Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 10:13

La presse écrite est malade. C'est un fait. Symptôme parmi d'autres, il suffit d'ouvrir « Le Figaro » dans sa nouvelle présentation pour mesurer comment le plus vieux titre de la presse quotidienne nationale est devenu semblable à ces journaux gratuits qui sont distribués comme les tracts d'autrefois, le matin devant chaque station du métro parisien.
Cette maladie ne vient pas du fait que les gens ne veulent plus lire, comme on le croirait après une analyse superficielle. Le mal est plus profond selon Jean Madiran, fondateur du quotidien « Présent ». « La plupart des journalistes professionnels se déclarent journaliste d'"information", leur métier consiste comme ils disent à "faire de l'info" et s'ils ont des convictions,ils prétendent ne les exprimer qu'en dehors de leur métier de journaliste. »
La crise de la presse écrite est donc avant tout une crise de l'opinion, elle provient de l'autodestruction de la liberté de pensée dans les sociétés occidentales, soumises à un arsenal répressif dont en France la simple évocation de la loi Gayssot suffit à évoquer l'efficacité.
« Avec ou sans poursuite, écrivains, hommes politiques, journalistes se trouvent incités à une autocensure qui, c'est observable, fait de plus en plus partie de leur déontologie. »
On nous dira que si les journalistes n'ont plus d'opinion, c'est signe qu'ils sont enfin devenus objectifs. Mais même cette objectivité est un leurre : « En réalité, tandis que la presse d'opinion est une presse qui dit son opinion, la presse d'information est une presse qui cache l'opinion de ceux qui la financent, mais l'insinue imperceptiblement. » Et quelle peut bien être l'opinion des financiers, sinon, encore et toujours, ce « politiquement correct » obligatoire hors duquel on ne saurait faire d'argent.
On a connu, avec l'efficacité que l'on sait en Allemagne et en Italie « l'économie dirigée » des régimes fascistes.Notre démocratie autoproclamée libérale vit sous le régime de l'opinion dirigée et personne ne crie au fascisme. Après la mort des grandes idéologies rivales qui ont si tristement illustré le XXe siècle, la soft-idéologie que l'on nous impose est sans doute la plus efficace de toutes. On retrouve avec plaisir le style si décanté,si percutant dans sa sobriété de Jean Madiran et sa capacité rare à viser toujours à l'essentiel. Cette petite Enquête sur la maladie de la presse écrite pourrait bien annoncer une enquête plus vaste sur la paralysie de l'opinion dans les pays développés et sur l'immense esclavage mental qui s'en trouvera induit mécaniquement. ■
Joël Prieur
Jean Madiran, Enquête sur la maladie de la presse écrite, éd. Via romana, 64 pp., 14 euros port compris.

Article paru dans le numéro 2378 de Minute daté du mercredi 1er octobre 2008, p.14

Partager cet article

Repost 0
Published by XA - dans Madiran
commenter cet article

commentaires