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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 10:43
Jésus facultatif

Dans l’affaire Jean-Louis Bruguès, rien ne bouge depuis trois ans, sauf le personnage lui-même, dont l’irrésistible carrière va de promotion en promotion, comme si de rien n‘était.

Es qualités de président de la Commission doctrinale de l‘épiscopat, Mgr Bruguès est l’auteur non seulement d’une remise en « questionnement » de la virginité perpétuelle de Marie, dont nous reparlerons plus tard, mais aussi d’une singulière façon de manipuler l’acte de foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme.

Pour Mgr Bruguès, reconnaître ou non le Messie en Jésus, mort et ressuscité, est sujet à des « interprétations » diverses et notamment à deux « lectures » :

« La lecture chrétienne ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »

En somme, pour Mgr Bruguès, croire que Jésus, mort et ressuscité, est vrai Dieu et vrai homme, est facultatif. Le oui n’entraîne pas que le non ait « tort ». L’un et l’autre ont raison simultanément. C’est possible si, comme Mgr Bruguès, on renonce explicitement à un « idéal d’objectivité historique illusoire » (texte cité dans La trahison des commissaires, 2e édition complétée). On peut considérer alors la divinité de Jésus-Christ comme une sorte de mythe, utile ou merveilleux, mais n’ayant aucun titre à donner « tort » à sa négation.

La provocante position doctrinale de Mgr Bruguès n’est pas absolument isolée dans l’Eglise. On voit s’exprimer çà et là des tendances plus ou moins analogues ou ressemblantes. Par exemple j’ai lu, sous la plume du cardinal Lacroix, un développement approximativement parallèle (sinon dans son récit, du moins dans sa conclusion) :

« … J’ai appris à goûter l’Ancien Testament et à me familiariser avec lui ; j’ai de mieux en mieux compris que le Nouveau Testament n’est pas un autre livre d’une autre religion qui, pour une raison quelconque, se serait approprié les Saintes Ecritures des Juifs comme une sorte de préfiguration. Le Nouveau Testament n’est autre que l’interprétation de “la Loi, des Prophètes et des Ecritures” tirée de l’histoire de Jésus, donc contenue en elle, sources qui, au temps de Jésus, ne constituaient pas encore un canon définitif mais restaient ouvertes : par elles-mêmes elles témoignaient ainsi de Jésus auprès de ses disciples, comme les textes saints qui manifestaient son mystère. J’en suis venu à penser que le judaïsme (qui ne commence, stricto sensu, qu‘à la fin de la constitution d’un Canon des Ecritures, soit au Ier siècle après Jésus-Christ) et la foi chrétienne exposée dans le Nouveau Testament sont deux modes différents d’appropriation des textes sacrés d’Israël, tous deux ultimement déterminés par la façon d’appréhender le personnage de Jésus de Nazareth. L’Ecriture que nous nommons aujourd’hui Ancien Testament est en soi ouverte sur deux voies. Et nous n’avons en réalité commencé à comprendre qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’interprétation juive “après Jésus-Christ” possède elle aussi son propre message théologique. »

Toutefois la différence est que le cardinal Lacroix, ce faisant, n’accomplissait pas un acte magistériel, il racontait sa vie, et sa manière de penser à un certain moment de cette vie. Un cardinal n’a pas forcément une abondance de grâces d‘état pour rédiger son autobiographie. Mgr Bruguès, lui, accomplissait bien une sorte d’acte magistériel. Président de la Commission doctrinale et parlant en son nom, il engageait la responsabilité de la Conférence épiscopale, ainsi que l’ont décidé les évêques français. Or, depuis un tel scandale doctrinal, non rétracté par la hiérarchie, la carrière de Mgr Bruguès progresse au rythme d’une promotion par an, il est maintenant secrétaire (c’est-à-dire numéro 2) de la Congrégation romaine pour l‘éducation (cf. Présent du 29 juin et du 14 novembre). C’est sur cette anomalie persistante que nous avons désormais à réfléchir.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6475 de Présent, du Vendredi 30 novembre 2007
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 10:44

Commençons par une question iconoclaste : était-il opportun d‘écrire, de publier, de lire une Histoire de la messe interdite, au moment où le Motu proprio commence, non sans difficultés, de s’appliquer ? Autrement dit, à l’heure de la négociation, de la stratégie, de la tactique, fallait-il dire la vérité, toute la vérité, sur la messe ?

Rupture ou continuité ?

L’entreprise de Jean Madiran est d’autant plus périlleuse qu’elle n’exprime pas les opinions personnelles de son auteur, même si son style, le choix des personnes et des textes cités colorent subjectivement son texte : c’est abord un historique avec, pour chaque chapitre, un récit des événements, puis des repères soigneusement datés, intitulés Chronologie et documents. A ce titre, son étude est imparable.

Mais voilà : si on lit cette Histoire de la messe interdite après avoir lu le Motu proprio et la Lettre aux évêques de Benoît XVI, on ne peut manquer de relever des contradictions fortes entre les deux textes, celui du Pape et celui du laïc. Elles tiennent, partiellement, aux différences de tempéraments, de conditions, de perspectives : un laïc qui n’aime pas pactiser et qu’Emile Poulat classe dans la mouvance, si l’on peut dire, de l’« intransigeantisme » ; un pape bienveillant par nature et qui veut avant tout « parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise », et que « tout se passe dans la paix et la sérénité ». Or, il est rare que, sans omission ni compromis, on parvienne à la réconciliation et à la paix.

Examinons les textes.

Dès le début du Motu proprio, Benoît XVI s’efforce de dégager la continuité qui présida à la liturgie sacrée, depuis Grégoire le Grand… jusqu‘à Paul VI.

Il est significatif que pour évoquer la codification de la messe par saint Pie V, et la réforme de Paul VI, il emploie un vocabulaire similaire, voire identique : « Saint Pie V… renouvela tout le culte de l’Eglise, fit éditer des livres liturgiques corrigés et restaurés aux normes des Pères. » Quant à Paul VI, il « approuva en 1970 des livres liturgiques restaurés et partiellement rénovés de l’Eglise latine ».

Dès lors, il n’y a pas opposition entre deux rites, puisqu’il n’y a pas deux rites, mais « deux mises en œuvre de l’unique rite romain », « un double usage de l’unique et même rite », l’un étant « l’expression extraordinaire de la même “lex orandi” de l’Eglise », l’autre son expression ordinaire. Les deux formes, loin de s’opposer, peuvent s’enrichir, ajoute Benoît XVI. Notons cependant que les enrichissements ne sont pas du même ordre : dans l’ancien missel, qu’il a l’habileté d’appeler le plus souvent « le missel romain publié en 1962 par Jean XXIII », Benoît XVI suggère d’« insérer les nouveaux saints et quelques-unes des nouvelles préfaces ». Dans la célébration de la messe selon le missel de Paul VI, il exprime le vœu que puisse être « manifestée de façon plus forte… cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers la forme ancienne du rite romain ». Dans le premier cas, il s’agit de simples ajouts ; dans le second, c’est l’essentiel qui est visé : car s’il est une marque visible de la messe de Paul VI, c’est la désacralisation, signe de ce que le père Congar appelait « la révolution d’Octobre dans l’Eglise ».

