nécessaire "pluralisme" de la Vérité et d'une sorte d'égalité de toutes les religions. Qu'on se souvienne qu'il y a peu un évêque français faisait repentance pour l'évangélisation de son diocèse auprès des non-chrétiens et des non-catholiques ...

Les images, comme disait Paul Airiau, sont parlantes. La retransmission par KTO de la rencontre de "collaboration et de communion" entre nos évêques et le Chef du Collège des évêques catholiques était pleine de leçons : les paupières du cardinal-président s'ouvrant net au moment du § sur la liturgie, des visages fermés dans la salle, quelques évêques prenant des notes frénétiquement, d'autres le dos contre le siège comme mettant physiquement une distance accrue avec le Saint-Père (cet évêque était un des rares en "pékin" et cravate), l'âge moyen des auditeurs ...
Il est vrai aussi comme le disait Paul que le "Ratisbonne dans l'avion" exprimait visuellement de la bienveillance, un désir d'atténuer les conflits ... alors que les mots rendaient un tout autre son, dissonant, une fois lus sur une feuille.
Au total, une grande visite papale en France !
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Published by XA - dans Benoit XVI
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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 12:39

L’espace de vingt-quatre heures, la vie parisienne a changé de visage. On attendait – il semble que même les évêques attendaient – une mobilisation discrète, un succès d’estime, une attention au mieux curieuse pour ce pape intellectuel que les Français ne connaissaient pas encore. Ce fut un déferlement. Un enthousiasme débordant. La joie sur les visages et la reconnaissance dans les regards : Benoît XVI a parlé au cœur des innombrables jeunes et moins jeunes qui se sont pressés pour ne serait-ce que le voir passer ; il leur, il nous a parlé de la Foi, de l’Esprit, des racines chrétiennes de la France, du vrai sens de la liberté, de l’exacte dimension d’une vraie culture : la recherche de Dieu.

Et il commença très fort, avec cet humour fin et discret qui lui permet de retourner bien des situations, bien des difficultés. Lisez son discours à l’Elysée, où Sarkozy tint à le recevoir en compagnie de tout son gouvernement, tout en donnant des gages énormes, dans son discours, aux « autres religions », aux « traditions philosophiques » (comme si la religion catholique n’en avait pas !), et même, mais peut-être était-ce un lapsus, aux « frères musulmans ». Benoît XVI balaya tout ce relativisme sans en avoir l’air. Montrant que les racines chrétiennes de la France remontent aux tout premiers siècles, et que ce sont elles qui l’ont façonnée, il a donné une vraie réplique au discours présidentiel.

A sarkozy et aux évêques

A la « dignité de l’homme » célébrée par Sarkozy, il répondit « droits de l’homme » ; mais en affirmant ceci : « L’exercice de la présidence de l’Union européenne est l’occasion pour votre pays de témoigner de l’attachement de la France aux droits de l’homme et à leur promotion pour le bien de l’individu et de la société. Lorsque l’Européen verra et expérimentera personnellement que les droits inaliénables de la personne humaine, depuis sa conception jusqu‘à sa mort naturelle, ainsi que ceux relatifs à son éducation libre, à sa vie familiale, à son travail, sans oublier naturellement ses droits religieux, lorsque donc cet Européen saisira que ces droits, qui constituent un tout indissociable, sont promus et respectés, alors il comprendra pleinement la grandeur de la construction de l’Union et en deviendra un artisan actif. »

Respect de la vie, de la liberté de l’enseignement, du travail, de la famille ? Voilà des « droits de l’homme » comme on les connaît peu. Il n’y manquait que la patrie : « A cet égard, il est important de promouvoir une unité qui ne peut pas et ne veut pas être une uniformité, mais qui est capable de garantir le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne », affirma Benoît XVI qui le dimanche, à Lourdes, allait lancer semblable rappel devant les évêques français rassemblés : « Je suis convaincu (…) que les Nations ne doivent jamais accepter de voir disparaître ce qui fait leur identité propre. Dans une famille, les différents membres ont beau avoir le même père et la même mère, ils ne sont pas des individus indifférenciés, mais bien des personnes avec leur propre singularité. Il en va de même pour les pays, qui doivent veiller à préserver et à développer leur culture propre, sans jamais la laisser absorber par d’autres ou se noyer dans une terne uniformité. »