Une rupture violente

La « révolution d’Octobre dans l’Eglise » : c’est bien le sujet du livre de Madiran qui met l’accent, non sur une continuité, mais sur une rupture et une rupture violente.

La rupture la plus sensible se trouve dans l’Institutio generalis qui accompagne le nouvel Ordo promulgué en 1969 ; la messe y est ainsi définie : « La Cène du Seigneur, appelée aussi messe, est la synase sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu se réunissant sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur. » Définition que l‘épiscopat français, dès la première édition du nouveau missel des dimanches, reprendra sous forme d’un « rappel de foi » : à la messe, « il s’agit simplement de faire mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli ». La messe n’est plus alors le « renouvellement non sanglant du sacrifice du Calvaire », mais, commente Madiran, « une simple réunion de prière et l’assemblée du souvenir ». Cette nouvelle définition de la messe, ajoute-t-il, est « celle que professent la plupart des protestants ». Le cardinal Ottaviani, qui fut sous trois papes (de Pie XII à Paul VI) à la tête de la « Suprême Congrégation du Saint-Office », avait déclaré que la nouvelle messe « s‘éloignait, d’une manière impressionnante, de la théologie catholique du concile de Trente ».

On saisit alors l’inéluctable conséquence : le conflit, le combat. Et c’est bien d’un vocabulaire de guerre qu’use Madiran, ou les personnalités citées par lui. Le « principal opérateur de la révolution liturgique », le P. Hannibal Bugnini, doit à son prénom (et sans doute à une analogie plus profonde), d’avoir été surnommé « le chef borgne monté sur l‘éléphant gétule ». André Charlier évoque « une conjuration pour éliminer totalement le latin et le grégorien de la liturgie » ; la nouvelle messe est appelée « une arme par destination » contre la messe tridentine. Quand apparaît le texte de la nouvelle messe, Cristina Campos, instigatrice du Bref examen critique adressé au pape dès l’automne 1969, « entre en campagne », et avait sur l’Aventin établi sa « dunette de commandement ».

Le combat fut ponctué de « controverses et de quelques refus très résolus », de suppliques individuelles et collectives, dont l’une est une lettre-manifeste rédigée en 1969 pour sauver le latin, avec la signature d’artistes et d’intellectuels, de Pablo Cazals à François Mauriac ; l’autre, de 1971, est un appel international pour la survie de la messe traditionnelle, réunissant les signatures de diverses personnalités, catholiques ou non, d’Agatha Christie à Yéhudi Menuhin en passant par Montherlant. Ces suppliques ont pour trait commun la défense d’un patrimoine culturel, d’une œuvre d’art, d’un trésor sacré incompréhensiblement menacés par un pape qui en avait plus que tout autre la garde.

La messe interdite

L’interdiction s’inscrit dans la logique du combat, dont la conséquence est l‘élimination d’un des deux protagonistes. Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques, rappelle que « le missel de 1962 n’a jamais été juridiquement abrogé et par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». L’emploi des tours adverbiaux témoigne du conflit entre le fait et le droit. Sans doute la messe tridentine ne pouvait-elle être juridiquement abrogée, le privilège-indult permettant à tout prêtre de célébrer selon l’Ordo de Pie V étant perpétuel, mais elle le fut pratiquement, depuis l’allocution au consistoire, le 24 mai 1976, de Paul VI, précédée par les impatiences des clergés suisse et français « Le Nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien… Ce n’est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel révisé sous son autorité à la suite du concile de Trente. Avec la même autorité suprême qui nous vient du Christ-Jésus, nous ordonnons la même prompte soumission… »

Cette référence réitérée à Pie V est paradoxale, à l’image de l‘énigmatique Paul VI ; c’est au nom de la Tradition qu’il supprime la Tradition. Or Pie V, en codifiant la messe, n’avait nullement l’intention d‘éradiquer les rites immémoriaux. S’inscrivant dans la tradition catholique de l’enrichissement des héritages, il avait « explicitement stipulé que les rites ayant un usage ininterrompu supérieur à deux cents ans, demeureraient autorisés ».

Le manteau de Noé

C’est dans cette tradition aussi que s’inscrivait le cardinal Ratzinger, lorsque, dans Le Sel de la terre, il définissait la liturgie comme « une fête qui n’est pas inventée par une commission quelconque, mais qui vient à moi de plus profond des millénaires, et, en fin de compte, de l‘éternité ». Il fut le maître d‘œuvre du Catéchisme de l’Eglise catholique, qui ne définit plus la messe comme un mémorial, mais comme un sacrifice : « Le Christ est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, “le même offrant maintenant par le ministère des prêtres”, qui s’offrit alors Lui-même sur la Croix ».

« L’histoire de la liturgie est faire de croissance et de progrès, jamais de rupture », écrit Benoît XVI dans sa Lettre aux évêques. C’est pourtant bien l’histoire d’une rupture qu‘écrit Madiran avec cette Histoire de la messe interdite. Il est bon, sans doute, de la connaître, mais peut-être est-ce l’heure de tourner hardiment les pages, non sans les avoir apprises par cœur avant de les tourner, mais avec la volonté de mettre fin à la « guerre civile qui a sévi depuis les années 1970 », selon l’expression de l’abbé de Tanoüarn. Et, pour cela, peut-être est-ce l’heure de jeter, sur l’Eglise de Paul VI, un charitable manteau de Noé.

Danièle Masson

Article extrait du n° 6466 de Présent, du Samedi 17 novembre 2007, p.I du Supplémentaire littéraire
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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 10:50

La nouvelle promotion de Mgr Bruguès, ecclésiastique à scandale, personnage tristement illustre, montre à quel point le parti montinien demeure puissant dans l’Eglise et à Rome même, au sein de la Curie.

Il part donc pour Rome, il est nommé secrétaire (c’est-à-dire numéro 2) d’une importante congrégation, et à la faveur de cette nomination romaine il est élevé au rang d’archevêque, en attendant mieux : il est maintenant cardinalisable.

Trois promotions pontificales en moins de trois ans pour celui qui a été le scandaleux président de la Commission doctrinale de l‘épiscopat français. En janvier 2005, consulteur de la congrégation romaine pour l‘éducation catholique. En juin 2006, consulteur à la congrégation pour la vie consacrée. En novembre 2007, secrétaire de la Congrégation pour l‘éducation. Cela appelle une classique citation latine qu’il vaut mieux désormais donner directement en traduction : « Jusqu’où ne montera-t-il point ? »

Ces trois promotions sont postérieures au scandale intellectuel analysé en détail dans notre ouvrage La trahison des commissaires. Le point culminant du scandale, le point indépassable, fut la négation par Mgr Bruguès du principe d’identité, appelé aussi principe du non-contradiction. « Toute la personne, a-t-il écrit, est engagée face au Messie d’Israël, le reconnaissant ou non en Jésus, mort et ressuscité. »

Et alors :

« La lecture chrétienne [à ce sujet] ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »

Cela figure dans la « Note de la Commission doctrinale des évêques de France sur l‘émission télévisée Les origines du christianisme », note présentée par son président Jean-Louis Bruguès. On peut la retrouver dans La Documentation catholique du 16 mai 2004.

Si donc vous affirmez que Jésus est le Messie, cela ne donne nullement tort à ceux qui le nient. Les deux « interprétations » méritent le même respect. A la question de la divinité de Jésus, le « oui » et le « non » ne s’excluent pas, ils sont vrais tous les deux !

Mgr Bruguès ne s’en est point repenti, il n’en a rien rétracté. Il a esquissé une rétractation indirecte et peu convainquante de ses insinuations, dans la même Note, en faveur d’une compréhension plutôt « spirituelle » que « physique » de la virginité perpétuelle de Marie (cf. La trahison des commissaires, p. 42-46 et 86-88). Il n’a pas bronché quand son adjoint à la Commission doctrinale, le P. Philippe Vallin, a publiquement énoncé que la résurrection du Christ n’est pas « un événement antérieur à la logique de rencontre et de témoignage des apparitions ». On ne fait pas mieux en matière de « modernisme » au sens précis réprouvé par saint Pie X.

La fulgurante promotion de Jean-Louis Bruguès, actuellement en cours, fait penser à ce que fut l’incroyable ascension de Jean Villot, couronnée par une incrustation à la tête de la Secrétairerie d’Etat, où il fut inamovible sous quatre souverains pontifes successifs. Le parti montinien demeure aussi puissant, ou presque, qu’il le fut sous Paul VI. Non seulement il est installé dans l’Eglise, in sinu gremioque Ecclesiae, mais il bénéficie de puissants soutiens extérieurs à l’Eglise et néanmoins influents à l’intérieur de l’Eglise. Il n’est cependant point tout à fait invulnérable. J’en trouve la preuve dans La Croix de lundi. Annonçant l’installation à Rome de Mgr Bruguès, elle indique qu’il y « représentera une certaine tradition, celle de l’Eglise de France », c’est un clin d‘œil à ceux du parti, les avertissant qu’il est bien l’un des leurs. Mais si La Croix donne un aperçu de sa carrière, elle omet tout à fait ses années de présidence à la Commission doctrinale. Une telle omission montre bien qu’elle le sait : les mentionner rendrait le personnage clairement imprésentable.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6463 de Présent, du Mercredi 14 novembre 2007, p.1
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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 19:58
par Pierre-Olivier Arduin

Source : La Nef n°187 de novembre 2007


L’an dernier, le Téléthon, qui se déroulera cette année le 8 décembre, avait soulevé une vive controverse. C’est l’occasion d’en tirer les leçons et de réfléchir aux enjeux fondamentaux de la bioéthique.


Beaucoup d’observateurs ont perçu dans la controverse passée du Téléthon le retour d’une prise de parole forte des catholiques dans l’espace public concernant le respect de la vie humaine dès sa conception.
Quels sont les facteurs qui ont concouru à faire éclater ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire du Téléthon ? Et quels enseignements pouvons-nous en tirer pour une annonce active et renouvelée de la culture de vie dans les grands débats bioéthiques qui agitent nos sociétés postmodernes ?
Au n. 95 de l’encyclique Evangelium vitae, Jean-Paul II avait exhorté les chrétiens à « construire tous ensemble une nouvelle culture de vie : nouvelle, parce qu’elle sera en mesure d’aborder et de résoudre les problèmes inédits posés aujourd’hui au sujet de la vie de l’homme ; nouvelle, parce qu’elle sera adoptée avec une conviction forte et active par tous les chrétiens ; nouvelle, parce qu’elle sera capable de susciter un débat culturel sérieux et courageux avec tous ». Reprenons ces trois recommandations du Saint-Père.

Une nouvelle culture de vie

Première proposition de Jean-Paul II : être capable d’affronter la complexité des pratiques biomédicales actuelles. C’est bien ce qui fut à l’origine de la controverse du Téléthon. Reprenant les argumentaires fouillés de la Fondation Jérôme Lejeune, la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon a rappelé ce que recouvrait la technique du diagnostic préimplantatoire (DPI). Le spécialiste de la bioéthique du Monde, Jean-Yves Nau, écrivait ainsi : « Les responsables de l’Église catholique n’ont pas tort de rappeler que les enfants sains, montrés dans ce spectacle qu’est le Téléthon, ne sont en rien des enfants guéris. Une erreur majeure serait ici d’assimiler guérison et tri embryonnaire. Et, sauf à accepter d’entrer dans une phase de régression collective, il importe de maintenir cette distinction » (1). Utiliser la fécondation in vitro pour se donner les moyens d’éliminer les embryons porteurs du gène « défectueux » en ne réimplantant que ceux qui en seraient exempts nous a conduits à poser cette question très simple : que penser d’une médecine qui affirme soigner la maladie en supprimant à la source les malades ? La cohérence de l’argumentation posait d’ailleurs une autre question qui prend aujourd’hui des proportions tout à fait inédites dans nos démocraties sécularisées : celle de l’eugénisme. L’avortement in vitro et in vivo des enfants souffrants d’anomalies génétiques et chromosomiques est dans les faits érigé en quasi politique de santé publique. À tel point que Didier Sicard, président du CCNE, osait dire que « la France construit pas à pas une politique de santé qui flirte de plus en plus avec l’eugénisme […]. La vérité centrale est que l’essentiel du dépistage vise à la suppression et non pas au traitement. Ainsi le dépistage renvoie à une perspective terrifiante : celle de l’éradication » (2).
Aborder et résoudre les problèmes posés au sujet de la vie, c’était aussi nous intéresser à une seconde problématique : celle de la recherche sur l’embryon humain. Le décret d’État du 6 février 2006 autorise en effet les scientifiques français à expérimenter sur les « embryons surnuméraires dépourvus de projet parental ». L’objectif est de prélever, après désagrégation de l’être humain dans sa plus extrême jeunesse, les fameuses cellules souches embryonnaires dont on espère qu’elles pourront régénérer des organes défaillants si elles sont correctement cultivées. Or, le dogme de l’embryon réservoir de pièces détachées, s’il est meurtrier sur le plan éthique, s’est avéré être une imposture sur le plan médical.
En septembre 2006, l’Académie pontificale pour la Vie réunit à Rome des chercheurs mondialement reconnus, dont le domaine de prédilection est l’étude des cellules souches adultes. Benoît XVI les reçoit en leur adressant un message stimulant : « La recherche sur les cellules souches somatiques mérite une approbation et un encouragement lorsqu’elle conjugue de façon heureuse à la fois le savoir scientifique, la technologie la plus avancée dans le domaine biologique et l’éthique qui postule le respect de l’être humain dès sa conception » (3). L’audience de cette rencontre sera exceptionnelle dans la presse française et européenne, sidérée de la désinformation qui gangrène ce champ de la médecine. Car au même moment on sait qu’aucune application clinique n’a vu le jour chez l’homme avec les cellules souches embryonnaires d’autant plus que les expériences chez l’animal montrent un risque de formation de tumeurs cancéreuses rédhibitoire. Aucune comparaison possible avec la découverte d’un groupe de cellules inconnu dans le sang du cordon ombilical dont l’équipe des professeurs McGuckin et Forraz à Newcastle démontre qu’il recèle un potentiel exceptionnel à former différents tissus. Après avoir présenté leurs travaux au Vatican, ils ont été reçus par Mgr Rey à l’Évêché le 20 février 2007 pour faire part du réel espoir que représente pour les malades cette source universelle et gratuite de cellules souches, ouvrant la voie prometteuse d’une médecine régénératrice innovante et éthique. C’est d’ailleurs avec eux que la Fondation Jérôme Lejeune vient de créer le consortium international Novus sanguis qui devrait interpeller vivement nos responsables politiques sur les mauvais choix de la recherche française en cette matière.
On comprend donc que l’étude précise des défis technoscientifiques contemporains est fondamentale pour soutenir le débat. Et c’est bien pourquoi Benoît XVI nous exhorte à une certaine expertise dans ce domaine : « Sans une formation continue et adaptée, il devient très difficile d’être capable de porter un jugement dans les questions posées par la médecine en matière de sexualité, de vie naissante, de procréation, comme dans la manière de traiter et de soigner les patients » (4). L’organisation d’une formation en bioéthique de troisième cycle sous la houlette de l’Institut politique Léon Harmel et de la Fondation Lejeune, qui constitue une première en France, s’inscrit entièrement dans cet appel du Saint-Père.