Ce fut un même vibrant appel à la redécouverte de racines vivifiantes, seules capables de donner et de conserver la vie de l’ensemble, que Benoît XVI lança lors de son grand discours sur la culture, au Collège des Bernardins. Le Logos, la Parole, la grammaire, la musique et le chant des moines tout tendus vers Dieu qui ont ainsi obtenu, crus-je entendre, ce surcroît promis à ceux qui se tournent sans retour vers Celui qui est. Le discours des Bernardins est une réponse au relativisme et à la fausse liberté qui, en refusant tout lien, n’est plus qu’« arbitraire » et tyrannie. Il est aussi une cinglante réplique – mais dite avec combien de douceur et de respect – à ceux qui s’appuient sur la lettre au lieu de chercher l’Esprit avec l’aide de la raison. Benoît XVI venait de rencontrer les représentants de l’islam. Il osa tranquillement dénoncer le « fanatisme fondamentaliste » qui menace ceux qui cherchent la « Parole de Dieu (…) dans la seule littéralité du texte ». Oui, le discours des Bernardins est la suite et le développement du discours de Ratisbonne ; un discours qui indique la complémentarité nécessaire du Ora et labora de saint Benoît comme la source de l’originalité européenne, fruit d’une « culture du travail » couplée avec la « culture de la parole ».

Les doux à Paris

Retransmis sur des écrans géants le long de la Seine, où une foule joyeuse patientait pour voir passer la papamobile, le discours ne fut peut-être pas saisi par tous. Dans l’étroite rue de Poissy que Benoît XVI devait emprunter pour descendre vers Notre-Dame, la situation vira même au cocasse. L’accès en était réservé aux Orphelins apprentis d’Auteuil, artisans de l’estrade où serait célébrée, le lendemain, la messe aux Invalides. Ils voulaient accueillir le passage du Pape avec toute la chaleur dont ils étaient capables. Benoît XVI venait de dire la beauté du chant des moines, de cette Liturgie qui est « une invitation à chanter avec les anges », qui a su trouver une musique digne de Dieu. A côté de moi, un jeune Noir sortit son tam-tam. Les animateurs de toutes ethnies l’entourèrent. Au rythme africain s’ajouta la répétition lancinante de mélodies primitives ; la papamobile s’approcha au son strident des you-yous. Contraste saisissant !

Mais plus tard, au soleil couchant doré de septembre, sur les quais offerts pour un soir aux catholiques, il y eut d’autres scènes, bien plus étonnantes. Des groupes de centaines de personnes restaient au pied des grands écrans pour suivre, recueillis et sereins, le chant des vêpres présidées par le Pape à Notre-Dame. Et ainsi retentirent des psaumes, et le Magnificat, et le Te Deum. Ce vendredi soir, les cloches de Saint-Nicolas-du-Chardonnet tout proche avaient sonné à toute volée pour accueillir le Saint-Père. Et une nouvelle fois (comme l’écrivait Alain Sanders lors des JMJ de 1997), « les doux avaient envahi Paris ».

Vous dirai-je la foule qui se pressait à Saint-François-Xavier, dans le 7e arrondissement, ce soir-là ? Le bâtiment, considérable, se révéla trop exigu pour accueillir ceux qui voulaient veiller « dans la Tradition » en attendant le rendez-vous des Invalides. Ils étaient, dit-on, 2 000. Sans compter les responsables des différentes communautés traditionnelles qui, de Dom Louis-Marie du Barroux au Père Alain de Riaumont, en passant par le supérieur de la Fraternité Saint-Pierre ou les nombreux prêtres de l’Institut du Christ-Roi, vinrent guider les prières. Et les chants : avec un « Parle, commande, règne » qui fit vibrer toute l’église…

Lever de bonne heure pour la messe du samedi matin. Le service de presse mis en place par les évêques de France avait rassuré les journalistes : l’accès à l’Esplanade des Invalides serait libre pour tous, la circulation facilitée pour permettre à ceux qui circuleraient là par hasard d’assister à un bout de cérémonie… En fait, dès 8 heures, tous les accès de la place étaient déjà interdits. Une marée humaine en occupait les moindres recoins : aux 60 000 jeunes qui s’y étaient rassemblés dès la veille après avoir processionné depuis Notre-Dame, s’ajoutaient bien quelque 250 000 personnes de tous âges venues démentir l’idée selon laquelle Benoît XVI, mal connu et peu charismatique, n’allait pas remuer les foules.