Une conviction forte

Le second conseil que nous prodigue Jean-Paul II est l’adoption d’un comportement convaincu. Car ne pas s’engager dans le tragique de l’action une fois que nous avons saisi la vérité, c’est courir le risque de rester dans l’abstraction, ou pire, de nous accoutumer à l’indifférence envers ceux qui sont victimes de la culture de mort. Nous avons donc le devoir d’appliquer in concreto la découverte du Bien et du Juste dans l’agir. Or, la question de la légitimité d’une participation matérielle et financière au Téléthon se posait de manière inédite. En effet, une partie des fonds récoltés a permis de financer dès 2005 le premier laboratoire de recherche à grande échelle sur l’embryon humain : l’Institut I-Stem dirigé par Marc Peschanski qui se félicite d’avoir « bénéficié d’un soutien de l’AFM de 3,4 millions d’euros sur deux ans » (5). On apprenait d’ailleurs à l’occasion de l’inauguration des locaux sur le site du Genopole d’Evry le 11 septembre 2007 par Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, que « le conseil d’administration de l’AFM s’engage sur les prochaines années, sous réserve du succès du Téléthon annuel, à doubler le montant des financements décrochés par I-Stem ».
Un document essentiel du Magistère de l’Église, la Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique du cardinal Joseph Ratzinger (2002), nous a permis d’en tirer les leçons. « Lorsque notre action est confrontée à des principes moraux qui n’admettent ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis, l’engagement des catholiques devient plus évident et se fait lourd de responsabilités. Face à ces exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie, [et de protection] des droits de l’embryon humain » (n. 4). La conclusion de la commission bioéthique du diocèse de Toulon qui en a logiquement découlé a été incontestablement le déclencheur de la formidable polémique qui a surgi sur la scène médiatique. Au devoir de connaître la vérité correspond le devoir d’en témoigner là où règne l’erreur. Ce devoir impérieux s’impose sans échappatoire possible. Un catholique ne peut pas l’être à moitié en abdiquant ce que sa conscience bien formée et droite lui dicte d’accomplir. L’objection de conscience devient ainsi un acte de grande portée éthique et politique capable d’ébranler le consensus relativiste ambiant. Voyez l’objection de conscience électorale de l’épiscopat italien qui a permis lors du référendum sur la bioéthique de juin 2005 d’adopter une des lois les plus protectrices de l’Union européenne sur le statut de l’embryon humain. L’objection de conscience ne se limite pas à prononcer un non mais porte en soi une dynamique d’édification du Bien : elle n’est jamais que l’obéissance à une loi supérieure.

Un débat culturel sérieux

Ce qui me conduit à la troisième perspective tracée par Jean-Paul II : l’ouverture d’un débat culturel et courageux avec nos contemporains est possible parce que nous ne prêchons pas pour notre paroisse si l’on peut dire. Au-delà de la controverse éthique du Téléthon s’est joué quelque chose de beaucoup plus vaste. Le choc culturel et moral entre, d’une part, une bioéthique qui se mondialise en s’abreuvant au relativisme et à l’utilitarisme ambiants et, d’autre part, l’enseignement éthique de l’Église qui reste le seul porte-voix d’une conscience morale universelle. Car le Magistère moral de l’Église n’est pas avant tout d’ordre confessionnel mais de nature rationnelle, les exigences éthiques liées au critère universel du respect intangible de la vie humaine s’enracinant dans la loi morale naturelle. L’anthropologie de référence des chrétiens repose sur une conception juste et argumentée de la personne humaine pouvant être partagée par tous ceux qui possèdent une conscience droite. L’ampleur et la qualité de la disputatio qui a pu résulter de la controverse du Téléthon proviennent d’une réflexion personnaliste que conduit l’Église en s’appuyant sur toutes les ressources que lui offrent la science et la philosophie pour motiver la protection de la dignité humaine à toutes les phases de son existence. C’est bien ce qui fait toute la force intellectuelle du christianisme aujourd’hui pour affronter les défis bioéthiques à venir.

Pierre-Olivier Arduin

(1) Le Monde, 7 décembre 2006.
(2) Le Monde, 4 février 2007.
(3) Benoît XVI, Discours aux participants du colloque « Les cellules souches : quel avenir pour les thérapies ? », 16 septembre 2006.
(4) Benoît XVI, Discours à l’Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la Vie, 24 février 2007. (5) Les Echos, 28 septembre 2007 (L’AFM est l’Association Française contre les Myopathies).
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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 10:51

A sa « chanson de Fortunio », que Musset me pardonne, j’emprunte une cadence et deux rimes, pour une annonce pacifique :

Si vous croyez que je vais dire

Qui donc blâmer,

Je ne saurais pour un empire

Vous les nommer.


Autrement dit, mon propos ne va désigner personne. Mais voici que circulent, dans l’opinion tradi ou à son adresse, quelques idées trop inexactes. Je voudrais consoler, en les rétablissant, quelques vérités envoyées pleurer au pain sec dans le cabinet noir.

C’est ainsi que l’on entend parler à nouveau d’une rétractation du cardinal Ottaviani : il aurait explicitement rétracté son Bref examen critique de la nouvelle messe, récemment réédité par les Editions Renaissance catholique de Jean-Pierre Maugendre. On nous ressort l’histoire d’une lettre où le Cardinal aurait assuré en outre n’avoir donné à personne l’autorisation de publier sa lettre-préface au Bref examen. Cette fabrication de 1970 n’avait pas survécu à 1970. La revue Itinéraires avait immédiatement démontré que la prétendue lettre de rétractation n‘était pas authentique. Cette démonstration n’avait rencontré aucun démenti, elle ne fut contestée ou réfutée ni alors ni depuis lors. L’actuelle tentative de réanimation d’une calomnie clairement disqualifiée est une grave contre-vérité ; elle ne doit tromper personne ; il convient d’y veiller. Et d’un.

Et de deux : l’effort réitéré pour nier que six « observateurs » protestants ont activement participé aux travaux du « consilium » qui, de 1964 à 1968, a fabriqué la messe nouvelle. C’est un argument de poids contre une prétendue intangibilité de la messe de Paul VI. Comme, analogiquement, l’accord de Metz fait peser une lourde suspicion sur la constitution conciliaire Gaudiun et spes. Pour la messe, des personnalités dignes de foi témoignent qu’au cours des travaux on demandait leur avis à ces « observateurs » ou même qu’ils le donnaient spontanément. Cela passe communément pour un fait historiquement admis. Pour l‘écarter, on invoque une déclaration « officielle » de… la « salle de presse du Saint-Siège », en 1976, assurant que ces six théologiens protestants furent admis comme « simples observateurs » et ne participèrent pas à l‘élaboration des textes du nouveau missel. La « salle de presse » a bien pu officiellement parler ainsi, elle n’a pas l’autorité du Magistère pour prononcer des sentences intouchables. Sinon, on en arriverait bientôt à prendre pour obligatoire de croire sur parole le moindre propos du concierge d’un cardinal romain.

Troisièmement, pour donner à la messe nouvelle autant de titres que la messe tridentine, et voiler son infériorité, on nous rappelle sans nuance les cardinaux romains (et parmi eux le cardinal Ratzinger) qui l’ont toujours célébrée à partir de 1970. C’est passer un peu vite sur le fait que ces cardinaux, par exemple Odi et Siri, ne l’ont fait qu’en exprimant des réserves importantes. L’un disait que la messe tridentine porte le célébrant, tandis que la messe nouvelle, c’est le célébrant qui doit la porter. L’autre trouvait la vérité catholique dans la messe nouvelle, mais à condition d’y creuser profond. Quant au cardinal Ratzinger, il écrivait notamment : « A la place de la liturgie fruit d’un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. » Mais qui est donc ce « on » qui a voulu que le nouveau missel soit « promulgué pour être substitué à l’ancien » ? Question (dont la réponse est connue) posée simplement pour montrer que la critique de la nouvelle messe, de son auteur et des indications pastorales du Concile n’est pas interdite, contrairement à ce que l’on cherche maintenant à nous faire croire.

C’est là le point.

JEAN MADIRAN


Article extrait du n° 6445 de Présent, du Jeudi 18 octobre 2007
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23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 14:38
Merci à monde & vie, qui a bien voulu interroger votre serviteur dans le cadre de son numéro 784, daté du 22 septembre 2007 (pp.20 et 21). Oui, merci à Olivier Pichon de s'être penché sur cette modeste entreprise qu'est le Forum Catholique.

Difficile de donner à ceux qui ne connaissent pas la revue une idée de la qualité et de la spécificité de son contenu. Le site www.monde-vie.com n'est malheureusement plus actif depuis quelques mois.

On peut sûrement écrire au journal pour recevoir un numéro d'essai voire même téléphoner pour cela (je prends cela sur moi, mais la plupart des revues procèdent ainsi.).

Les coordonnées du journal sont les suivantes :

monde & vie
14 rue Edmond Valentin
75007 Paris
Tél. 01 47 05 10 42

On peut cliquer ici pour lire au format pdf le texte de cet entretien cité ci-dessus.
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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 10:54

Pour la première fois depuis trente-sept ans, la messe traditionnelle vient de faire son retour dans ma paroisse.

Plusieurs années avant d’y être tout à fait abolie en 1969, elle y était déjà célébrée ou plutôt défigurée en dépit du bon sens. Pour cette raison et aussi parce qu’une « catéchèse » de plus en plus anémiée y était devenue divaguante, après une brève résistance manifestement sans aucun effet, j’avais quitté ma paroisse il y a environ quarante ans. Quarante ans ! C’est de l’histoire ancienne… Pour garder un lointain souvenir d’enfance de ce temps-là, il faut aujourd’hui avoir au moins cinquante ans.

Dimanche dernier je suis revenu, je n‘étais pas le seul, dans l‘église qui est à quelques pas de chez moi, au lieu d’avoir à faire vingt kilomètres aller et vingt retour. L’important, bien sûr, n’est pas que nous y soyons revenus, mais que la messe y soit de retour. Quelle grâce ! Et qu’elle y soit, comme le veut le Motu proprio, « honorée en raison de son usage antique et vénérable ». C’est cela qui compte. Qu’elle soit honorée. Qu’elle retrouve la primauté d’honneur qui lui est due.

A partir du 14 septembre, en fait à partir du XVIe dimanche après la Pentecôte, ce sera le cas dans beaucoup de paroisses. Peut-être cahin-caha. Question : vais-je abandonner la chapelle et le clergé qui m’ont, dans le diocèse voisin, accueilli pendant les quarante années de mon exil dominical ? Question personnelle mais qui, plus ou moins analogue, va se poser ailleurs aussi.

Je n’aimerais pas que l’on profite de cette messe pour me prêcher une certaine « réception de la foi » telle que, paraît-il, « la présente avec une autorité toute particulière Vatican II ». Ce concile pastoral n’a pas eu pour objet de donner une nouvelle définition de la foi catholique. Et lui attribuer une « autorité particulière » en un tel domaine, cela semble le placer à l‘égal ou au-dessus des conciles qui, eux, ont défini la foi que nous devons « recevoir ». En somme je n’aimerais pas rencontrer un écho persistant de la mémorable formule qui prétendait lui attribuer « autant d’autorité et plus d’importance que le concile de Nicée ».

La communion dans la foi est communion dans le même Credo, le même Notre Père, les mêmes Commandements, la même Eucharistie, la même succession apostolique, la même primauté du Siège romain. Elle n’est pas, quoi qu’en dise Vatican II ou quoi qu’on lui fasse dire, non, elle n’est pas dans une même manière, particulière et obligatoire, de concevoir le dialogue interreligieux, l‘œcuménisme et la liberté. Cette manière varie d’un pays à l’autre ; et, quoi qu’en prétendent les rodomontades collégialistes, il arrive même qu’elle varie d’un diocèse à l’autre.