Une foule : mais pas au sens psychologique du mot. Une telle qualité de recueillement dans un tel rassemblement, je n’en avais jamais vu. Un tel silence pendant la longue et magnifique homélie du Saint-Père, c’était aussi inattendu qu’impressionnant. Des hommes et des femmes à genoux sur le bitume de la place pendant la consécration : étais-je vraiment dans le carré des élus invités à la cérémonie, où mon badge de journaliste m’avait fait atterrir ? Des jeunes volontaires à genoux pour communier le long des barrières : l’exemple du Saint-Père distribuant le Saint Corps du Christ sur les lèvres aux fidèles agenouillés sur un prie-Dieu avait-il déjà et heureusement déteint ? Ils avaient entendu l’appel du Pape, pendant son homélie, à mieux vénérer le Saint-Sacrement : « Ne négligeons rien pour lui manifester notre respect et notre amour ! Donnons-lui les plus grandes marques d’honneur ! »

Est-ce la jeunesse qui change ? Comme ces jeunes prêtres d’une génération nouvelle, grâce à qui pas moins d’un cinquième des prêtres passés par la sacristie mise en place dans les Invalides portaient soutane.

Et comment dire toute la profondeur des paroles du Pape que la magie d’Internet met aujourd’hui à la portée de chacun. A l’heure d’écrire, en ce petit matin du lundi, ce sont déjà 30 grande pages de texte serré et dense qui s’entassent devant moi, sur tous les sujets brûlants de ce temps. Quel cadeau à la France, Très Saint-Père, quel trésor à relire déjà, pour fortifier la Foi, l’Espérance, et la Charité !

JEANNE SMITS

  Article extrait du n° 6674 de Présent du Mardi 16 septembre 2008

 

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 10:22

Au cours de l’interview où il déclare « parler en tant que président de la Conférence des évêques » (c’est donc une déclaration officielle), interrogé sur Benoît XVI et le motu proprio du 07.07.07 « qui n’a pas été digéré en France », le cardinal Vingt-Trois a notamment répondu :

« Le signe le plus explicite sur le sujet va être le fait de concélébrer avec les évêques de France, en communion dans une même liturgie. »

Une concélébration avec le Souverain Pontife n’est pas un problème, ni une nouveauté montinienne : elle est traditionnelle. La nouveauté est d’attendre du Pape qu’il soit en communion avec les évêques.

Normalement, le Pape ne vient pas concélébrer avec les évêques, ce sont les évêques qui vont concélébrer avec le Pape.

L’Eglise nous a élevés et instruits dans un profond respect pour « les évêques en communion avec le Pape ». Nous nous y appliquons volontiers. Mais cela ne peut fonctionner à l’envers. Ce n’est point le Pape qui aurait obligation d‘être en communion avec les évêques. Aucune invention collégialiste artificiellement fagotée ne changera rien à cette réalité surnaturelle.

Nous aimons supposer que, de la part du président de la Conférence épiscopale, il s’agit simplement d’une sorte de lapsus ou d‘étourderie, et non pas d’une exigence ou d’un ultimatum. Toutefois on trouvera étrange que le président Vingt-Trois estime pouvoir fixer d’avance quel sera « le signe le plus explicite » que devrait nous apporter Benoît XVI.

Ne sous-estimons pas cependant les obstacles difficilement surmontables que le cardinal Vingt-Trois rencontre dans l’exercice de sa présidence et qui expliquent l’incertitude, l’embarras, l’approximation de ses propos. Sur les plus graves réalités de la foi, il n’y a pas, dans l‘épiscopat français, l’unité que la Conférence épiscopale voudrait (et devrait) représenter.

Je reviens à l’instant d’un diocèse (je ne le nommerai pas, car il n’est malheureusement pas le seul), – un diocèse où, au nom de l’Eglise catholique et de l‘évêque du lieu explicitement invoqués, on enseigne par voie écrite que les trois « temps forts » de la messe sont : « un enseignement, une méditation personnelle, un partage ». La messe serait donc une opération principalement subjective, centrée sur le culte de l’homme. Autrement dit, il s’agit toujours d’affirmer, sous une forme moins directement provocante, qu‘à la messe « il s’agit seulement de faire mémoire », selon la doctrine du « nouveau missel des dimanches » de l‘épiscopat en 1970 et en 1973. Il semble que l’on ait discrètement retiré cette formule, mais elle n’a jamais été rétractée. Elle correspond d’ailleurs au fameux article 7, première version, de la préface à la messe de Paul VI. Il y eut quelques évêques diocésains qui n‘étaient pas d’accord. Ils ne l’ont jamais dit en public. Et c’est pour cela qu’une grande partie du clergé continue à croire depuis une quarantaine d’années que la messe n’est pas un vrai sacrifice. Nous y reviendrons.