Il ne faudrait pas non plus que dans la paroisse retrouvée on se serve trop de l’homélie pour tenter de nous faire croire que la messe de Paul VI, devenue la messe facultative, serait sûre et droite, irréprochable, au-dessus de toute critique. Si Paul VI en a fait trois éditions, et son successeur deux, cela marque au moins une longue hésitation et une imperfection longtemps subsistante. D’autres corrections lui viendront. Car il est peu probable que Benoît XVI condamne les livres où le cardinal Ratzinger rejetait l’autel tourné vers l’assistance, la communion dans la main, la suppression des agenouillements et l’esprit de rupture liturgique.

Revenir chaque dimanche dans ma paroisse ne risque-t-il pas en outre de paraître cautionner une anomalie : qu’on ait l’apparence de s‘être mis en règle avec le Motu proprio en « autorisant » une seule messe dans le diocèse, et même pas dans la ville épiscopale ?

Ce ne sont encore que premières impressions, premières réactions. Tout cela nous appelle à une mûre réflexion.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6415 de Présent, du Jeudi 6 septembre 2007
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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 15:42
Une vertu est une disposition durable et ferme, qui nous incline à faire le bien et à éviter le mal.
Les Vertus théologales (Foi, Espérance et Charité) ont Dieu comme objet, elles sont données par Dieu (infuses) en même temps que la grâce sanctifiante, la vie divine (Jn 6,44-15,5; Rm5,5; 2 Co3,5; Ph.1,29).
Les vertus morales ont pour objet les actes humains conformes à la droite raison. Elles peuvent être naturelles (on jeûne pour "la ligne", pour la santé) ou surnaturelles afin que l'esprit domine "sur la chair" (1 Co.9,27). Elles sont acquises.
Elles ont en commun le juste milieu (in medio stat virtus) entre les excès opposés.
Il existe quatre vertus morales principales ou cardinales (du latin cardo: gond, pivot. Quatre gonds sur lesquelles les autres s'appuient): la prudence, la justice, la force et la tempérance.

La prudence

Cette vertu morale "dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir" (C.E.C. 1806). Elle prévoit afin de pourvoir; elle guide le choix et commande l'action (Sineux). pour acquérir la prudence, l'âme s'informe puis elle se forme au creuset de l'expérience. On peut être "prudent" humainement et "imprudent" surnaturellement (cf la crainte trop humaine "de la santé, du manque d'argent, de l'opinion, etc...).
Aux prudents de ce monde ("les sages et les habiles") le Père ne se révèle pas (Mt 11,25).
La prudence surnaturelle règle nos pensées (pour qu'elles ne s'égarent pas en dehors de Dieu), nos intentions (pour qu'elles restent pures), nos affections, notre volonté (pour qu'elle soit fidèle à la volonté de Dieu sur nous et sur les autres). La prudence chrétienne est réglée par la foi. Elle réside dans l'intelligence. Elle suppose de réfléchir (sur le passé -l'expérience-, le présent et l'avenir), de consulter (les sages et les expérimentés), d'agir (de décider; l'indécis voit mais n'agit pas).
Il existe diverses espèces de prudence: la prudence individuelle (qui règle sa propre conduite) et la prudence sociale (qui a pour objet la famille et la vie en société: la prudence politique).

Le principe général restant de ramener ses jugements et ses décisions à notre fin dernière: le salut de notre âme, le Ciel (cf. St Ignace de Loyola, Exercices spirituels, "Principe et fondement" n°23 et 1ère annotation).
Le don de conseil correspond à la vertu de Prudence. Les vices opposés: l'imprudence, la précipitation, la témérité, l'inconstance, la négligence.

La justice

C'est la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1807). Envers Dieu, c'est la vertu de religion. Envers les autres, c'est respecter les droits de chacun. L'homme juste se distingue par la droiture habituelle de ses pensées et la rectitude de sa conduite envers le prochain (Lv 19,15-Col 4,1).
La vertu de religion a pour objet le culte de Dieu, soit intérieur, soit extérieur. Dans les actes intérieurs se place l'adoration où tout notre être se prosterne devant Celui qui est tout avec comme conséquence: la reconnaissance. Conscients alors d'être pécheurs, nous avons des sentiments de pénitence qui nous poussent à la prière. Dans les actes extérieurs, le principal est le sacrifice où nous nous offrons à Dieu en union avec la victime immolée, l'agneau de Dieu, dans des sentiments de réparation et d'adoration. La Messe est le sacrifice par excellence de la Loi nouvelle.
Les prières publiques en font partie: l'Office divin (la liturgie des Heures), l'adoration eucharistique (la bénédiction du Saint-Sacrement), les processions, etc...
Les vices opposés: le faux culte du vrai Dieu (les superstitions, les "dévotions" non reconnues par l'Eglise, etc...), le vrai culte d'un faux Dieu (l'idolâtrie, le fétichisme, telle image ou statue "miraculeuse", la divination (astrologie, chiromancie, cartomancie, spiritisme, etc...), les vaines observances (les superstitions: portes bonheur, mauvais sorts, etc...), l'irréligion qui affiche le mépris ou la haine de Dieu, le parjure, le sacrilège (léser les choses sacrées), la simonie (vouloir acheter ou vendre des choses saintes: dons, sacrements...).
Dans les vices opposés, il faut compter les atteintes à l'honneur, à la réputation, à la paix...
Les vertus annexes à la justice: la piété filiale, la gratitude ou reconnaissance, la vengeance ou répression,, la véracité, l'affabilité, la libéralité (ses opposés: l'avarice et la prodigalité).
Le don du Saint-Esprit correspondant: le don de piété.

La force

La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien. Elle affermit la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale. Elle rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d'affronter l'épreuve et les persécutions (C.E.C. n°1808).
Ses actes: entreprendre et endurer des choses difficiles.
Elle permet de vaincre la crainte des fatigues et des dangers, des critiques ou des railleries, de déplaire, le respect humain. Son acte principal: le martyre (du sang ou d'épreuves constantes et durables).
Les vices contraires: la peur et la lâcheté d'un côté, la témérité de l'autre.
Les vertus annexes: la magnanimité (la disposition à entreprendre de grandes choses pour Dieu et le prochain) qui a pour défaut contraire la pusillanimité (la crainte excessive de l'échec, mais aussi la mesquinerie ou la prodigalité). La patience (qui fait supporter avec égalité d'âme, par amour pour Dieu et en union avec Jésus-Christ, les souffrances physiques ou morales). La persévérance ou constance (qui permet de ne pas succomber à la lassitude ou au découragement).
Le don du Saint-Esprit correspondant: le don de force (Je puis tout en celui qui me fortifie Ph. 4,13)
"Dans le monde, vous aurez de l'affliction, mais courage, J'ai vaincu le monde" Jn 16,33

La tempérance

La tempérance est la vertu morale qui modère l'attrait des plaisirs et procure l'équilibre dans l'usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l'honnêteté (C.E.C. n°1809).
Le vice opposé: l'intempérance (dans le boire et le manger, par exemple) mais aussi l'excès contraire: le refus de tout bien sensible.
L'abstinence (se priver volontairement de biens sensibles, comme la nourriture, en tout ou en partie, en quantité ou en qualité) dont l'acte propre est le jeûne et la sobriété (elle concerne les boissons liquides notamment alcoolisées). Leurs contraires: la gourmandise et l'ébriété.
La chasteté est la vertu de tempérance appliquée aux actes de le sexualité sous l'autorité de la raison.
"La chasteté signifie l'intégration réussie de la sexualité dans la personne et, par là, l'unité intérieure de l'homme dans son être corporel et spirituel (...) La vertu de chasteté comporte donc l'intégrité de la personne et l'intégralité du don." C.E.C. n°2337
La continence (ou chasteté parfaite) est la forme absolue de la chasteté; la chasteté conjugale use de modération ou d'interruption provisoire dans les relations conjugales.
Les vices opposés à la chasteté: la luxure, la masturbation, la fornication, la pornographie, la prostitution, le viol (CEC n°2351-52. Sur la chasteté et l'homosexualité: n°2357-59).
L'humilité se rattache à la vertu de tempérance car "elle modère le sentiment de notre propre excellence" (l'orgueil, son contraire, est "l'amour désordonné de sa propre excellence").
"Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu?" 1 Co 4,7

abbé Christian LAFFARGUE

Sources:
- R. Père SINEUX o.p., "Initiation à la théologie de Saint Thomas", Livre II, chap.2
- A. TANQUEREY, "Précis de théologie ascétique et mystique", Livre II, chap.2
- Catéchisme de l'Eglise Catholique (C.E.C.)

Cet article a été diffusé dans les Bulletins des 3, 10 et 17 septembre 2006 de la paroisse de Tossiat-Certines (diocèse de Belley-Ars)
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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 15:44
« La liberté absolue de conscience »
C’est par deux fois que le Grand maître de la Loge maçonnique du Grand Orient de France, J.-M. Quillardet a utilisé cette affirmation, absolue, comme il le revendique (« Le Figaro » des 19-20 août 2006, p.15). Qu’en pensent les Catholiques ? Le Pape Jean-Paul II, dans son admirable encyclique Veritatis splendor (La splendeur de la Vérité, 6 août 1993) répond :
Dans certains courants de la pensée moderne, on en est arrivé à exalter la liberté au point d’en faire un absolu, qui serait la source des valeurs. (…) On a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d’instance suprême du jugement moral, qui détermine d’une manière catégorique et infaillible le bien et le mal. (…) Mais de cette façon, la nécessaire exigence de la vérité a disparu au profit d’un critère de sincérité, d’authenticité, d’accord avec soi-même, au point que l’on en est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral (n°32). Pour avoir une bonne conscience (1 Tm1,5), l’homme doit chercher la vérité et juger selon cette vérité. Comme le dit l’apôtre Paul, la conscience doit être éclairée par l’Esprit-Saint (cf Rm 9,11) ; elle doit être pure (2 Tm 1,3) ; elle ne doit pas falsifier avec astuce la parole de Dieu, mais manifester clairement la vérité (cf. 2 Co 4,2). (…) La conscience n’est pas un juge infaillible, elle peut se tromper (n°62). La liberté de conscience n’est jamais une liberté affranchie de la vérité. (…) L’Eglise se met toujours et uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des hommes (cf Ephésiens 4,14), à ne pas dévier de la vérité sur le bien de l’homme, mais, surtout, dans les questions les plus difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en elle. (n°64)
Selon la foi chrétienne et la doctrine de l’Eglise, seule la Vérité conduit la personne humaine à son vrai bien. Le bien de la personne est d’être dans la Vérité et de faire la Vérité. (n° 84)
Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libèrera (Jean 8,32). La vérité s’accomplit dans l’amour, c’est-à-dire dans le don de soi (…) Dans la maison du Seigneur, l’esclave est libre (St Augustin) (n°87).

Quel est le jugement de l’Eglise sur la Franc-Maçonnerie ?
« Dans l’initiation chrétienne, c’est le Christ vivant qui agit en personne dans la personne qui se prend en charge : Dieu avec l’homme pour l’homme en Dieu. Pour tous les Francs-maç ons – quelles que soient leurs obédiences et même celles qui sont bien disposées à l’égard de l’Eglise  - il ne peut y avoir de vérité objective venant de Dieu pour l’homme. »
(Déclaration des évêques de l’Océan indien in Doc. Cath. du 7 oct. 1990, n°2013, pp. 871-872)

A la suite de la publication du Code de Droit canonique de 1983 (qui a supprimé l’excommunication des Francs maçons, canon 2335 dans l’ancien Droit, sauf cas précis : n°1374), la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a déclaré :
Le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Eglise.
Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion . (26 nov. 1983) in Doc. Cath. n°1805, p.349.
Vous trouverez ces documents dans le livre du Père Verlinde Quand le voile se déchire, éd. St Paul, 2000, annexes, pp.295 à 310.