L’unité épiscopale est un faux-semblant quand elle n’est pas fondée sur une communion dans la vérité. La Bible Bayard, où l’on trouve l’affirmation mais aussi la négation de la divinité du Christ et de l’authenticité du témoignage évangélique, a paru avec l’approbation explicite de la Commission doctrinale du Conseil permanent de la Conférence épiscopale. Il s’est trouvé deux évêques français, pas trois, pour mettre en garde le clergé et les fidèles en disant publiquement : « Cette Bible n’est pas celle de l’Eglise, ce n’est pas une Bible chrétienne ! » Elle a néanmoins été diffusée dans l’univers francophone à des centaines de milliers d’exemplaires. L‘épiscopat n’a pas rétracté son approbation. Mais si l’on voit là quelque unité épiscopale, alors c’est dans le mensonge.

« En communion », dit le Président. Ce ne peut tout de même pas être en communion avec cette morale sans obligation ni sanction qu’enseigne l’archevêque de Rennes : « L’Eglise, claironne-t-il cette année, n’interdit rien à personne. » Ce ne peut être en communion avec la Bible Bayard, ni avec la catéchèse sans catéchisme de la plupart des diocèses français, ni avec une « eucharistie » qui ne veut plus être le saint sacrifice de la messe. Il n’y a pas de communion possible avec la coexistence artificielle du oui et du non. Dans cette situation spirituellement crucifiante, nous nous préparons à être attentifs à ce que le Pape vient nous apporter. Sans prétendre lui indiquer nous-même « le signe le plus explicite » que nous espérons de lui. De toute façon, il sera sans doute le plus inattendu.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6673 de Présent, du Samedi 13 septembre 2008

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 14:00

On sait combien Jean Madiran a toujours été, dès Itinéraires bien sûr, mais plus encore avec Présent, quotidien singulièrement atypique dans un monde médiatique à la dérive, attentif aux aléas de la chose imprimée. Une interrogation essentielle pour ceux qui sont attachés à la liberté de la presse mais qui, souvent, passe par-dessus la tête du gros des lecteurs qui n’aiment guère qu’on leur parle « boutique ». En résumé : « Faites un journal et épargnez-nous les détails de l’arrière-cuisine… »

Pour étayer et actualiser sa réflexion, Jean Madiran part d’une interview de Jean-François Kahn en janvier 2008 : « Si nous étions dans une [vraie] économie de marché, il n’y aurait plus de quotidiens. » Et, de fait, il n’en reste guère si on veut bien se souvenir que le Répertoire général de la presse française de 1938 – il y a soixante-dix ans – recensait 25 quotidiens à diffusion nationale. Avec des diffusions de rêve : 2 millions d’exemplaires pour Paris-Soir, 1 600 000 pour Le Petit Parisien, 900 000 pour Le Journal… Quelle peau de chagrin depuis !

Précisons qu’il y eut naguère, à Paris, plusieurs dizaines de quotidiens dits « d’opinion ». Il ne reste plus que Présent, l’Humanité et la Croix (« Et ces deux-là tendent à être aussi, ou du moins à paraître, des journaux d‘“information” parce qu’ils sont eux-mêmes avides d’une publicité qui ne leur vient que parcimonieusement », écrit Jean Madiran).

« Publicité » : tout est dit. Et Jean Madiran consacre au sujet (« La publicité dans la presse ») un chapitre qui rappelle que, dans le jargon publicitaire en usage, les journaux ne sont pas désignés par les annonceurs comme des journaux mais comme des « supports publicitaires ».

Faire comprendre au public pourquoi la presse riche est serve et la presse libre pauvre. Tout est là. Lisez et faites lire ce vade mecum. Et vous en aimerez mieux Présent.

(Extraits de l’article d’Alain Sanders paru dans Présent du 22 août 2008.)

Article extrait du n° 6673 de Présent, du Samedi 13 septembre 2008
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Pour commander les livres de Jean Madiran, on peut s'adresser directement à Via Romana, y compris pour les libraires (remise 30% pour les libraires).

— L'Accord de Metz - 15 €

Les Vingt-cinq ans de Présent - 15 €

Histoire de la messe interdite - 17 €

— La Trahison des commissaires - 15 €

Enquête sur la maladie de la presse écrite - 12 €

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 15:35

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 08:28
Télécharger le référendum sur la justice, c'est possible.

En cliquant ici.  (pdf)

L'Institut pour la Justice a été créé le 15 avril 2007 à l'initiative d'un groupe de citoyens soucieux de défendre le droit de tous à bénéficier d'un système judiciaire juste et équitable. Philippe Schmitt, père d'Anne-Lorraine, est le Président du Comité d’Orientation de l’Institut pour la Justice.
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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 14:26
Tout simplement laids. Avec trois mots frappés comme des slogans : Démocratie - Paix - Environnement.

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