Bulletin paroissial de Tossiat (01250). Abbé Laffargue. Août 2006.
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21 août 2006 1 21 /08 /août /2006 15:45
« On peut se demander pourquoi la conférence épiscopale française de l’époque a imposé une nouvelle traduction du Pater alors que la précédente était satisfaisante ?
Le nouveau texte apporte, outre le tutoiement rendu soudain obligatoire, quelques fautes de traduction.
Par exemple, pourquoi avoir remplacé « arrive » par « vienne » ? Le verbe « venir » marque un mouvement dont l’aboutissement reste vague, alors que le verbe « arriver » exprime, au contraire, l’aboutissement du mouvement. S’agissant du règne de Dieu par la grâce, il faut évidemment conserver « arrive » conformément au texte latin (advenire signifie arriver, advenir) et à l’enseignement de l’Evangile. Saint Cyprien explique à propos du Pater : « Nous demandons que le règne de Dieu nous soit rendu présent ».
Une autre bévue constitue un contresens assez ridicule : la place de « aussi » dans « comme nous pardonnons aussi ». Cet « aussi », plutôt superflu, veut restituer le et latin et le kai grec. Mais il se rapporte à « nous » et non à « pardonnons ». Il aurait fallu traduire : « comme nous aussi nous pardonnons ». Ce n’est pas la même chose de pardonner comme Dieu le fait ou de pardonner à certains comme à d’autres.
La faute de traduction de la sixième demande nous arrêtera plus longtemps car elle entraîne de fâcheuses conséquences. Se pose ici un problème délicat. Le texte latin dit en effet : et ne nos inducas in tentationem. Mot à mot : « et ne nous conduis pas en tentation ». Le texte grec a exactement le même sens : le verbe eisphêrein correspond au latin inducere ou, mieux, à inferre qui, d’après saint Augustin, se rencontrait dans certaines versions.
A s’en tenir au mot à mot, il faudrait comprendre que Dieu, même s’il ne tente pas lui-même, conduit l’homme à subir la tentation ; l’expose donc positivement au risque de céder au mal. C’est philosophiquement impossible : le mal ne résulte que d’une insuffisance de bien due à la non-perfection de la création (seul Dieu est parfait) et au mauvais usage, par l’homme, de sa liberté. En conséquence, Dieu peut permettre le mal, mais il ne peut le favoriser ; sinon il serait l’auteur d’un mal qui limiterait le bien ; il n’aurait donc pas la perfection du bien et, limité, ne serait donc pas Dieu.
C’est ce que dit la théologie catholique : « Dieu ne peut pas, en raison de son infinie perfection, être la cause d’un défaut moral » (Louis Ott). L’Ecriture le confirme : « Ne dis pas : c’est à cause du Seigneur que je me suis écarté » (Ecclés.). Saint Jacques précise : »Dieu ne tente personne » (Jc 1,13)
(…) Les commentateurs du Pater ont tous donné à la phrase son sens réel. Origène écrit : « Il répugne de supposer que Dieu induise quiconque en tentation. Combien n’est-il pas absurde de supposer que Dieu bon qui ne peut porter de mauvais fruits expose quelqu’un au mal ? ». Tertullien précise : « Ne nous induis pas en tentation, c’est-à-dire ne souffre pas que nous soyons tentés ». Saint Cyprien explique qu’il est nécessaire de prier en disant : « Et ne souffre pas que nous soyons induits en tentation ». Saint Augustin fait remarquer que beaucoup utilisent cette dernière formule « car Dieu n’induit pas lui-même mais souffre que nous soyons induits » en nous retirant son aide à cause de nos péchés. Saint Thomas d’Aquin donne cette dernière explication. Sainte Thérèse d’Avila écrit à propos du Pater : « Demandons à Dieu qu’il ne permette pas que nous succombions à la tentation ».
(…) On rencontre dès le XIIIème siècle : « Et ne souffrez pas que nous soyons tentés ». Un synode de Tours, en 1396, donne « Et ne nous laissez point choir en tentation ». Gerson en 1507 et Benoist, curé de St Eustache en 1574, ont à peu près une même formule : « Et ne permettez pas que nous soyons vaincus en tentation ». Gondy, évêque de Paris, en 1572 : « ne nous laissez tomber… ».
La formule « Et ne nous laissez pas succomber » s’imposera le plus souvent à la fin du XVIIème siècle
La Société biblique de France (protestante), en 1930, et l’Eglise grecque-orthodoxe de Paris, en 1955, traduisent : « Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ».

Le nouveau texte imposé en français (toutes les autres traductions post-conciliaires dans d’ autres langues traduisent bien « succomber » ou « induire » et non « soumettre » C.L.) fait table rase de tout cela. Il ne conserve pas la périphrase devenue classique, il n’en imagine pas une autre de sens comparable. Il ne reprend même pas le verbe « induire » dans le sens défini par les Pères de l’Eglise mais traduit crûment : « et ne nous soumets pas à la tentation ».
Il n’y a plus d’exégèse possible, d’échappatoire. (…) Soumettre c’est « placer sous » , c’est réduire à l’obéissance. Satan ne peut pas soumettre nos âmes au mal, pas même en cas de possession. Pour le texte imposé, Dieu ne se contente donc pas de laisser Satan nous tenter en raison de nos fautes et pour nous mettre à l’épreuve : il nous soumet lui-même à la tentation ! Même si l’on suppose que Satan est l’agent de la tentation, on n’en accuse pas moins Dieu d’en être l’auteur principal ! N’est-ce pas injurieux à son égard ? (1)
La tentation étant une incitation au mal, il est clair que Dieu, la Sainteté même et l’auteur de tout Bien, ne peut en aucune façon être l’auteur de la tentation. Il ne peut donc nous y soumettre mais la permettre seulement (pour un plus grand bien, pour éprouver notre Foi et notre fidélité c.l.).
Même si elle ne satisfait pas certains grammairiens, l’ancienne traduction est la meilleure car elle est conforme à la théologie catholique.
Une marque de respect : le vouvoiement. C’est le titre d’un article de la revue « Apprenez-nous à prier » (sept.1993) (2) qui poursuit : « La mode actuelle est au tutoiement et à la familiarité (…) On peut constater un peu partout, aussi bien dans la vie civile que dans la vie religieuse, un effritement (pour ne pas dire la disparition) à la fois du sentiment et des signes de respect, et du sens de l’autorité (…) »
L’abbé Jean Carmignac ajoute (cf. « A l’écoute du Notre Père ») : « Mais il reste des arguments très forts qui plaident en faveur du « vous ». D’abord la fidélité à l’usage hébraïque qui emploie presque toujours, pour Dieu, le pluriel de majesté. Ensuite, le génie de la langue française, où le « tu » implique un accent soit d’intimité, soit de supériorité, soit de vulgarité. En conséquence, ceux qui vivent déjà avec Dieu dans une relation d’amitié (cf. les prières de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus C.L.) apprécieront volontiers la nuance d’intimité exprimée par le tutoiement, mais ceux qui n’ont pas encore pénétré dans cette amitié de Dieu risqueront de ne pas y mettre suffisamment de respect. »

(1) : Daniel Raffard de Brienne (2) : Assoc. « Transmettre » B.P. 11, 84330 Caromb.
Ce texte (extraits) a été publié par Louis Marchand dans « Pour un monde meilleur », 1er trimestre 2002, éd. Téqui. Epuisé.
__________________________________________________________________________________


Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1992), vingt ans après la traduction incriminée, dans son explication du Notre Père (IVème partie, 2ème section : « La prière du Seigneur ») garde la traduction officielle française pour la 6ème demande mais lui donne un sens contraire à la lettre, orthodoxe : « Nos péchés sont les fruits du consentement à la tentation. Nous demandons à notre Père de ne pas nous y « soumettre ». Traduire en un seul mot le terme grec est difficile : il signifie « ne permets pas d’entrer dans » (cf. Mt 26,41), « ne nous laisse pas succomber à la tentation ». Dieu n’éprouve pas le mal, Il n’éprouve non plus personne (Jc 1,13), Il veut au contraire nous en libérer. Nous sommes engagés dans le combat « entre la chair et l’Esprit ».
Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force. » (n°2846)

Concluons que, la Congrégation romaine pour le Culte divin et la discipline des sacrements, sur mandat du Pape Pape Jean-Paul II, avait publié, le 28 mars 2001, un document de 133 articles, très précis et très strict, sur « l’usage et la traduction des langues vernaculaires des livres de la liturgie romaine » (Missel, lectionnaire, Liturgie des Heures ou bréviaire, Liturgie des sacrements, etc…).
Elle demandait aux Conférences épiscopales et aux Supérieurs religieux de présenter, dans un délai de cinq ans, la révision des traductions (de l’original latin aux langues nationales dites « vernaculaires ») selon les normes précisées. Elle ajoutait : « Il faudra veiller à ce que la correction des traductions ne tardent pas trop. » (Documentation catholique, éd. Bayard, Paris, du 15 juillet 2001, pp.684 à 703).


Abbé Christian LAFFARGUE


Supplément au Bulletin paroissial de TOSSIAT (01250), août 2006
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